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 Un paradoxe français : La France,  malgré sa superficie forestière,  importe plus de bois qu'elle n'en exporte.

Un paradoxe français: quand la forêt prend racine et plombe le commerce extérieur

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À retrouver dans l'émission

Un rapport propose d'adopter la "stratégie du bulldozer" afin de sauver le bois français.

 Un paradoxe français : La France,  malgré sa superficie forestière,  importe plus de bois qu'elle n'en exporte.
Un paradoxe français : La France, malgré sa superficie forestière, importe plus de bois qu'elle n'en exporte. Crédits : Sébastien Jarry - Maxppp

Comment se fait-il qu’un pays qui détient le troisième massif forestier d’Europe, derrière la Suède et la Finlande, mais qui est beaucoup plus diversifié qu’eux avec 137 essences différentes, comment est-il possible qu’il en soit réduit à enchaîner des contre-performances commerciales à l'exportation: ce sont 5 à 6 milliards d’euros qui, tous les ans, marquent en rouge vif les déficits du commerce extérieur.

L’industrie forestière, que ce soit avec les arbres que l’on trouve le plus souvent, les feuillus surtout, chênes, hêtres, châtaigniers, et en moins grand nombre les résineux, pins et sapins, cette forêt devrait au contraire tirer les exportations, améliorer la balance commerciale, car la demande de bois est considérable dans le monde. Si encore la superficie en bois et forêts diminuait, comme certains le croient, on pourrait y trouver un début d’explication. Mais non , c’est l’inverse, la forêt française a doublé de surface dans l’hexagone depuis 200 ans. Or, ce mouvement perdure puisque les bois continuent d’avancer…

A qui la faute ? A la concurrence, à l’organisation de la filière du bois ou aux consommateurs ? Ce n'est pas si simple. Il y a déjà un différentiel de prix qui ne joue pas au bénéfice de l’industrie forestière de la France, à l’évidence sous exploitée, au moins pour moitié. Pour comprendre, il faut bien voir que la situation a vraiment basculé voilà une quinzaine d’années quand la Chine s’est mise à importer en quantité des bois bruts qui sont revenus un peu plus tard par bateaux entiers, le temps d’être transformés en meubles pas chers, en parquets, en fenêtres ou en pâte à papier…Concurrence aussi à l’est sur le marché des résineux avec les pins Douglas importés d’Europe centrale à bas prix …et maintenant de plus en plus d'importations de bois africains. Dans l’intervalle, les scieries de l’hexagone ont flanché par centaines : plus d'un millier en l’espace d’une dizaine d’années. Plusieurs dizaines de milliers d’emplois se sont aussi volatilisés, sans jamais faire la une des journaux.

Devant cette hécatombe de l’industrie forestière, les professionnels ont réagi et donné de la voix sans trouver beaucoup d'échos.

Des rapports, notamment le "rapport Puech" en 2009, des déclarations, des avertissements d’élus auprès des ministères, mais pas de porte-voix médiatique qui conduise à une vraie prise de conscience. Bizarrement, la cause est bien mal défendue, quand bien même la filière bois concourt à la biodiversité, et qu'elle est reconnue comme l’une des 34 filières d’avenir de la Nouvelle France industrielle !

Du coup, certains appellent à prendre un véritable virage stratégique. Ainsi de l'ingénieur des Ponts des Eaux et des Forêts, Jean-Marie Ballu, avec l'association française des Eaux et Forêts. il vient de sortir un rapport qui propose d’adopter la "stratégie du bulldozer" afin de sauver le bois français. Il faudrait d’une part replanter des résineux afin de renouveler et maintenir les surfaces plantées, et en même temps redonner aux consommateurs le goût pour les autres bois, les feuillus qui couvrent les 3/4 des surfaces forestières…Dans la foulée, il faudrait aussi moderniser les scieries.

Encore faudrait-il un changement de regard, que les consommateurs suivent, que les industriels du bâtiment intègrent davantage le bois dans les constructions, et que les performances énergétiques du bois de construction soient reconnues. Ce ne serait pas anti-écologique que de construire davantage de maisons en bois, au contraire !

Le temps presse à entendre les professionnels pour qui le bois, c’est aussi un investissement climato-compatible, puisque les forêts absorbent le CO2, même si cela prend des années et des années pour peupler un territoire.

Intervenants
  • Journaliste économique, chef du service économie de la rédaction de France Culture
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