LE DIRECT
Manifestation d'agents hospitaliers à Paris

L'hôpital va mal, devons-nous rester témoins du désastre ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Journée de grève et de manifestations aujourd'hui pour protester contre la réforme de la fonction publique. Ce sera la troisième journée de mobilisation des fonctionnaires depuis le début du quinquennat d'Emmanuel Macron. Le service public est-il en danger ?

Manifestation d'agents hospitaliers à Paris
Manifestation d'agents hospitaliers à Paris Crédits : Bunel - AFP

Après bien d'autres grèves sous d'autres mandats et d'autres présidents...En avons-nous pris l'habitude ? Sommes nous devenus sourds aux cris d'alarme des fonctionnaires ? Pointer du doigt les fonctionnaires contre les salariés du privé a longtemps été une grosse ficelle des politiques pour minimiser leurs revendications mais aujourd'hui l'argument peut-il encore marcher auprès des citoyens et électeurs que nous sommes car en plus d'être usagers et contribuables nous sommes devenus témoins, témoins au fil des années, de fermetures de classes, d'écoles, de maternités, d'hôpitaux, de services d'urgence, de tribunaux, de bureaux de postes et aujourd'hui nous voilà témoins de morts aux urgences comme ces deux femmes de 88 ans et 93 ans mortes dans la salle d'attente des urgences du CHU de Tours la semaine dernière, témoins de suicide de chirurgien comme au CHU de Grenoble l'année dernière, témoins de burn-out et de souffrance au travail d'infirmières et personnels soignants. 

Et pourtant, ils nous le disent : ils craquent, ils témoignent, ils nous racontent les sous effectifs, la pression, le manque de moyens, leurs conditions de travail exécrables, les 120% de remplissage de certains établissements, où ils en arrivent à mettre des patients sur des matelas par terre, parfois même ils n'ont plus assez de matelas et les gens passent la nuit sur des coussins. 

Mais que se passe t-il à l'hôpital ? Va t-on devoir rester témoins de ce désastre ? Alors que la médecine française brille régulièrement pour son excellence, on célébrait encore hier une équipe médicale française pour une première mondiale en matière de greffe respiratoire, alors  que le monde entier nous enviait notre système de soin et notre Sécurité sociale... alors quoi ? On n'a plus les moyens, cela coûte trop cher ? L'accès aux soins pour tous serait un luxe que l'on ne pourrait plus s'offrir aujourd'hui ? Ni dans le monde demain ?

"Il n'y aura pas d'économies sur l'hôpital"

C'était au lendemain de la "marée blanche" manifestation organisée par Sud Santé Sociaux à Paris. Interrogée à l'Assemblée nationale sur ce sujet, la ministre de la santé, Agnès Buzyn assurait qu'il n'y aurait "pas d'économies sur l'hôpital" ni cette année, ni dans les "trois années qui viennent". Pourtant, les députés de l'opposition rappelaient que cette année "1,6 milliard d'économies" étaient demandées aux établissements de santé, et qu'une note émanant du ministère de la Santé prévoyait "encore 960 millions d'économies" sur ces établissements publics. Mais "il n'y a pas de réduction des moyens" s'est défendue la ministre puisque "le budget que nous avons voté, notamment pour les hôpitaux publics, est le plus important depuis 4 ans", a-t-elle affirmé.  

L'Objectif national des dépenses de l'Assurance maladie (Ondam) est un mécanisme servant à limiter la hausse naturelle des dépenses de santé - liée notamment au vieillissement de la population, aux coûts des innovations thérapeutiques et à l'augmentation des maladies chroniques. Celui-ci a été fixé à 2,3% pour 2018, ce qui représente une dépense totale de 200 milliards d'euros. "Il est de 2,3% pour l'ensemble de l'Ondam et 2,2% pour l'Ondam hospitalier", a-t-elle détaillé. "Cela fait une augmentation du budget de 1,5 milliard d'euros pour cette année, et 3,6 milliards d'euros pour les trois années qui viennent". "Il n'y a donc pas d'économies sur l'hôpital", a insisté Agnès Buzyn. Selon un rapport du Sénat, sans Ondam la "croissance tendancielle" des dépenses hospitalières serait de 4% en 2018.  

Mais au-delà des questions de budgets, se posent aussi des questions de management dans les hôpitaux , on en parle moins mais c'est pourtant l'une des sources du malaise. Il faut rappeler que le lean management est entré à l'hôpital.

Le lean management fait des dégâts 

Apparu il y a plus de quarante ans chez Toyota, le lean management se développe de plus en plus dans les services. Mise en œuvre dans des hôpitaux publics en Suède, en Angleterre et en Hollande, la démarche est engagée maintenant en France et elle fait des dégâts. Sur le papier, ce mode d'organisation est censé améliorer les services, rationaliser comme on dit, mutualiser les moyens, vous avez sans doute déjà entendu l'expression mais l’hôpital est un univers professionnel très différent d’une usine. 

Entre injonc­tions para­doxa­les comme aug­men­ter l’acti­vité avec moins d’agents, recher­che d’une ren­ta­bi­lité immé­diate, ratio­na­li­sa­tion des flux de patients et stan­dar­di­sa­tion des procé­du­res de soins, les pro­fes­sion­nels de santé sont en grande souf­france. La maltraitance institutionnelle, comme l'ont dénoncée les syndicats lors du mouvement de grève dans les Ehpads. 

Non, l'hôpital va mal ! Il est grand temps d'écouter ceux qui s'occupent des malades pour qu'ils s'occupent mieux de nous quand NOUS serons malades. Le président Macron doit faire des annonces avant l'été pour l'hôpital, espérons que l'ordonnance ne soit pas trop sévère !

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......