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Le Billet économique par Annabelle Grelier

3 min
À retrouver dans l'émission

Les oubliés de la mondialisation ont le droit de vote.

La mondialisation serait elle la cause de tous nos maux ? On la dit en tous cas responsable des inégalités qui se creusent entre les populations d'un même pays , des inégalités qui auraient mené à une crise de la démocratie.

En réalité, les études du FMI et de l'ONU démontrent clairement une formidable baisse de la pauvreté dans le monde depuis l'accélération de la mondialisation , oui mais surtout la chute du communisme : le pourcentage de pauvres est tombé de 30% à moins de 10% dans le monde de 1980 à aujourd'hui.

Ceux qui ont le plus profité de cette croissance sont les plus riches, certes, mais aussi les plus pauvres quand les classes moyennes des pays développés ont stagné.

Car si la richesse augmente tous les ans , sa répartition est de plus en plus inégalitaire. Le patrimoine cumulé des 1 % les plus riches du monde a dépassé en 2015 celui des 99 % restants, selon l'ONG britannique Oxfam. Or il ne s'agit plus simplement des inégalités entre les pays riches et les pays pauvres. Les sociétés avancées génèrent leur lot de laissés-pour-compte, qu'il s'agisse d'éleveurs écrasés par la concurrence internationale, d'ouvriers privés de leur usine délocalisée, d'employés chassés des agglomérations par l'envolée des prix de l'immobilier, ou de riverains excédés par la proximité des camps de réfugiés.

Des oubliés de la croissance qui ont le droit de vote

Il semble aujourd'hui être leur seul moyen de se faire entendre. "Il faut penser aux losers ! C'est la seule solution pour faire face au populisme", a affirmé Philippe Aghion, professeur d'économie au Collège de France. "Quand on réforme sans penser aux perdants, eh bien cela donne Trump et le Brexit", a-t-il assuré.

D'autant que les autorités s'étaient engagées à apporter des compensations aux salariés les plus exposés à la concurrence étrangère lors de la signature d'accords commerciaux, comme l'a rappelé le Prix Nobel Joseph Stiglitz, lors des récents entretiens du Trésor à Bercy. "Sauf qu'il n'y en pas eues", a-t-il regretté.

Après le Brexit et la victoire de Donald Trump, les appels se multiplient pour changer le fonctionnement du commerce mondial de ces trente dernières années, y compris de la part d'organisations comme le FMI et l'OCDE qui exigent une meilleure répartition des richesses.

Comment reconquérir les perdants de la mondialisation ?

Il y a la méthode des partis dit populistes : sortie de l'euro , retour aux barrières douanières , repli sur soi et protectionnisme et puis il y a pour les partis dits "progressistes" le revenu universel, une formation professionnelle mieux adaptée ou encore des allocations chômage plus généreuses financées par des taxes sur les importations.

Les économistes rivalisent d'imagination pour porter secours aux perdants de la mondialisation dans les pays occidentaux pour répondre à leur mécontentement qui s' expriment dans les urnes.

Il faut préparer les générations futures estiment ils... "Quand les gens sont très bien formés, ils ont appris à apprendre. Par la suite, ils rebondissent facilement", estime le professeur du Collège de France qui préconise une autre solution : "Il faut aider les gens à trouver un emploi en accordant des allocations chômage généreuses pour ceux qui jouent le jeu", a-t-il proposé, étendant cette mesure aux victimes de l'automatisation ou des réformes menées par l'Etat.

Comment financer ces mesures ? Là aussi on évoque plusieurs pistes comme les taxes sur les importations qui sont d'ailleurs autorisées par les traités de l'OMC.

Reste aussi à savoir si ces mesures de redistribution devraient être assumées uniquement par les Etats ou si l'Union Européenne , par exemple, qui négocie les accords commerciaux au nom des pays membres, ne devrait pas elle aussi prévoir des compensations lorsqu'elle signe un traité de libre-échange. Michel Sapin le ministre des Finances évoquait notamment le renforcement du Fonds Européen d'Ajustement à la Mondialisation , mais il parait bien mince , bien dérisoire ce fonds comparé à la colère qui monte dans les territoires oubliés de la mondialisation et il est peu probable de réussir à une fracture aussi profonde en quelques semaines de campagnes électorale.

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