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Face à la crise, Bercy exclut d'augmenter les impôts pour financer la relance.

Covid-19 : pour financer la relance, la piste des hausses d'impôts

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Le gouvernement présente mercredi son troisième budget rectificatif, marqué par un effort supplémentaire de 40 milliards d’euros et une dette aggravée à 121 % du PIB. Mais l’exécutif assure qu’il n’augmentera pas les impôts. Une promesse tenable ?

Face à la crise, Bercy exclut d'augmenter les impôts pour financer la relance.
Face à la crise, Bercy exclut d'augmenter les impôts pour financer la relance. Crédits : Vanessa Meyer - Maxppp

Faut-il augmenter les impôts ? Alors que notre déficit et notre dette s'accroissent semaines après semaine, au gré des budgets rectificatifs, la question se pose. Mais pour l'instant le gouvernement y est fermement opposé, alors que des appels à taxer les plus fortunés se multiplient. 

Le terrain est miné. Les hausses d’impôt sont impopulaires, c’est une évidence  -on se souvient du ras le bol fiscal sous François Hollande ou plus proche de nous de la crise des gilets jaunes déclenchée par la hausse de la taxe carbone. Et dans la période, cette solution apparaîtrait sans doute comme totalement incongrue, voire comme une provocation, alors que nombre de Français ont du mal à joindre les deux bouts (même si ces derniers ne sont pas nécessairement assujettis à l’impôt sur le revenu). 

Ainsi, le ministre de l’économie Bruno le Maire disait encore il y a quelques jours refuser ces hausse d’impôts comme solution à la crise. Et puis on peut encore s’en passer, vu les conditions d’endettement du moment. Grâce au soutien de la Banque centrale européenne, la France peut s’endetter sur le long terme avec des taux faibles souligne t-on à Bercy. 

On rappellera aussi - ça semble aujourd’hui très loin- que le gouvernement a engagé une baisse de l’impôt sur le revenu : 17 millions de ménages en bénéficient depuis janvier 2020 . L’Etat a injecté pour cela 5 milliards d’euros, tirant les leçons de la crise des gilets jaunes. Augmenter les impôts serait donc un reniement de la politique menée. 

Taxer les riches ?

Si les hausses d’impôt sont impopulaires quand elles sont générales,l'idée de taxer les plus riches  rencontre plus d’adhésion. Ces dernières semaines, en effet, de nombreuses personnalités se sont exprimées en faveur d’un retour de l’ISF,l'impôt sur la fortune. De la prix Nobel d’économie Esther Duflot au secrétaire général de la CFDT Laurent Berger, en passant par la maire de Lille Martine Aubry, et même Raymond Soubie,  l’ex conseiller social de Nicolas Sarkozy ! 70 % de Français y sont favorables selon un sondage Elabe pour les Echos publié ce matin. 

D’autres évoquent l’idée d’une contribution exceptionnelle des hauts revenus. Des parlementaires de gauche ont ainsi élaboré une proposition de loi, ciblant les personnes possédant au moins 10 millions d'euros de patrimoine, reprenant une idée lancée par l'acteur Vincent Lindon. 

Même chez les Marcheurs, l’idée d’une taxation ponctuelle des plus fortunés fait débat. Récemment le président de l’Assemblée Nationale, Richard Ferrand, un proche d’Emmanuel Macron, n’a pas fermé la porte. Mais pour l’instant, c’est un non ferme du côté de Bercy. Bruno le Maire a qualifié cette piste de "pure démagogie".

Des taxes au niveau européen ou mondial 

Il y a bien des idées pour générer de nouvelles recettes, mais elles sont plutôt à chercher du côté des entreprises. Alors pas toutes, puisqu'il s'agit de cibler certaines catégories, et puis ce sont des solutions qui dépassent le cadre franco-français. Et là il y a trois pistes : 

- la taxation des géants du numérique 

- la lutte contre l’optimisation fiscale dans les paradis fiscaux (à travers une imposition minimale au niveau mondial)

- la taxation carbone aux frontières de l’Union européenne

Les deux premières sont dépendantes d’un accord au sein de l’OCDE, le troisième est un projet européen. Et là on parle taxes qui ne s’appliqueront pas tout de suite car elles sont encore loin d’être actées (même si la taxe GAFA pourrait revenir, s’il le faut, au niveau national).
Augmenter les impôts ne semble donc pour l’instant pas à l’ordre du jour, dans un horizon proche. 

Quant à les baisser, pour relancer la croissance, ça ne semble pas non plus d’actualité, du moins pour les ménages (car pour les entreprises Bercy a toujours l’intention de baisser les impôts de production). Le gouvernement est ainsi hostile à une baisse de la TVA, à contre-courant de ce qui a été décidé en Allemagne, estimant que cela coûte très cher et que ce n’est pas forcément efficace. 

En clair l’exécutif a fait son choix pour relancer l'économie, et il l'assume : privilégier la politique de l'offre plutôt que celle de la demande.

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