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L'arc de triomphe de Palmyre- 2000 ans, depuis détruit par Daesh cet automne

La lutte infinie contre les antiquités du sang

3 min
À retrouver dans l'émission

Le projet de loi dit de "réforme pénale" comprend aussi des mesures contre le financement du terrorisme. Un article voté hier vise le trafic d'antiquités, deuxième poste présumé de rentrée d'argent pour Daesh, derrière le pétrole. C'est un début mais le combat est quasi-illusoire.

L'arc de triomphe de Palmyre- 2000 ans, depuis détruit par Daesh cet automne
L'arc de triomphe de Palmyre- 2000 ans, depuis détruit par Daesh cet automne Crédits : Gustau Nacarino - Reuters

Daesh occupe 4500 sites archéologiques, des terres qui regorgent d'antiquités que le groupe terroriste utilise pour financer ses opérations. (Voir ici en anglais, le rapport du GAFI, page 16). Le congrès américain (ici rapport en anglais, page 6) évalue ces rentrées à 100 millions de dollars par an et la plupart des experts s'accordent à dire que le trafic d'antiquités serait le deuxième poste de recettes de l'Etat Islamique derrière le pétrole.

Mais en réalité, on en sait rien. Comme l'écrit le directeur du Louvre, Jean Luc Martinez dans un brillant rapport, (simple, clair complet, bien écrit et illustré que je vous recommande) remis en novembre au Président de la République, c'est impossible à quantifier.

Les informations qui nous sont parvenues attestent que Daech semble plutôt administrer ce trafic plus qu’il ne l’organise. Il a ainsi créé un Département des antiquités–Diwan al Rikaz–chargé de délivrer des permis de fouilles contre versement de « dîmes» imposées aux fouilleurs. Ces permis, ornés des cachets de l’Etat islamique stipulent par exemple cette consigne : «Nous vous prions d’assister le porteur de ce document dans la recherche et la fouille d’antiquités sachant qu’il dispose d’un appareil de détection».

Ce que l'on voit, surtout ce sont des images satellites comparant la situation de certains sites avant l'arrivée de Daesh et après. Il y avait déjà des fouilles illégales avant, mais là, l'échelle est industrielle. On dirait des trous d'obus, plus de 10 000 ont été compté sur le seul site d’Apamée en Syrie, un site Romain. (voir page 15 de ce même rapport du directeur du Louvre, deux photos édifiantes).

Pour vous donner une idée du potentiel du site archéologique de Doura Europos aujourd'hui constellé de trous sur les images satellites, voici une vidéo amateur tournée en en 2008.

En voici une autre du site d'Apamée, également tournée avant l'occupation par Daesh.

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Le musée de Raqqah a lui aussi été pillé, ça on le sait par des vidéos de propagande, dont Daesh se sert aussi pour montrer à de futurs acquéreurs ce qu’il pourront trouver dans les filières illégales plus tard. L'Europe est le plus gros marché, mais impossible de savoir ce qui est prélevé et vers où.

Une nouvelle infractions pénales pour ces antiquités du sang

La lutte contre ce trafic tente de s'organiser. Un article sur ce sujet a été voté hier à l'assemblée nationale, c'est l'article 12 du projet de loi sur le crime organisé et la procédure pénale dont on parle beaucoup, mais pour d'autres raisons.

Cet article crée une nouvelle infraction pénale qui punira de sept ans (suite à un amendement accepté) d’emprisonnement et de 75 000 € d’amende, le fait de posséder, vendre ou convoyer un bien culturel en sachant que ce bien a été soustrait d’un théâtre d’opérations terroristes, sans pouvoir "justifier la licéité de l’origine de ce bien". Voici l'article en entier

Est puni de cinq ans (7 depuis l'amendement) d’emprisonnement et de 75 000 € d’amende, le fait d’importer, d’exporter, de faire transiter, de détenir, de vendre, d’acquérir ou d’échanger un bien culturel présentant un intérêt archéologique, artistique, historique ou scientifique en sachant que ce bien a été soustrait d’un territoire qui constituait, au moment de la soustraction, un théâtre d’opérations de groupements terroristes et sans pouvoir justifier la licéité de l’origine de ce bien.

C’est cette dernière phrase qui change tout. Pour le moment un receleur risque jusqu'à 550 000 euros et 10 ans de prison, mais il est présumé innocent. Avec cet article, il devra prouver qu'il a été diligent, c'est à dire vigilant : qu'il a bien identifié son vendeur, qu'il est sur, qu'il connait la provenance de l'objet qu'il détient.

Si vous achetez des pièces de monnaie de l'ère mésopotamienne sur Ebay à un revendeur turque vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas qu'il y avait un risque. Or c'est possible aujourd'hui. Des journalistes américains ont fait l'expérience et se sont vus proposer, via Skype des tas d'objets suspects. Vous pourrez en voir quelques uns en suivant ce lien.

Des journalistes du Guardian ont également enquêté avec un archéologue à Londres. Or ils ont trouvé des objets sans doute prélevés sur les sites archéologiques "gérés" par Daesh. L'article très complet eavec beaucoup d'illustrations en anglais, ici, et ci dessous un reportage télé sur le sujet.

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Les antiquités traitées comme la drogue, mais...

L'idée de l'article de loi, explique sa rapporteuse Colette Capdevielle, c'est de remonter les filières, traiter ces antiquités du sang comme de la drogue. Le problème, c'est que contrairement à la drogue, les chiens douaniers ne sentent pas les poteries ou les mosaïques. Avec la libre circulation des marchandises, c'est extrêmement difficile à appréhender.

Mais surtout surtout, les antiquités n'ont pas à être consommées, contrairement à la drogue. Elles peuvent être gardées des décennies avant d'apparaître sur le marché. Le temps de passer d'un vendeur à un autre, de se faire inventer une histoire, et d'obtenir, même de faux certificats, comme le relate le rapport du directeur du Louvre.

On ne constate pas dans l’immédiat une recrudescence du trafic d’objets en provenance des pays en guerre, en tout cas de pièces importantes. Mais le problème se posera dans les années et décennies à venir, les œuvres provenant de pillages ou de fouilles clandestines transitant très certainement par des réseaux de trafiquants expérimentés qui savent brouiller les pistes en produisant de faux documents d’authentification et/ou en stockant les œuvres quelques années notamment dans des « ports francs», le temps de leur «inventer une histoire» avant de tenter de les écouler sur le marché.

Ainsi, c’est en juillet 2015 que les Etats-Unis ont restitué aux autorités irakiennes 700 objets et fragments issus de trafics illégaux: ils avaient été volés ou pillés il y a plus de dix ans, notamment lors du grand pillage de 2003 au musée national de Bagdad.

C'est donc une lutte infinie dans le temps qui s'amorce contre ces antiquités du sang. Alors que Daesh en engrange les bénéfices dès aujourd'hui.

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