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Arnaud Lagardere en proie aux assauts du fonds Amber, premier actionnaire du groupe éponyme

AG de Lagardère : le premier actionnaire veut évincer l'héritier

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Arnaud Lagardère, gérant du groupe éponyme, doit affronter les assauts du fonds Amber, premier actionnaire. La bataille se joue aujourd’hui lors de l’assemblée générale du groupe. En ligne de mire, le statut de commandite par actions.

Arnaud Lagardere en proie aux assauts du fonds Amber, premier actionnaire du groupe éponyme
Arnaud Lagardere en proie aux assauts du fonds Amber, premier actionnaire du groupe éponyme Crédits : Vincent Isore - Maxppp

C'est une assemblée générale qui se tient à 10 heures ce matin, à huis clos, confinement oblige . Les actionnaires suivront à distance. Ce sera donc très calme, pas d’invectives, d’ambiance animée. Pourtant en coulisses, c’est une véritable guerre d’influence qui se joue, avec de nombreux protagonistes. 

Le fonds dont on parle c’est le britannique Amber, premier actionnaire du groupe Lagardère, avec 18 % des parts. Un fonds entré il y a quatre ans au capital du propriétaire d’Hachette, des boutiques de duty free dans les aéroports, des magasins Relay, ou encore de médias, le Journal du dimanche, Paris Match et Europe 1. 

Amber, dont le siège est à Londres, mais dont le PDG-fondateur est français, entend donc bien aujourd’hui évincer Arnaud Lagardère. Ce dernier, aux commandes depuis la mort de son père Jean-Luc en 2003, n’a pourtant que 7,3 % du capital , mais c’est bien lui qui décide de tout. Et ce grâce au statut très particulier dont est doté le groupe depuis le début des années 90 : un statut de commandite par actions, qui lui permet d'être seul maître à bord, avec une contrepartie toutefois : être redevable -sur ses biens personnels- des dettes de l’entreprise. 

Le PDG d’Amber, Joseph Oughourlian -qui préside par ailleurs le RC Lens- parle de gabegie, à propos de la gestion d’Arnaud Lagardère. Dans une interview à Libération, il dénonce même une "culture nauséabonde de prédation dans ce groupe. Quoi qu'il se passe, les dirigeants empochent leurs rémunérations". 

Les résolutions qu’il soumet au vote des actionnaires permettent de renouveler le conseil de surveillance, seul moyen d’obtenir un changement de gouvernance et la fin donc de ce statut très particulier, dont sont dotées de rares entreprises, comme Michelin ou Hermes. Le fonds a proposé huit candidats, dont l'ancien président du conseil italien Enrico Letta et l'ex-président du directoire d'Eurazeo Patrick Sayer.  

"Le mandat d'Arnaud Lagardère comme gérant arrive à échéance en mars 2021, si on ne renouvelle pas le conseil lors de cette assemblée générale, on repart pour six ans avec lui !" explique Loïc Dessaint, directeur général de Proxinvest, cabinet de conseil aux actionnaires, qui s'est rangé aux arguments d'Amber. "Dans une société "normale'" il aurait été démis de ses fonctions depuis longtemps" ajoute t-il.  

Arnaud Lagardère n’a pas l’intention de se laisser faire 

Dernièrement de nouveaux acteurs sont entrés dans le jeu, et non des moindres. Le 20 avril, en pleine crise sanitaire, Vincent Bolloré a ainsi annoncé avoir pris 10,6 % des parts de Lagardère, via le groupe Vivendi. Marc Ladreit de Lacharrière, nom également influent du capitalisme français, à la tête de Fimalac, a lui acquis autour de 3 % du capital. Tous deux sont apparus comme des soutiens à Arnaud Lagardère. 

Quelques semaines plus tôt, l'homme fort du groupe s’était entouré de Nicolas Sarkozy, l’ancien président de la République, qu’il souhaite nommer au conseil de surveillance, tout comme Guillaume Pépy, ancien président de la SNCF. En plus de leurs carnets d’adresse, tous deux ont des liens étroits avec le Qatar, deuxième actionnaire de Lagardère. Notons qu'Amber entend toutefois travailler avec Sarkozy et Pépy, ne proposant pas des les évincer du conseil. 

Et la présence de Vivendi interroge. Vincent Bolloré est intrépide en affaires, il l’a prouvé par le passé, et pourrait monnayer son soutien. Des actifs de Lagardère sont en effet susceptibles de l’intéresser :  les médias, des salles de spectacle et même certains pans de Hachette, Vivendi détenant, Editis, 2e éditeur français.  

Alors chaque partie a avancé ses pions, quitte à sortir des clous. On parle de pressions menées par Lagardère sur certains investisseurs pour qu’ils changent leurs votes. 

L’Autorité des marchés financiers a même du siffler la fin de partie, dans un communiqué publié dimanche, appelant chacun à exprimer ses arguments dans le cadre de l’assemblée générale.

Les dés sont jetés 

Peut-on prédire l’issue de cette bataille ? En tous cas les dés sont jetés car les actionnaires avaient jusqu’à hier 15 heures pour voter et on ne se hasardera pas au jeu des pronostics. Quelque soit l’issue, certains analystes estiment que le statut de commandite par actions est condamné à moyen terme.

D’autant que le Crédit Agricole, la banque historique du groupe, pourrait aussi convaincre Arnaud Lagardère, d’y renoncer, moyennant un chèque lui permettant d’éponger ses dettes. 

La fin de ce statut ferait bondir le cours de l’action Lagardère, la société devenant du même coup une proie potentielle sur les marchés.

En attendant, le groupe doit faire face, comme bien d’autres, à de grandes difficultés économiques. L’édition souffre depuis le confinement et avec la chute de la fréquentation dans les aéroports et les gares, ses activités de distribution sont quasiment au point mort. 

Ce sujet de la gouvernance n’apparaît donc, sans doute, que comme une question accessoire aux 30 000 salariés du groupe. 

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