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La réduction du temps de travail pour un partage de l'emploi.

Faut-il travailler plus ou travailler moins pour relancer notre économie ?

4 min
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Avec le nombre de demandeurs d’emplois qui ne cessent d’augmenter, les plans sociaux en cascade en vue, est-ce le moment de travailler plus pour relancer l’économie ou au contraire moins pour partager le travail ? La crise relance le débat sur la durée du temps de travail dans le monde.

La réduction du temps de travail pour un partage de l'emploi.
La réduction du temps de travail pour un partage de l'emploi. Crédits : Adrian Peacock - Getty

En France, le sujet est redondant…A chaque crise, à chaque réforme la durée du temps de travail ne manque jamais de revenir sur la table…en plein confinement à la mi-avril, le Medef par la voix de Geoffroy Roux de Bezieux avait provoqué un véritable tollé en prévenant les français qu’ils devraient pour relancer la machine économique travailler plus longtemps en renonçant sans doute à leur vacances et leurs jours de rtt…A peine la France déconfinée, que les annonces de fermetures d’usines, de restructurations d’entreprises, de plan sociaux tombent tous les jours un peu plus nombreux au point de se demander si cette polémique était bien nécessaire et bien fondée. Se retrousser les manches, travailler plus pour reconstruire un pays est valable au sortir d’une guerre mais décidément cette métaphore pour la crise que nous vivons est bien mal choisie. Aucune usine, magasin, bureau, chantier n’a été détruit, tout est bien là, les stocks sont même à leur niveau record. Le problème que pose cette crise sanitaire ne porte pas aujourd'hui du côté de l’offre mais du côté de la demande et vouloir rallonger le temps de travail de ceux qui ont encore un emploi n’encouragerait en rien la reprise des dépenses et de la consommation estiment nombre d’économistes, de syndicats, de groupes de réflexion,  plutôt classés à gauche qui plaident plus que jamais pour une réduction du temps de travail.         

Travailler moins : une idée de gauche ?

Le débat est devenu plus que jamais idéologique. En tous cas, la question du temps de travail ne se pose pas aujourd’hui pour le gouvernement qui se dit déjà bien occupé à sauver des emplois. Pour lui la question a été réglée en 2017 avec sa réforme du Code du travail qui offre la possibilité aux employeurs de déroger aux 35 heures. Les entreprises ont déjà des marges de manœuvres négociables avec leurs salariés notamment le quota de 200 heures supplémentaires sans charges sociales, qui est encore très peu utilisé.

Existent également, les accords de performances collectives qui permettent aux entreprises d’adapter les effectifs au niveau d’activité. Il leur est possible de faire du sur mesure en matière de durée du travail et de rémunération, service par service.

Le débat est idéologique car ce sont deux visions du monde qui s’opposent. D’un côté le productivisme et de l’autre le partage du travail et de retrouver de chaque côté du spectre le Medef qui plaide pour moins de vacances et la CGT qui réclame la semaine de 32H. Une idée d’ailleurs, la semaine des 4 jours qui à l’origine est une idée de droite expérimentée en 96 par la loi de Robien sous le gouvernement Juppé, reprise deux ans plus tard par les socialistes avec les lois Aubry et les 35 heures.

A l'étranger, la question fait-elle débat ?

En Belgique par exemple la proposition des syndicats et l’association belge des pilotes la Beca a fait les gros titres de la presse en fin de semaine dernière. A la grande surprise du patronat, pour éviter les licenciements que vient d’annoncer la compagnie aérienne Bruxelles Airlines, les pilotes et les personnels de cabine ont proposé de diminuer leur temps de travail et leur salaire de 40% pendant 3 ans afin d’économiser 100 millions d’euros d’ici 2023 et de sauver tous les emplois.

En Nouvelle-Zélande, c’est la Première ministre Jacinda Ardern qui a évoqué mercredi la possibilité pour les salariés de bénéficier de jours fériés supplémentaires et d'une semaine de travail de quatre jours afin de relancer l'économie. Elle dit vouloir encourager les idées créatives, il faut être ouvert d’esprit. Il faut offrir de la flexibilité et stimuler les dépenses dans le secteur du tourisme.

La réduction du temps de travail va de toute façon dans le sens de l'histoire pour l’économiste Jeremy Rifkin qui depuis le début des années 2000 répète que la révolution technologique conduira inéluctablement à la raréfaction du travail sous l'effet du progrès technique. Et si la question revient aujourd'hui dans l'actualité , c'est aussi par le biais écologique.   

La crise sanitaire a montré la corrélation entre travail et pollution. De nombreuses études tendent à montrer que  la réduction du temps de travail serait bon pour la planète. Des chercheurs américains notamment du Boston collège l’attestent : plus on travaille plus on pollue. Aurore Lalucq, économiste et eurodéputée en décryptant ces études il y a quelques années rappelait que la réduction du temps de travail aurait un impact sur la nature même de la consommation. Avec plus du temps les salariés consommerait mieux, ils cuisineraient , ils utiliseraient des moyens de transports moins polluants et seraient moins stressés, en résumé  retrouver du temps pour faire…ce serait tout faire… en mieux.  

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