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Pour ce qui est de la discrimination à l'embauche, on en est encore au stade du constat.

Lutte contre les discriminations à l'embauche : un sujet relancé sur fond de manifestations contre le racisme

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La lutte contre les discriminations à l’embauche revient au dessus de la pile des sujets à traiter, face aux manifestations contre le racisme et les violences policières. Emmanuel Macron a évoqué le sujet hier soir. Avec quelles solutions ? Décryptage.

Pour ce qui est de la discrimination à l'embauche, on en est encore au stade du constat.
Pour ce qui est de la discrimination à l'embauche, on en est encore au stade du constat. Crédits : Philippe Turpin - Maxppp

"Trop souvent le nom, l'adresse, la couleur de peau réduisent les chances que chacun doit avoir". Voilà les mots hier du président de la République, qui a promis d''intensifier le combat" en matière de lutte contre les discriminations. 

Cela fait des années que nos dirigeants tournent autour de cette question : comment faire en sorte que les entreprises ne délaissent pas, à compétences égales, les candidatures de personnes dont les noms sont à consonance étrangère, ou n'habitent pas dans les bons quartiers ... 

On se souvient notamment de l'échec du CV anonyme, qu’une loi de 2006 avait pourtant rendu obligatoire pour les entreprises de plus de 50 salariés, une mesure jamais appliquée.  

Et sur ce sujet on en est encore au stade du constat. Le ministre de la Ville a ainsi annoncé hier un nouveau "testing" (la méthode vient des pays anglo-saxons), ne faisant que rappeler ce qui était déjà connu depuis le mois de février.  

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Le "testing" : mode d'emploi  

On rappelle le principe: deux CV sont envoyés pour répondre à une candidature. Ils sont identiques à ceci près que le nom n’est pas le même.  

Dans le premier audit réalisé à la demande du gouvernement, étaient présentés un CV avec un patronyme à consonance maghrébine, et un autre à consonance “française”. La discrimination à l’embauche avait ainsi été démontrée et 7 entreprises sur les 40 testées avaient vu leurs noms exposés. (Parmi elles, Renault et Air France, deux entreprises dont l’Etat est actionnaire, ou encore le groupe hôtelier Accor déjà épinglé par le passé).

Objectif : faire évoluer les comportements. Inciter ces entreprises à changer leurs procédures de recrutement.  

C’est ce qu’on appelle plus largement le "name and shame"  (une pratique qui nous vient aussi du monde anglo-saxon ), littéralement "nommer et couvrir de honte", autrement dit jouer sur la réputation des entreprises, alors que les sanctions, elles, ne peuvent intervenir qu’à l’issue d’une action en justice. 

Mais pour l'instant, le procédé n'a pas vraiment démontré son efficacité. D'abord le gouvernement a mis du temps à publier les noms : il disposait des résultats depuis 9 mois ! Et puis surtout, les entreprises épinglées ont dénoncé la méthodologie employée. Une partie de ces CV ont été envoyés dans le cadre de candidatures spontanées et ne sont pas passées par le filtre des directions des ressources humaines, les résultats sont donc biaisés, ont-elles estimé.  

Les mauvais élèves ont donc plutôt été dans la contre-offensive, avec un certain succès puisque le deuxième audit devrait tenir compte de leurs observations. 

Tout récemment, on a aussi appris que les entreprises mises à l'index allaient se voir proposer le 2 juillet prochain une journée de formation, avec le cabinet Mozaik RH. Une journée payée par l'Etat, pour “déconstruire les stéréotypes”. On a vu plus contraignant.  

Un plan contre les discriminations

Mais le gouvernement a d'autres mesures en tête pour lutter contre les discriminations. Un plan global est en cours de préparation. Emmanuel Macron a d’ailleurs annoncé hier de “nouvelles décisions fortes” "face au racisme, à l’antisémitisme et aux discriminations".  

Dans les tuyaux notamment, une relance des emplois francs. Un dispositif qui accorde des aides aux entreprises embauchant des personnes résidant dans les quartiers prioritaires de la ville.  

Après une première phase d’expérimentation dans certaines zones, ces emplois aidés ont été généralisés à tout le territoire le 1er janvier dernier. Ils ont subi un coup d'arrêt avec le confinement. Il faut donc relancer la machine.  

Le gouvernement planche aussi sur la lutte contre les discriminations en matière de logement. Pour l’instant on ne parle que de formations obligatoires dans le cadre du renouvellement, tous les trois ans, de la carte professionnelle d’agent immobilier. 

En cours d'élaboration également : un guide de bonnes pratiques qui sera publié dans les entreprises. Pour ce qui est des administrations, on attend encore des préconisations.  

Entre sensibilisation, incitations financières et atteinte à la réputation des entreprises, le gouvernement cherche donc le bon dosage face à un sujet connu de longue date, mais sur lequel, on peine encore à progresser.  

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