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Les Européens déplorent que l' Allemagne exporte plus qu'elle n'investit chez elle.

Les appels à investir davantage seront-ils entendus par l'Allemagne ?

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Bruno Lemaire demande à Berlin de desserrer les cordons de la bourse.

Les Européens déplorent que l' Allemagne exporte plus qu'elle n'investit chez elle.
Les Européens déplorent que l' Allemagne exporte plus qu'elle n'investit chez elle. Crédits : Peter Kneffel - Maxppp

Bruno Lemaire a lancé un appel en direction de Berlin. Que l’Allemagne desserre les cordons de la bourse, qu’elle investisse davantage et relève les salaires. A-t-il des chances d’être entendu ? D'une oreille, sans doute, guère plus. Pourquoi ?  Parce que cet appel n’est pas le premier du genre, singulièrement de la France sous les précédents gouvernements. Et pas seulement !  Les grandes organisations internationales, FMI, OCDE, entonnent le même refrain…Le Trésor américain lui-même pour d'autres raisons, et La Commission européenne aussi, qui  récrimine contre  la politique de sous-investissement de Berlin. Avec ces arguments : vous disposez d’énormes moyens financiers grâce à vos excédents commerciaux, mais vous souffrez d’une dégradation de vos infrastructures routière et ferroviaire ….Qu’attendez-vous pour moderniser et réparer, il est plus que temps d’investir !  Cela les Allemands l’entendent d'une oreille seulement.

De fait le message ne passe pas  puisque ces appels n’entraînent pas de changements.

C’est que la manière de poser le débat n’est peut-être pas la bonne. Pourquoi ? Parce qu’à chaque fois que les Européens le font – ce sont eux les plus offensifs- c’est au nom d’une solidarité économique qui agace  Berlin. Le message tient en deux mots : vous exportez plus que nous, mais en contrepartie des biens que nous européens vous achetons, investissez chez vous,  remontez les salaires, consommez plus ! Vous nous passerez plus de commandes, ça nous permettra à nous, vos voisins d’Europe, d’exporter davantage et tout le monde y gagnera. Eh bien, cet argumentaire, il ne marche pas.  ! 

Ce sont pourtant des arguments qui sont recevables .

Ils le sont, mais ça ne prend pas outre-Rhin où l'on réplique : oui nous exportons plus que les autres, mais qui est le champion d' Europe des importations  ? C’est encore l'Allemagne …Et qu’on ne vienne pas nous donner des leçons de solidarité…Avec nos commandes, nous faisons beaucoup travailler les  économies des Européens de l’est …Pologne, République tchèque.  Ce serait faire un faux procès d’affirmer que notre expansion se fait au détriment des autres en Europe.

On a un peu l’impression que le débat tourne en rond.

Ce débat se déplace à chaque fois sur un autre terrain. En réponse aux appels à investir plus, Berlin rétorque sur le mode gestionnaire: Commencez par restructurez vos économies, faites comme nous,  réformez-vous, réduisez vos déficits, maîtrisez vos dépenses, vous serez plus compétitifs, après ! C’est l’obsession de l’équilibre budgétaire  qui revient au galop.   Elle est suivie d’une autre obsession : ménager les seniors,  la population montante par le nombre. Les allemands épargnent plus que tous les Européens pour leur retraite, deux fois plus que les Espagnols…Rigueur  budgétaire dans les  foyers de retraités plutôt que dépense supplémentaire…Epargne plutôt que consommation…On est dans le même schéma d’orthodoxie budgétaire du sommet de l’Etat aux ménages, du moins dans la catégorie seniors. 

Tout cela ne règle pas la question du sous-investissement..

Sans doute, mais d’année en année, les promoteurs d’une politique plus offensive d’investissement gagnent du terrain.  Les sociaux-démocrates y sont favorables. Le patronat allemand lui-même chiffre à 6 milliards et demi  les besoins d'investissement, deux foix plus qu'Angela Merkel. …Preuve que les appels commencent à être entendus, fut-ce d'une oreille, même tardivement !

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