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Accès au mobile en Afrique 80%, Internet 20%, Electricité 17 à 50%

Le Davos Africain, who cares?

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Le forum de Davos attire le gotha politico-économique en Suisse, pas quand il se délocalise en Afrique. Aucun leader occidental ne se rendra au Rwanda, excepté Tony Blair. Pourtant, 2016 est une année charnière. Pessimiste en Europe, le World Economic Forum l'est beaucoup moins en Afrique.

Accès au mobile en Afrique 80%, Internet 20%, Electricité 17 à 50%
Accès au mobile en Afrique 80%, Internet 20%, Electricité 17 à 50% Crédits : Mohamed Nureldin Abdallah - Reuters

Pardonnez le titre mi-anglophone de cette chronique, mais en français la formule serait un peu trop triviale... En tout cas, Davos n'a pas lieu qu'à Davos, il a lieu chaque année aussi dans une capitale africaine. Cette année c'est à Kigali, au Rwanda.

Même principe qu'en Suisse : des conférences, (voir ici la liste des conférences qui seront mises en ligne) du réseautage, des leaders, du monde économique ET politique. Même organisateur, le World Economic Forum, une fondation privée.

En taille c'est deux fois plus petit que le Davos de Davos. 1200 personnes sont attendues. Pas de tête d'affiche, pas de Leonardo di Caprio, pas de Christine Lagarde, pas de grand patron de multinationale, aucun dirigeant de premier plan européen, américain ou chinois. A part Tony Blair, qui vient faire sa vedette américaine et parler de la révolution numérique, alors qu'il est présenté comme émissaire du quartet au proche orient (cherchez le rapport) et Pascal Lamy, ancien directeur de l'OMC aujourd'hui délégué interministériel pour préparer l'exposition universelle de 2025 à Paris, ce Davos est quasiment 100% africain. Dix chefs d'Etat sont attendus, notamment Paul Kagame, pour le Rwanda, ou Alpha Condé pour la Guinée.

Key participants from the region include: Rwanda’s President Paul Kagame and Prime Minister Anastase Murekezi; Daniel Kablan Duncan, Prime Minister of Côte d'Ivoire; Hailemariam Dessalegn, Prime Minister of Ethiopia; Ali Bongo Ondimba, President of Gabon; Alpha Condé, President of Guinea; Uhuru Kenyatta, President of Kenya; Macky Sall, President of Senegal; and Faure Gnassingbé, President of Togo.

L'autre différence avec le Davos suisse, c'est le ton qui est donné à l'ouverture. Vous vous souvenez peut être que cet hiver à Davos, le thème c'était, la quatrième révolution industrielle-version déprimante, puisqu'à l'ouverture était révélée une étude disant, en gros, que bientôt nous serions tous remplacés par des robots et que le chomage exploserait dans certains pays.

Pour le forum africain, il est aussi question d'avenir, mais sur un ton beaucoup plus optimiste. Le thème c'est "Connecter les ressources de l'Afrique à travers la transformation numérique". Ce qu'on lit dans les multiples articles hébergés par le WEF sur son site sur ce thème, c'est qu'il y de belles opportunités, puisque le continent Africain est en croissance, plus faible qu'auparavant certes, mais croissance quand même. 5% lit-on dans le document de présentation de ce forum par le WEF. Dans ses dernières estimations le FMI était plus mesuré, et parlait de 3.5%.

Optimisme forcé ou réaliste?

Les deux mon général! Bien sûr, les situations sont très contrastées d'un pays à un autre, et au sein même des pays africains. Vous avez par exemple au Kenya une Silicon Savannah, sorte de technopôle à la californienne, mais autour le chômage atteint les 40%. Clairement, le numérique décolle en Afrique. Les fonds apportés aux start-ups en Afrique ont été multiplié par 6 en 4 ans, il y a 200 technopôles sur tout le continent, on estime que quasi 80% des africains ont un téléphone portable, mais l'accès à l'électricité et à l'eau potable est beaucoup moins répandu. Or pour se développer le numérique a besoin de fibre optique, ET d'électricité. Actuellement seulement 20% des Africains ont un accès à internet.

Les technologies digitales peuvent avoir un effet capital dans le développement de l'Afrique, des chercheurs cherchent justement quels seraient les leviers pour sauter une étape dans le développement, grâce à ces technologies. Un peu comme ce qu'il se passe dans le domaine bancaire, où les gens ont pu avoir accès à un compte grâce à leur téléphone. La Banque Mondiale a diffusé un rapport sur ce thème en janvier dernier.

Côté revers de la médaille, l'année qui vient est très incertaine, surtout pour les pays producteurs de matières première. Pétrole, bois, coton, fer, les cours sont au plus bas. Le Nigéria, première économie Africaine doit s'endetter pour boucler son budget, l'Angola a fait dernièrement appel au FMI, les pays de la zone franc CFA ont de moins en moins de réserves de changes, en Afrique du Sud, l'un des plus grand exploitant minier prévoit de licencier 85 000 personnes. Pour conclure ce noir tableau, les investissements chinois en Afrique, et les exportations africaines vers la Chine ont chuté de 40% chacun en 2015.

Certains experts voient justement ce déclin de la rentabilité des matières premières comme une opportunité de changer de modèle économique et de développer de nouvelles industries. Belle idée.

Dans ce paysage contrasté de l'économie africaine, les pays importateurs de pétrole (Kenya, Tanzanie, Rwanda) s'en sortent mieux que leurs voisins exportateurs, notamment le Nigéria où une crise couve.

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Le président Nigérian, Muhammadu Buhari ne sera pas au Davos Africain. Il sera à Londres où s'ouvre demain le sommet de David Cameron contre la corruption. La corruption, ce thème n'est pas prévu au programme du Davos Africain, en tout cas ce n'est pas un thème de conférence. Pourtant c'est aussi une malédiction pour le continent africain. Le Nigéria n'est-il pas l'un des pays les plus corrompus au monde, comme l'a lâché hier le premier ministre britannique?

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"Nous avons eu une réunion très réussie du gouvernement ce matin pour parler du sommet anti-corruption", dit-il à la souveraine. "Nous avons les Nigérians, en fait, nous avons certains dirigeants de pays incroyablement corrompus qui viennent en Grande-Bretagne.... Le Nigeria, l'Afghanistan, peut-être deux des pays les plus corrompus du monde", poursuit-il sans qu'il soit établi qu'il était conscient d'être filmé.

Le Nigeria et ce sommet anti-corruption, nous en reparlerons demain.

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