LE DIRECT
Manifestation de retraités à Paris le 28 septembre 2017

L'effort des retraités les plus aisés envers les jeunes. Un tabou ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Les députés ont adopté dans la nuit l'une des mesures phares du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2018... la hausse de la contribution sociale généralisée compensant la suppression de certaines cotisations salariales aura bien lieu pour les retraités les plus aisés.

Manifestation de retraités à Paris le 28 septembre 2017
Manifestation de retraités à Paris le 28 septembre 2017 Crédits : Julien Mattia / NurPhoto - AFP

L'augmentation de 1,7 point du taux de la CSG, s'appliquera à l'ensemble des revenus d'activité, de remplacement et du capital à l'exception des allocations chômage et des indemnités journalières.

A l'inverse des salariés du privé et de la majorité des indépendants, les fonctionnaires ne bénéficieront que d'une neutralisation de la hausse de la CSG - via la suppression de cotisations et la création d'une prime compensatoire - sans gain de pouvoir d'achat.

L'objectif de cette réforme étant d'élargir une partie du financement de la protection sociale au-delà des seuls actifs, la hausse ne sera pas non plus compensée pour les 60% de retraités ayant les revenus les plus élevés, c'est-à-dire ceux dont la pension est au moins égale à 1.400 euros par mois pour une personne seule de plus de 65 ans.

Selon les calculs du rapporteur général du budget , ils seront ainsi 2 millions et demi sur un total de 8 millions de retraités à se voir prélever un taux de CSG de 8,3% sur leur pensions à compter du 1er janvier prochain sans autre compensation. Jugés suffisamment aisés par le gouvernement , ces retraités font partie des 20% des français qui continueront à payer leur taxe d'habitation.

Une injustice envers les retraités ?

C'est un grand classique depuis des décennies , le sujet de l'imposition des retraités est un sujet tabou , d'autant plus que les retraités sont des électeurs et aucun parti politique n'a jamais voulu s'y attaquer préférant chouchouter son électorat qui en plus n'oublie jamais d'aller voter. Attitude confirmée par les Républicains qui ont axé leur discours sur la défense des retraités, "qui se souviendront" de cette hausse, selon Jean-Pierre Door...

Électoralisme et manque de courage politique nous ont mené à tous les déficits...Alors est ce une injustice ? vous imaginez bien que je ne vais pas répondre à cette question par oui ou par non et faire comme l' exécutif répondre par des arguments techniques pour essayer de dépassionner les débats.

Les dernières enquêtes de l'Insee , les rapports annuels du conseil d'orientation des retraites le démontrent , le niveau de vie des retraités est à peu près équivalent aujourd'hui à celui des actifs. En effet, les retraités sont, pour un peu moins des deux tiers, propriétaires de leur logement. Et ils n'ont souvent plus de loyer à payer, à la différence des actifs. En 2009, derniers chiffres de l'Insee disponibles, la valeur moyenne du bien immobilier s'établissait à 139.000 euros chez les retraités et 134.000 euros chez les actifs. En outre, 15% des retraités disposeraient d'une résidence secondaire, contre 6,2% des actifs.

Si leur niveau de vie est statistiquement comparable à celui des actifs, les retraités ont néanmoins d'autres dépenses : celle liées à leur santé alors n'est il pas normal qu'ils contribuent à maintenir un système de solidarité dont ils jouissent aujourd'hui ?

Les retraités seraient ils des nantis ?

Le trait est fort et notre société n'a pas de besoin de ce clivage supplémentaire mais il est sûr que s' il existe des retraités dans la misère , il faut savoir qu' aujourd'hui il y a plus de jeune à vivre sous le seuil de pauvreté que d'anciens. Le chômage , la précarité , la flexibilité est leur lot quotidien.

Dans son édito ce matin Laurent Joffrin de Libération fait une observation courageuse.

"Ceux qui sont aujourd'hui a la retraite ont eu une veine de cocu. Sur le plan économique, le fait est irréfutable : les retraités d'aujourd'hui, baby-boomers d'hier, ont un pouvoir d'achat en moyenne supérieur à celui des salariés en exercice, garanti pour de longues années puisque l'espérance de vie a connu un bond prodigieux en quelques décennies. Cette chance, autrement dit, vaut bien quelques efforts de solidarité intergénérationnelle. A l'automne d'une vie en moyenne favorisée, on peut tendre la main à ceux qui vivent un printemps difficile."

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......