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Le vice prince Mohammed Ben Salmane cherche à projeter son pays dans l'après pétrole (ici au G20 en Chine)

L'Arabie Saoudite en terrain inconnu

3 min
À retrouver dans l'émission

Avec la baisse du cours du pétrole, l'Arabie Saoudite n'arrive plus à équilibrer son budget autrefois excédentaire. Le pays va emprunter aujourd'hui plus de 15 milliards de dollars aux marchés financiers. C'est une première et la fin d'une ère. Les défis sont gigantesques.

Le vice prince Mohammed Ben Salmane cherche à projeter son pays dans l'après pétrole (ici au G20 en Chine)
Le vice prince Mohammed Ben Salmane cherche à projeter son pays dans l'après pétrole (ici au G20 en Chine) Crédits : Rolex Dela Pena - Sipa

C'est une première, et à lire la presse économique, c'est un des moments les plus attendus de l'année sur les marchés financiers.

"One of this year’s hottest debt sales beckons" écrit le Financial Times.

Pourquoi tant d'excitation? D'abord parce que l'Arabie Saoudite n'a encore jamais fait financer son déficit en recourant à l'emprunt obligataire sur les marchés, ce que nous faisons, nous toutes les semaines... Au printemps dernier elle a emprunté 10 milliards de dollars, mais à des banques, pas sur les marchés.

Ensuite parce que la somme demandée est colossale. Entre 10 et 15 milliards de dollars. Les seuls à avoir fait mieux sont les Argentins, 16 milliards de dollars cette année, quand ils ont fait leur grand retour le marché de la dette. A titre de comparaison, la France emprunte rarement plus de 8 à 9 milliards d'euros d'un seul coup.

NB: Finalement l'Arabie Saoudite a dépassé le record argentin et emprunté 17.5 Mds de dollars. Les investisseurs étaient prêts à prêter plus de 65 milliards...

Si vous voulez en savoir plus sur la façon dont les Etats procèdent pour emprunter sur les marchés financiers, vous pouvez consulter cette précédente chronique : La finance aime toujours la France.

Enfin, si les marchés sont si excités, c'est parce que le rendement de ces tout nouveaux bons du trésor Saoudiens sont supérieurs à ce que l'on trouve en ce moment. Vous savez, (ou je vous le rappelle) qu'actuellement beaucoup de bons du trésor ont des taux négatifs, ce qui veut dire que les prêteurs perdent de l'argent en prêtant aux Etats. Là au contraire, on peut espérer, selon le Financial Times, un rendement autour de 3,5% pour un emprunt à 10 ans.

C'est un système d'enchère qui détermine le taux d'intérêt quand un état emprunte de l'argent comme ça sur les marchés financiers, donc au final cela va dépendre de la demande. Or la demande est là, à en croire le Financial Times, plus de 50 milliards devraient être proposés, trois fois plus que ce que demande l'Arabie Saoudite ( et finalement donc plus de 67 milliards ont été proposé).

L'Arabie Saoudite est loin de la faillite...

Alors attention, l'Arabie Saoudite n'est pas en cessation de paiement, ni en danger de faillite. Elle a des réserves, des économies si vous voulez, énormes. Mais cet argent n'est pas mobilisable immédiatement.

Il y a notamment un fond souverain, qui a accumulé la rente pétrolière depuis des décennies. C'est l'un des plus gros au monde, mais l'argent est en partie investi dans des entreprises, il n'est pas liquide. Or les dépenses budgétaires, elles, sont de la dépense quotidienne. D'où le besoin d'aller chercher ce liquide sur les marchés financiers.

Pétrole et printemps Arabe

Le cours du baril de pétrole a été divisé par deux en quatre ans. Comme c'est la seule ressource de la monarchie, le budget est en déficit depuis deux ans. 13% du PIB, bien plus que nous... alors que dans les années fastes, l'excédent était supérieur à 8% du PIB.

Mais le pétrole n'est pas la seule explication. Le printemps Arabe aussi est passé par là. Dans ce pays, la moitié de la population a moins de 25 ans, les deux tiers moins de 30 ans. Pour étouffer le souffle de liberté qui a bruissé il y a 5 ans, la monarchie a fait ce qu'elle a toujours fait : réprimer d'un côté et acheter la paix sociale de l'autre en augmentant les salaires des fonctionnaires.

Dans ce pays, le résultat est immédiat: 90% de la population travaille dans le secteur public. Il y a dans ce pays 90% de fonctionnaires!

Mais ces augmentations de salaires pèsent maintenant sur le budget, à un moment où il se réduit. Très symboliquement, il y a un mois le régime a réduit de 20% les salaires des ministres, et amputé les indemnités des 160 membres du Majles al-Choura (ou conseil consultatif), le seul organe s'apparentant à un parlement, mais de fait sans pouvoir dans cette monarchie absolue.

Le vice-prince héritier, Mohammed Ben Salmane a fait part de ses plans pour projeter l'Arabie Saoudite en 2030. Si vous vous voulez en savoir plus (et si vous parlez anglais :), je vous conseille ce dossier très complet, fait par Bloomberg. Je vous recommande aussi [cet excellent résumé](http:// https://classe-internationale.com/2016/02/25/vers-une-perte-du-leadership-de-larabie-saoudite-au-moyen-orient/) de la situation générale en Arabie Saoudite (en français:).

Rendez-vous en territoire inconnu

Cette levée de fond est donc symptomatique d'un système qui ne peut plus fonctionner sans l'aide extérieure, et ça c'est une révolution.

La puissance Saoudienne repose sur deux piliers, le pilier religieux et le pilier économique. Les relations avec ses voisins et les puissances occidentales sont marqués par ce qu'on nomme la "diplomatie du chéquier". En devenant dépendante de l'extérieur pour financer son fonctionnement, la monarchie saoudienne avance en terrain inconnu, or les conséquences dépassent de loin l'économie.

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