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Le groupe Total joue la diversification sur les marchés de l'énergie

Un nouvel acteur arrive sur le marché de l'électricité et du gaz

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Le groupe Total se met en position de défier EDF et ENGIE sur la distribution aux particuliers.

Le groupe Total joue la diversification sur les marchés de l'énergie
Le groupe Total joue la diversification sur les marchés de l'énergie Crédits : Jean-François Frey - Maxppp

Voilà que le groupe TOTAL fait une entrée remarquée sur le marché des particuliers pour la distribution gaz et d’électricité. La major du pétrole va lancer des offres de 10 % moins chères que les tarifs réglementés. Peut-on parler d’un tournant dans la stratégie du groupe ? Oui, à coup sûr mais le mouvement était déjà bien amorcé depuis l’année dernière, lorsque le groupe a fait deux acquisitions significatives sur ce marché, qu’il a acheté le fabricant de batteries SAFT pour 1 milliard d’euros puis le distributeur belge d’énergie verte : Lampiris, en fait une PME qui comptait près d’un million de clients. D’un coup, Total a pu engranger dans son portefeuille une double clientèle : belge et aussi française. Le virage stratégique de Total s’est donc effectué à partir de la Belgique, mais sur un marché européen devenu concurrentiel.

Un changement de stratégie provoqué par la baisse des cours du baril de pétrole ? Ce serait un peu réducteur, même si cette baisse oblige les compagnies pétrolières à revoir leurs choix, à accélérer leur diversification…Mais il y a surtout les prévisions mondiales qui tablent sur une réduction de la part du pétrole à moyen et long terme. Elle va diminuer au profit du gaz et des énergies renouvelables. Pour ne pas rester prisonnier d’une énergie fossile encore dominante, mais sur le déclin, Total a compris l’intérêt de faire de l’électricité un segment significatif de son activité. En faire un véritable métier, comme l’a indiqué son PDG, Patrick Pouyanné, persuadé qu’il est que le 21 ème siècle sera électrique. De là à ce que le groupe devienne électricien, non, dit-il. Pourtant, quand on affiche un objectif de 20 % d’activités nouvelles en 20 ans, c’est révélateur de l’ambition du groupe. Il l’a d’ailleurs consigné dans un projet d’entreprise : « One Total », ajoutant une nouvelle direction « stratégie et climat ». La seule activité qu’exclut de pratiquer son PDG, c’est le nucléaire.

Mais pourquoi aurait-il plus de chances de percer sur le marché de l’électricité et du gaz auprès des particuliers où les grands opérateurs s’appellent EDF et ENGIE

Du fait de sa notoriété, Il n’aura pas à démontrer sa légitimité sur un marché où de petits fournisseurs, une trentaine, ont mis beaucoup de temps pour prospecter, capter et garder une clientèle jusqu’à grignoter quelques parts de marché. Avec son nom, Total pourra rivaliser avec l’italien ENI : l’énergéticien transalpin qui, lui, chasse déjà dans la cour des grands fournisseurs. Il est même le principal concurrent d’ENGIE. Or, Ce n’est pas un hasard s’il est parti du gaz pour proposer ensuite des offres sur l’électricité…Ce que va aussi proposer le groupe Total qui compte bien attirer une clientèle vers lui, et qui mise sur 3 millions d’abonnés alors que le groupe transalpin se limite à 2 millions à l’horizon 2020.

Tout laisse penser, en tout cas, que sur le rebond de ces grands fournisseurs, avec leurs capacités d’offres auprès des particuliers, la concurrence, plutôt décousue jusqu’à présent, va réellement s’organiser et s'amplifier au cours des prochaines années. Maintenant, que de petits opérateurs regimbent devant l’avancée de mammouths de l’énergie, c’est assez probable !

Jean-Marc Chardon

Intervenants
  • Journaliste économique, chef du service économie de la rédaction de France Culture
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