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Le réchauffement climatique a déjà des effets bien visibles: ici photo de mai 2017 illutrant le manque d'eau au barrage de Los Aureles au Honduras. Les habitants de la capitale sont déjà rationnés dans leur consommation.

La finance et les green bonds, sauver le climat !!?

3 min
À retrouver dans l'émission

Depuis la COP 21, les obligations vertes sont présentées comme l'une des voies pour lutter contre le réchauffement climatique. Le marché est porteur, attire les convoitises, mais sans label définissant ce qui est vert, le "greenwashing" bat son plein. L'argent peut sauver le climat, mais la finance?

Le réchauffement climatique a déjà des effets bien visibles: ici photo de mai 2017 illutrant le manque d'eau au barrage de Los Aureles au Honduras. Les habitants de la capitale sont déjà rationnés dans leur consommation.
Le réchauffement climatique a déjà des effets bien visibles: ici photo de mai 2017 illutrant le manque d'eau au barrage de Los Aureles au Honduras. Les habitants de la capitale sont déjà rationnés dans leur consommation. Crédits : Orlando SIERRA - AFP

Le 25 juin se tient à Paris une conférence pour lancer un projet de pacte mondial pour l'environnement, avec tous les acteurs de la COP 21.

Laurent Fabius, Laurence Tubiana, Ban Ki moon et le désormais ministre de la Transition écologique et solidaire Nicolas Hulot y seront. L'idée est de renforcer l'accord de Paris, en utilisant le droit comme outil. Un autre outil est en train d'émerger pour lutter contre le changement climatique. Un outil financier: on appelle cela GREEN BONDS, obligations vertes.

NB: Ce billet est une version très remaniée et très augmentée du billet diffusé à la radio. Huit minutes de lecture environ.

En 2014, ces obligations représentaient 4 milliards et demi de dollars, 42 milliards en 2015, presque 100 milliards en 2016, et pour 2017, les agences financières qui tiennent ses comptes, estiment qu'on dépassera les 120 milliards de dollars.

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Une obligation verte, qu'es aquo?

Une obligation, c'est un produit financier qu'émet une entité qui a besoin d'argent, le plus souvent des États et des entreprises. Les investisseurs qui ont de leur côté de l'argent à placer, achètent ces obligations et en échange, ils touchent un intérêt. Rien de neuf de ce côté. L'obligation verte, c'est une obligation qui est censée financer des projets verts... Projet d'éolienne, de rénovation thermique, de recherche et développement dans les nouvelles énergies propres, projet d'aéroport, de centrale à charbon propre....

Oui, vous avez bien entendu, une obligation verte peut aussi financer la construction de projets qui émettront du C02 et favoriseront in fine le réchauffement climatique. Mais ils sont présentés comme étant plus sobre sur ce plan, moins destructeurs, moins pires en somme et s'auto-estampillent produits verts.

Le far west des green bonds

Ce marché étant naissant, c'est le far west. Il n'y a de label défini et universel de ce qu'est une obligation verte. Les projets qui sont présentés comme étant moins pire avec la planète, peuvent être estampillés verts.

C'était le cas à l'issue de la COP 21, c'était même mon premier billet économique. (A écouter seulement). 18 mois plus tard, c'est toujours le cas et c'est le droit de suite que je vous devais au moment où je m'arrête.

Alors que ce marché est en plein boom, les engagements écolo de ceux qui émettent ces obligations vertes ne sont ni vérifiables, ni contraignants juridiquement, et c'est un problème, y compris dans le milieu financier, qui réclame lui aussi des standards et s'alarme du risque de greenwashing.

De nombreux acteurs se positionnent sur ce marché de la labellisation verte. Vigéo en France, Lux Flag au Luxembourg, ICMA (Climate Bonds Initiative), mais tous ont des critères différents, et des questions cruciales ne sont pas tranchées.

Les agences de notations, c'est tout récent, ont décidé de donner une note environnementale aux projets financés par ces obligations vertes, mais le débat de fond est quasi philosophique. Le mieux n'est-il pas l'ennemi du bien? N'est-il pas plus constructif de considérer comme écologique ce qui est mieux que le pire que l'on faisait avant? (Ces questions se posent aussi pour l'investissement socialement responsable).

From zero to hero

Le premier émetteur au monde d'obligation vertes, c'est la CHINE. De zéro en 2015, ils sont passé à 36 milliards en 2016. "From zero to hero", dit-on sur les marchés financiers pour évoquer ce phénomène. De zéro à premier. Le Luxembourg aussi se présente comme la place financière la plus verte.

La France également se positionne sur ce créneau. En février, le gouvernement français a émis l'une des plus grosse obligation verte publique, 7 milliards d'euros.

A ECOUTER/ A LIRE: Les obligations vertes, pas QUE du green-washing?

La finance veut montrer qu'elle se tourne vers l'avenir, et vous entendrez beaucoup parler des obligations vertes dans les mois qui viennent. En l'absence de label, c'est beaucoup de portes laissées ouvertes au "green washing", de verdissement marketing. Les acteurs financiers ont des raisons légitimes de s'inquiéter du réchauffement climatique. Leurs inquiétudes sont sincères, mais ce n'est pas la COP21 qui leur a ouvert les yeux. C'est un banquier central. Marc Carney, gouverneur de la banque d'Angleterre.

Le 29 septembre 2015, Marc Carney a prononcé un long discours (que vous retrouverez ici en anglais, et en vidéo). Il a choisi son lieu pour faire ce discours. L'un des immeubles les plus futuriste de la City, tout en tube de verre et d'aluminium: avec un air à la Beaubourg mais vertical: la tour de la Lloyds.

Pourquoi là? Parce que la Lloyds est l'un des plus grands assureurs au monde. Son activité a commencé au 17ème siècle, dans la vente d'assurance pour le transport maritime. Ce que Marc Carney était venu dire c'est en substance: "attention, vous assureurs, et au delà vous producteurs de produits financiers: vous êtes en danger, car si vous êtes habitués à couvrir les risques, le changement climatique change la donne".

Il y a 3 risques selon Mark Carney, qui préside aussi le conseil de stabilité financière, un organe issu du G7 (Ici je retranscris une partie de mon premier billet)

  • le risque physique: très concrètement, les inondations et les tempêtes à répétition qui s'annoncent vont couter cher aux assureurs,
  • le risque légal: comme pour le tabac, Mac Carney imagine que dans 10 ans, 20 ans, certaines victimes du réchauffement climatique pourront porter plainte contre des entreprises ou les banques qui les ont financé pour avoir continué à investir dans le charbon et le pétrole, alors que tout le monde savait que c'était dangereux,à ce titre l'accord de Paris est une avancée, car il y a un texte officiel et reconnus par tous ou presque
  • le risque de transition vers une économie bas carbone, qui est un risque financier, car tous les produits financiers reliés à des projets forts en carbone (actions, obligations, prêts) pourraient voir leur valeur s'effondrer... autant anticiper leur a dit Mark Carney.

Lors de mes reportages à la COP21, en décembre 2015, j'ai pu constater que des assureurs, des banques, des fonds de pension déclaraient sincèrement vouloir sortir progressivement du charbon, du pétrole, du gaz...Ceux que j'ai pu questionner ne parlaient pas d'être socialement responsables ou écolo compatibles, mais disaient très clairement vouloir sauver leurs porte monnaie, ou celui de leurs clients ou de leurs actionnaires. L'implication de la finance contre le réchauffement climatique n'est donc pas QUE marketing, la préoccupation est sincère, et les besoins de financement tels que tout ce qui peut contribuer à les augmenter n'est pas à exclure d'emblée.

L'argent manque pour financer la transition

Il y a un vrai sujet. Pour lutter contre le changement climatique, il faut de l'argent, et il manque. Les financements nécessaires sont estimés à plusieurs dizaines de milliers, de milliards de dollars.

Au cours des 15 prochaines années et pour respecter l’objectif convenu par la communauté internationale de contenir le réchauffement à 2 °C, l’économie mondiale devra investir quelque 89 000 milliards de dollars dans les infrastructures pour les villes, l’énergie et l’aménagement du territoire ainsi que 4 100 milliards supplémentaires pour la transition verte, écrivait la Banque Mondiale en 2015.

Or pour le moment, depuis la COP 21, on a toujours de la peine à trouver les 100 milliards censés aider les pays les plus touchés à se protéger (se protéger seulement) des conséquences du changement climatique.

A ECOUTER: Chocs climatiques au Malawi: un pays en état d'urgence (documentaire d'une heure de Véronique Rebeyrotte)

Or les obligations vertes, c'est ... 120 milliards estimés en 2017. Même avec une croissance à 2 chiffres, il en faudra des années pour arriver à ces 100 000 milliards. Face à l'urgence de la situation, les débats sur les questions de labels ne sont-elles pas une perte de temps? N'est-ce pas parler du sexe des anges, pendant que AILLE ça chauffe?A mettre la finance au cœur de la lutte contre le changement climatique (que cela soit avec les Green bonds ou le marché carbone) n'omet-on pas d'évoquer d'autres solutions, plus douloureuses peut être, mais plus efficaces? Question laissée ouverte mais je ne vous laisse pas en plan! Les liens ci-dessous vous apporteront, je l'espère, de quoi vous forger une opinion.

A ECOUTER/ A LIRE/ A REGARDER:

Un bel été (pas trop chaud espérons) à tous.

Marie Viennot

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