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"Soit on est pour le pays, et contre la dette, ou pour la dette et contre le pays", dit cette affiche lors d'une manifestation en 2016 pour s'opposer au "deal" du président Macri avec les fonds vautours américains.

L'Argentine emprunte sur 100 ans... 100 ans!

3 min
À retrouver dans l'émission

Après avoir été honni des marchés financiers, l'Argentine ne leur fait plus peur. Le pays a fait 8 fois défaut et il a pourtant réussi à se faire prêter sur 100 ans. Ces "obligations centenaires" ont le vent en poupe. Pourquoi donc? Réponse-dédicace aux bacheliers qui passent l'épreuve de SES.

"Soit on est pour le pays, et contre la dette, ou pour la dette et contre le pays", dit cette affiche lors d'une manifestation en 2016 pour s'opposer au "deal" du président Macri avec les fonds vautours américains.
"Soit on est pour le pays, et contre la dette, ou pour la dette et contre le pays", dit cette affiche lors d'une manifestation en 2016 pour s'opposer au "deal" du président Macri avec les fonds vautours américains. Crédits : EITAN ABRAMOVICH - AFP

C'est un retournement spectaculaire. L'Argentine ne fait plus peur aux marchés financiers. Il y a deux ans encore, le pays se débattait avec des fonds américains dit vautours, il n'avait plus accès aux marchés de capitaux, et le 19 juin 2017, il a donc réussi a émettre des bons du trésor sur 100 ans. Le montant est assez faible, moins de 3 milliards de dollars, mais le fait que l'Argentine trouve preneur pour sa dette sur une si longue période est très significatif car l'Argentine n'est pas n'importe quel pays.

Depuis son indépendance en 1816, le pays a déjà fait faillite huit fois, et la dernière fois qu'il a fait défaut c'est assez récent, c'était en 2001. Les autorités de l'époque avaient dit à tout ceux qui lui avaient prêtés auparavant: "désolé chers amis, je ne vais pas pourvoir tout vous rembourser". La somme rondelette sur laquelle ses créanciers avaient dû tiré un trait atteignait quasiment les 100 milliards de dollars.

Les négociations sur cette faillite partielle, qui n'était pas la première ont duré 10 ans. Puis a suivi une bataille juridique épique, qui a opposé le gouvernement du pays à des fonds américains, que l'on surnomme communément des fonds vautours. Ces fonds avaient racheté de la dette Argentine a des prix bradés, et, (c'est leur fond de commerce), ils ont ensuite mené toutes les batailles juridiques possibles pour se faire rembourser au dessus du prix qu'ils avaient acheté. C'est ça le principe de ces fonds vautours que l'on nomme plus poliment des fonds de dette décotés, distressed debt.

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Cette saga s'est terminée, il y a moins de 18 mois, avec l'arrivée au pouvoir du nouveau président Mauricio Macri... et le 19 juin donc, comme si rien ne s'était passé, comme si le pays n'avait pas fait déjà 8 fois faillite depuis son indépendance, la signature de l'Etat Argentin a inspiré confiance pour les 100 années qui viennent.

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8% d'intérêt sur 100 ans

L'Argentine n'est pas la première à se lancer dans cette opération sur 100 ans. La France ne va pas au delà de 50, mais le Mexique, l'Irlande, la Grande Bretagne ont déjà emprunté aux marchés financiers sur 100 ans, et les États-Unis, tout récemment y réfléchissent également. Il y a même une compagnie brésilienne PETROBRAS qui a emprunté sur 100 ans.

Quand un investisseur achète une obligation centenaire, ou "Century Bonds", cela veut dire que le capital qu'il investi dans l'obligation (le principal) lui sera remboursé dans 100 ans. En 2117 donc pour le bon argentin. D'ici là, il peut s'en passer des choses. Le pays peut faire faillite, il peut surtout y avoir de l'inflation, une autre crise financière...

OUI mais, pendant les 100 années qui nous séparent de 2117, l'investisseur va toucher des intérêts sur la somme qu'il a prêté. Or, c'est un peu comme quand vous empruntez pour un achat immobilier, plus la durée de votre prêt est longue, plus les intérêts sont grands.

Le rendement de ce bon Argentin a 100 ans est de quasiment 8% selon les agences de presse financière. 8% par an, pendant 100 ans, cela produit plus d'intérêt que le capital qui sera remboursé à la fin.

Dans un monde où les taux sont très bas, c'est intéressant pour le gestionnaire de fond qui cherche à augmenter la rentabilité des fonds qu'il a sous gestion.

Voilà pourquoi l'Argentine a trouvé preneurs. "Les marchés ont la mémoire courte" analyse un analyste spécialisé dans les pays émergents cité par Bloomberg. Ils ont aussi beaucoup d'argent à placer.

D'où vient l'argent?

De vous peut être. Si vous possédez une assurance vie, possible que celui qui s'en occupe achète quelques uns de ces bons Argentins a 100 ans pour doper un peu sa rentabilité. L'argent, il vient des fonds de pension, qui gèrent les retraites des pays qui ont adopté le système par capitalisation, USA, Japon, Grande Bretagne. Il vient des réserves des banques centrales (qui placent ses réserves). Il vient des assurances...

L'argent ne manque pas sur la planète globalement, et encore moins depuis que les banques centrales des Etats Unis, du Japon et de la zone euro appliquent des programmes qui visent à augmenter encore la masse monétaire en circulation, ce sont les fameux QE, quantitative easing.

Cet argent ne circule pas là, dans la rue, mais il existe et a besoin de se placer.

Ce qu'illustre cette émission de dette a 100 ans de l'Argentine, c'est que si les Etats ne s'endettaient pas, si tous les Etats du monde décidaient d'avoir une dette 0, l'épargne qui ne veut pas prendre de risque ne saurait pas où se placer. C'est comme pour les vases communicants.

C'est un fait intéressant. Je le dis pour les bacheliers qui passent leur épreuve d'économie ce 20 juin à 8h. Si on vous questionne sur les problème de dette, donnez aussi cet angle de vue, citez l'exemple Argentin. Il est fondamental, et très rarement mis en avant. Dans un monde qui vieillit, et où l'épargne grandit, les dettes des États sont une quasi nécessité. Après, c'est une question de mesure, et possible, comme certains analystes l'expriment qu'il y ait en ce moment une bulle des obligations. La prochaine crise nous le dira...peut être. Comme le disait juste avant la crise des subprimes le PDG de Citigroup Chunk Prince: "Tant qu'il y a de la musique, il faut se lever et danser". D'ici là, éternellement, prêtons nous sans trêve.

Marie Viennot

L'équipe
Production
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