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Siège de la SNCF à Saint Denis

SNCF : sommes-nous otages des chiffres ?

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Près de 95% des cheminots ayant participé à la "vot'action" syndicale ont dit non à la réforme ferroviaire avant de nouvelles rencontres à Matignon vendredi entre le Premier ministre et les syndicats de la SNCF. Ce vote pour la direction et l'exécutif n'a aucune légitimité. Vraiment ?

Siège de la SNCF à Saint Denis
Siège de la SNCF à Saint Denis Crédits : ALPHACIT NEWIM / CrowdSpark - AFP

C'est assez étonnant, non  cette mode du référendum en entreprise ? Vous vous en souvenez, l'idée de l'instaurer était venue du patronat et de l'exécutif, ils ont même voulu l'inscrire dans la loi au grand dam des syndicats qui n'en voulaient pas , y voyant une stratégie pour contourner ou dénoncer les accords obtenus par la négociation. Fort de cette bonne idée, l'ancien PDG d'Air France y est allé tête baissée, convaincu qu'il obtiendrait le soutien de l'ensemble de ses salariés et le désaveu des syndicats. La suite on la connaît, la démarche s'est soldée par sa démission. 

Alors, au jeu du quitte ou double, forcément l'intersyndicale de la SNCF ne s'est pas dégonflée mais chat échaudé craint l'eau froide et la direction , elle , a préféré ne pas organiser de référendum. Alors comme on dit au poker "pour voir", les syndicats des cheminots ont lancé ce vot'action et comme on pouvait l'imaginer, le résultat est assez implacable. 

C'est vrai, il n'a pas été organisé en bonne et due forme, sans isoloir, sans huissier et en tous cas pas officiellement validé par l'ensemble des acteurs. De là à le discréditer et le qualifier de pétition, c'est peut-être aller un peu vite car malgré tout il nous livre quelques informations. Plus de 60% de participation, 95% des votants contre la réforme et le vote massif des cadres , ceux que l'on entend moins et que l'on pense toujours acquis à la cause de la direction. Voilà quelques arguments qui a n'en pas douter renforceront les convictions et les arguments de l'intersyndicale lors de leur rencontre à Matignon. 

Pour la direction, les chiffres parlent aussi, le taux de grévistes a chuté mercredi à 14% son plus bas niveau depuis le début du conflit , et celui des conducteurs en grève est passé pour la première fois sous les 50%, ce qui fait dire aux observateurs que le mouvement s'essouffle. D'ailleurs, le gouvernement par la voix de son rapporteur LREM du texte de loi à l'Assemblée nationale Jean Baptiste Djebarri l'affirme, la réforme bénéficie de 60% du soutien des Français. Un sondage donc... Et en quoi un sondage serait il une démonstration de force ? Ce n'est pas j'en suis sûre prendre partie que d'émettre un gros doute sur la crédibilité des sondages , vu le nombre de fois qu'ils se sont trompés, sans parler de la façon dont ils sont menés que l'on pourrait juger au mieux d'aléatoire.

Le calendrier de la réforme se ressert

Quelle sortie du conflit possible ? Le calendrier se ressert la réforme doit être définitivement votée à la mi juin et les syndicats ont une nouvelle fois rendez vous à Matignon vendredi. L'exécutif depuis le début compte sur la rupture du front syndical. Il multiplie les gestes envers les syndicats réformistes la CFDT et l'Unsa, qui ont été les seuls syndicats à proposer au gouvernement des amendements au projet de loi lors de son examen au Sénat. Adoptée mercredi par la commission de l'Aménagement du territoire et du Développement durable du Sénat, la réforme a en effet reçu "des modifications substantielles", en particulier en renforçant les garanties offertes aux salariés en cas de transfert chez de nouveaux opérateurs dans le cadre de l'ouverture à la concurrence. Il est aussi prévu, pendant une période déterminée, que les salariés réembauchés au sein de la SNCF bénéficient à nouveau du statut de cheminot. Pour le moment cela ne satisfait pas complètement les syndicats réformistes qui ont prévenu que "l'objectif n'était pas de modifier des bricoles".

La question de la reprise de la dette, qui est une ligne rouge pour tous les syndicats , pourrait jouer le rôle d'arbitre du conflit. Le premier ministre pourrait annoncer la reprise de près de 35 milliards euros de dette, ainsi qu'une hausse des investissements. 

Le calendrier maintenant s’accélère et tout le monde va devoir abattre ses cartes. Sans prendre trop de risques, nous pouvons dire ce matin qu'au moins 95,7 % des Français souhaitent une sortie par le haut de ce conflit ( les autres n'ont pas souhaité s'exprimer ou voyagent à cheval. )

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