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Des employés de la voilerie All Purpose au port de Roscoff fabriquent des masques de protection en tissus, 5 juin 2020..

Masques en tissus : la France en surproduction !

3 min
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Des entreprises du textile, qui s'étaient engagées dans la fabrication de ces masques en tissus au début de la pandémie, se retrouvent maintenant avec des millions de stocks sur les bras. Que s'est-il passé ? Décryptage.

Des employés de la voilerie All Purpose au port de Roscoff fabriquent des masques de protection en tissus, 5 juin 2020..
Des employés de la voilerie All Purpose au port de Roscoff fabriquent des masques de protection en tissus, 5 juin 2020.. Crédits : Lionel Le Saux - Maxppp

La France qui, au départ cherchait désespérément des marques, se retrouve désormais avec trop de masques en tissus. Difficile à digérer pour ces entreprises qui se sont lancées dans la fabrication. 

C’était au début de la pandémie, on parlait alors d’économie de guerre. L’enjeu était alors d’équiper le personnel travaillant au contact du public, comme les caissières et de préparer la reprise pour les métiers ne pouvant respecter les distances de sécurité, dans le BTP par exemple. 

Le 31 mars, lors d’une visite d’une usine de masques à Angers, Emmanuel Macron avait ainsi fixé des objectifs ambitieux pour la filière française : "avant la crise nous produisions en France 3,3 millions de masques par semaine, fin avril nous serons à plus de 10 millions, nous aurons plus que triplé et nous continuerons cet effort, et je veux que d'ici la fin de l'année, nous ayons obtenu cette indépendance pleine et entière."

Objectif largement dépassé puisque ce ne sont pas 10 millions mais - selon Bercy- 25 millions de masques grand public qui ont été produits chaque semaine en France par 450 entreprises.

D’après l’Union des industries textiles (UIT), c’est même un cinquième de la filière qui s’est mobilisée, soit un millier d'entreprises. 

Mais aujourd’hui donc il y a un problème de demande. Selon l'UIT, 40 millions de masques n’ont pas trouvé preneurs. A Bercy, on estime que 10 % des entreprises engagées dans cette production se retrouvent avec des stocks sur les bras. 

Comment en est-on arrivé là ? 

C’est vrai que ça peut paraître étonnant. Au début, alors que tout le monde cherchait une protection, les masques en tissus semblaient LA solution  (on se souvient des couturières bénévoles mobilisées dans tout le pays).

Mais cette option a vite été supplantée par les masques jetables, dès lors qu'ils ont été disponibles en grande surface à partir de début mai. Des masques importés de Chine et vendus à prix coûtant (pas de marges pour les distributeurs). 

Selon des chiffres publiés par Nielsen, les masques vendus par la grande distribution (qu’ils soient chirurgicaux ou en tissus) ont généré un chiffre d’affaires de près de 100 millions d’euros en trois semaines. "Rarement de “nouvelles” catégories de produits suscitent des achats aussi significatifs", souligne ce cabinet d’études. 

Sans doute avons nous majoritairement préféré les masques jetables, solution, plus facile (pas de lavage), et plus lisible qu'un masque en tissus (pour lesquels il existe plusieurs modèles, à des prix et qualités très variables). Même si ce choix s'avère plus coûteux qu’un masque réutilisable, sans parler du coût écologique. 

Mais cette situation n’est pas liée qu’à notre comportement en tant que consommateur. Les grandes entreprises ont aussi privilégié les masques jetables pour leurs salariés, déplore t-on à Bercy. 

Cela dit les pouvoirs publics n’ont pas non plus toujours été exemplaires, privilégiant dans certains cas des importateurs étrangers. L’Etat a ainsi commandé au Vietnam 10 millions de masques en tissus destinés au groupe la Poste, afin de garantir les livraisons en temps et en heure, assure t-il. Des choix similaires ont été fait par certaines collectivités.   

Des solutions pour écouler cette surproduction 

L’Union des industries textiles propose une solution : que l’Etat rachète ces invendus "remonter le stock de précaution de masques". Surtout qu’il est en partie responsable de la situation, estiment les professionnels, puisqu'il encourageait encore fin avril la production et a attendu mi-mai pour tirer la sonnette d'alarme sur les risques de surproduction. 

Pour l’instant, Bercy ne saisit pas la balle au bond, confiant simplement une mission à deux chefs d'entreprise du secteur du textile : Yves Dubief, le PDG de la société Thentorey (et président de l'UIT) et Guillaume Gibault, fondateur du Slip Français,. Ces derniers sont chargé de faire la promotion de ces masques en tissus "made in France", et de trouver des débouchés notamment à l’international. 

Une issue malheureuse, alors que des salariés se sont impliqués, ne comptant pas leurs heures. De quoi nous faire réfléchir aussi en tant que consommateur.

En complément de cette chronique : 

-la liste (ici) des entreprises fabricant des masques agréés par l'Etat. 

- un article intéressant de Check news de Libération (ici) sur la multitude de masques en tissus disponibles, la vente de masques en tissus non homologués n'étant pas interdite. 

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