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La formation professionnelle, mère de toutes les réformes pour Emmanuel Macron

La formation professionnelle est-elle à reconstruire ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Près de cinquante ans après son instauration, elle apparaît inégalitaire et déphasée avec le marché de l'emploi.

La formation professionnelle, mère de toutes les réformes pour Emmanuel Macron
La formation professionnelle, mère de toutes les réformes pour Emmanuel Macron Crédits : Fred Dufour - AFP

C’est le coup d’envoi d’un projet de réforme de la formation professionnelle qui va être donnée aujourd’hui avec les rencontres à l’Elysée entre Emmanuel Macron et les partenaires sociaux. Un projet qui vise à remettre à plat un système qui a mal vieilli. Un système qui a pris beaucoup de rides : il s’est complexifié au point d’apparaître aujourd’hui un peu difforme, engoncé dans un habillage de formations hétéroclites, bardé d'une multitude de sigles parfois obscurs.

Etonnant, car on était parti, en 1971 - la loi sur la formation professionnelle- sur une promesse de qualification afin de répondre aux besoins des entreprises et permettre aux salariés d’accéder à une promotion sociale. « Une Révolution silencieuse » avait t-on dit.

Que s’est-il passé depuis pour que, aujourd’hui, on déplore de partout les carences et les dysfonctionnements du système ? Ce n’est pourtant pas faute d’avoir tenté des réformes. Dans les années 1980, le système commence à muter : le chômage passe la barre du million, la formation professionnelle se tourne alors vers les chômeurs, mais le chômage continue de grimper.

Au tournant du siècle, seconde mutation : la formation professionnelle se décline individuellement : les lois de 2004 et 2009 en font un droit pour chacun « tout au long de la vie », mais les chômeurs en bénéficient fort peu : 15 % contre près de 60 % pour les salariés du public comme du privé, au premier rang desquels les cadres, avec préférence pour les grandes entreprises. Les moins qualifiés, eux, restent sur le bord du chemin, et le chômage continue de monter !

Arrive 2014 : au détour d’une grande conférence sociale le gouvernement resserre encore d’un cran le dispositif en déployant un nouvel outil : le compte personnel de formation dès l’entrée sur le marché du travail. Il faut "sécuriser les parcours professionnels". Mais la courbe du chômage tarde à s’inverser : alors on concocte à la hâte un grand plan de « 500 000 formations prioritaires ». Le chômage commence à dégonfler, timidement, mais le compte n’y est toujours pas. Pas à la hauteur des fonds utilisés en tout cas.

L’utilisation des fonds destinés à la formation professionnelle constitue aussi un aspect du problème et les enjeux sont énormes : 32 milliards dans les circuits d’un système où opèrent quelques 75 000 prestataires qui gravitent autour de 160 000 sociétés, tout cela dans un entrelacs de réseaux qui ajoute à la complexité. Sans parler des allers retour de dossiers incessants entre Pole emploi, les collectivités, l’éducation nationale, les employeurs et des organismes de gestion qui se rémunèrent au passage.

Au bout du compte on a l’impression que le système est grippé quand bien même il est capable de dispenser d’excellentes formations par ailleurs. A ceci près que, faute d’évaluation systématique, on compte encore beaucoup de formations douteuses et non labellisées.

Mais fondamentalement, on voit que le système actuel reste très inégalitaire, en totale contradiction avec sa mission d’origine de donner une chance à tous, déphasé avec la montée du chômage, qu’il ne s’est toujours pas adapté aux besoins des demandeurs d’emploi, en particulier les moins qualifiés qu’il s’avère incapable de remettre en selle. Et tout cela au prix d’un coût qui pèse sur l’ensemble de la collectivité et sur les entreprises. Au point que tout le monde s’accorde pour dire qu’il y a nécessité de le remettre à plat.

Jean-Marc Chardon

Intervenants
  • Journaliste économique, chef du service économie de la rédaction de France Culture
L'équipe
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