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La SNCF a mis en place un marquage au sol pour maintenir la distanciation sociale, comme ici en gare de Nantes..

Covid-19 : face aux pertes, la SNCF dans l'attente d'une aide de l'Etat

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A peine sortie de la grève contre la réforme des retraites, la compagnie ferroviaire affronte une nouvelle crise, qui grève son chiffre d'affaires. La SNCF en appelle à l'aide de l'Etat.

La SNCF a mis en place un marquage au sol pour maintenir la distanciation sociale, comme ici en gare de Nantes..
La SNCF a mis en place un marquage au sol pour maintenir la distanciation sociale, comme ici en gare de Nantes.. Crédits : Franck Dubray - Maxppp

Moins de deux mois après la fin de la grève contre la réforme des retraites, qui avait déjà amputé son chiffre d’affaires de près d’un milliard d’euros, la compagnie ferroviaire affronte désormais les conséquences de la crise sanitaire. Le confinement lui a coûté 2 milliards d’euros supplémentaires, puisque le trafic voyageurs a été divisé par 100. Et encore ces pertes ont été communiquées le 2 mai dernier, donc elles seront probablement plus élevées.  

"Ce sont des chocs importants d'une ampleur qu'on n'avait jamais connue" a commenté Jean-Pierre Farandou, le PDG de la SNCF, qui, depuis son arrivée en novembre à la tête de l’entreprise, ne connait pas de répit. 

D’autant que ce n’est pas encore le retour à la normale : seulement un train sur deux circulera en moyenne à partir d’aujourd’hui. Et les ventes sont limitées : dans les TGV et Intercités, la compagnie continuera à ne pas vendre plus d’un siège sur deux pour respecter les règles de distanciation, sans compter que les déplacements sont limités à 100 km pendant au moins trois semaines, sauf les voyages pour raisons professionnelles ou motifs impérieux.  

La SNCF n’envisage donc pas de retrouver un niveau d’activité habituel avant fin juin. Et comme dans bien d’autres secteurs, il y a encore beaucoup d’incertitudes. 

La SNCF au régime sec 

Les conséquences, elles, ne se font pas attendre : la SNCF va être mise au régime sec.

C’était déjà prévu, avant même l’apparition de la pandémie, et ce face aux pertes liées à la réforme des retraites. Mais là évidemment on a franchi un cap. Jean-Pierre Farandou n’a d’ailleurs pas hésité à parler de suppressions de postes, si la reprise était trop lente. Les plans de recrutement pourraient être revus à la baisse, ce qui n'a pas manqué de faire réagir les syndicats.

D’autres mesures sont sur la table: la baisse des coûts de fonctionnement mais aussi la réduction des investissements, alors que l’enveloppe prévue pour cette année était de 11 milliards d’euros, un record.

La réfection des petites lignes et les investissements pour la sécurité devraient rester prioritaires. Pour le reste, le calendrier de différents travaux devrait être redéfini. 

Vers un soutien financier de l'Etat ?

Jean-Pierre Farandou l’appelle de ses vœux, estimant que la SNCF est légitime à bénéficier, elle aussi, d’une aide de l’Etat actionnaire, comme ça été le cas pour Air France ou Renault. D'autant qu’elle a, souligne t-il, participé à l’effort, en assurant du transport médicalisé à ses frais et en démontrant l’efficacité du fret pour le transport de céréales ou de produits pharmaceutiques. 

Mais pour l’instant, on ne sent pas de grand empressement des pouvoirs publics. 

"C’est prématuré", indiquait début mai le ministre des transports Jean-Baptiste Dejebbari. "L’Etat aidera la SNCF mais ne peut pas tout compenser à l’euro près, chacun devra faire des efforts" a estimé, de son côté, le ministre des comptes publics Gérald Darmanin, soulignant au passage que plus de 100.000 agents de la SNCF avaient bénéficié du chômage partiel, donc déjà d’une aide de l’Etat. 

L’exécutif estime aussi, sans doute, avoir déjà fait sa part du chemin, en reprenant 25 milliards d'euros de dette de la SNCF, et en prévoyant de reprendre 10 milliards supplémentaires en 2022. 

Mais ça c'était avant, et à situation exceptionnelle, on peut raisonnablement penser que l’Etat sera au rendez-vous pour éviter que la compagnie publique ne sombre. La SNCF, reste endettée à hauteur de 35 milliards d’euros, l’équivalent de son chiffre d’affaires 2019. 

Le rail : élément central du "monde d'après" 

Bien plus que les avions ou les voitures, le ferroviaire sera stratégique dans le "monde d'après". La SNCF avait d’ailleurs, avant la crise sanitaire, noté un engouement pour le train, lié selon elle au mouvement "flygskam" ou "flyshame" en anglais, la honte de prendre l'avion, né en Suède. Et puis l'Etat a demandé à Air France de supprimer des lignes intérieures, là où le trajet en train peut être fait en moins de 2H30. Une condition posée dans le cadre de son prêt de 7 milliards d’euros : voilà qui devrait profiter à la SNCF. 

Sans compter que le fret ferroviaire apparaît comme un levier pour lutter contre le réchauffement climatique. Mais là se pose la question des investissements pour moderniser les trains, adapter le réseau et le rendre plus attractif que la route pour le transport de marchandises. Il y a encore du chemin à faire. Le patron de la SNCF a d'ailleurs déjà avancé ses pions, réclamant un "plan Marshall pour le fret", dans le cadre du futur plan de relance que le gouvernement doit présenter à la rentrée. 

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