LE DIRECT
De jeunes apprentis travaillant dans un atelier de fabrication de fauteuils au CFA des Compagnons du devoir à Pantin, le 6 novembre 2018.

Covid-19 : l'apprentissage en état d'urgence

3 min
À retrouver dans l'émission

Avec la crise économique née de la crise sanitaire, les acteurs de l'apprentissage craignent une forte baisse des contrats signés pour la rentrée de septembre. Un plan pour relancer la filière sera présenté dans les prochains jours.

De jeunes apprentis travaillant dans un atelier de fabrication de fauteuils au CFA des Compagnons du devoir à Pantin, le 6 novembre 2018.
De jeunes apprentis travaillant dans un atelier de fabrication de fauteuils au CFA des Compagnons du devoir à Pantin, le 6 novembre 2018. Crédits : Vincent Isore - Maxppp

Avant la pandémie de Covid-19, l’apprentissage était sur une belle lancée, de l’avis des tous les acteurs. Et les chiffres en témoignent. En 2019, le nombre de jeunes entrés en apprentissage a ainsi bondi de 16 % : première fois qu’on enregistrait une progression à deux chiffres dans ce secteur. 

Le nombre d’apprentis approche désormais le demi-million. Avec une hausse des effectifs remarquée dans les CAP et Bac pro, selon le ministère du travail, alors que ces dernières années, la hausse était surtout tirée par l’apprentissage dans l’enseignement supérieur. Du côté des secteurs, on notait aussi des progressions importantes dans le bâtiment et l’industrie. 

Des résultats très encourageants donc, pour cette filière importante pour l’emploi des jeunes, avec un taux d’insertion de près de 75 %. 

Ces chiffres avaient alors donné lieu à une polémique entre le ministère du travail et les Régions, chacun s’attribuant la paternité de ces bons chiffres. Le gouvernement mettant en avant sa réforme qui a levé des freins, en permettant notamment aux entreprises de créer leurs CFA, leurs centres de formation des apprentis. Les Régions rappelant que ce sont elles qui ont la compétence en matière d’apprentissage et qu'elles ont financé cette filière à hauteur de 9 milliards d’euros sur les 5 dernières années. 

Depuis la publication de ces données en février, il y a eu la pandémie.  Les CFA ont été fermés et ont expérimenté l’enseignement à distance, les apprentis ont été mis au chômage partiel dans les entreprises qui pouvaient y avoir recours (le gouvernement a d'ailleurs pris des dispositions pour qu'ils conservent l’intégralité de leurs rémunérations).  

Et depuis le 11 mai, les CFA rouvrent progressivement, avec une priorité donnée aux décrocheurs, aux élèves qui suivent un enseignement très pratique, moins compatible avec les visio-conférences (métiers de bouche, artisans du bâtiment par exemple) ainsi qu'à ceux qui sont en dernière année. 

Une entrée à hauts risques … 

Les entreprises vont-elles continuer à prendre des apprentis dans ce contexte économique difficile ? La question est sur toutes les lèvres. 

Les centres de formation des apprentis sont d’autant plus inquiets que, depuis la réforme Pénicaud, leur financement dépend du nombre de contrats signés. D’où la préparation en urgence de ce plan pour l’apprentissage, car les contrats sont traditionnellement signés à partir de ce mois ci pour la rentrée de septembre.

Alors les organisations patronales réclament des aides financières notamment pour les TPE qui auraient recours à des apprentis. Elles pourraient être entendues par le gouvernement. On sait en tous cas qu’il y aura des mesures budgétaires pour l’apprentissage, dans le cadre du 3e budget rectificatif qui sera présenté le 10 juin prochain. 

Autre demande des acteurs : allonger la période pendant laquelle un jeune peut rester en CFA, sans avoir trouvé une entreprise pour l’accueillir. 

Au ministère du travail, on planche aussi sur une accélération des possibilités d’entrées et sorties en apprentissage, tout au long de l’année. Et ce dans les secteurs où on a aujourd’hui peu de visibilité, comme l’automobile ou l'hôtellerie-restauration. 

La demande est là 

Les indicateurs sont bons, souligne t-on au ministère du travail. En tous cas pour l’apprentissage dans l’enseignement supérieur, pour lequel on a déjà des éléments : les vœux sur Parcoursup enregistrent des progressions à deux chiffres. 

Les CFA qui ont transformé leurs journées portes ouvertes en session sur le web ont aussi pu constater l’intérêt des jeunes. L’enjeu c’est donc de ne pas casser cette dynamique. 

A l'heure du constat, ce confinement aura en tous cas eu un mérite : permettre à la filière de tester l’enseignement à distance. Avec ses difficultés, et en premier lieu, l’accès des jeunes aux moyens informatiques (des collectivités, des CFA se sont d’ailleurs démenés pour trouver les équipements nécessaires). 

Et certains acteurs de l’apprentissage ont pris goût à cette manière de procéder, et pourraient à l’avenir garder une part d’enseignement à distance . Cela pourrait être l’un des aspects positifs de cette crise : faire évoluer les pratiques, à l’image finalement de ces entreprises qui feront demain d’avantage de place au télétravail.

Comme le résume Peter Guillon, président de Promotrans, un groupe qui comprend notamment 13 CFA, dans les secteurs de la logistique et des transports, "cette crise nous a poussés dans nos retranchements, a bousculé nos habitudes et va nous amener à proposer du sur-mesure et à former différemment".

L'équipe
Journaliste

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......