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Dans quelle économie le chômage augmentera-t-il l'an prochain?

Le chômage mondial augmente : quelles conséquences?

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Il y a 197 millions de chômeurs dans le monde, selon un rapport de l'Organisation Internationale du Travail. Dans les pays en développement, la classe moyenne n'émerge plus, et en Europe, la précarité s'étend.

Dans quelle économie le chômage augmentera-t-il l'an prochain?
Dans quelle économie le chômage augmentera-t-il l'an prochain? Crédits : OIT

L'Organisation Internationale du Travail mène chaque année cette enquête sur 178 pays, en s'appuyant sur les données statistiques relevées par ses bureaux locaux. 197 millions de chomeurs, c'est un million de plus que l'an dernier, et surtout 27 millions de plus qu'avant la crise. Il y avait eu un mieux en 2010, mais la tendance s'est inversée. Le chômage repart à la hausse, surtout dans les pays émergents d'amérique latine, Brésil en tête, d'Asie, et dans les pays arabes exportateurs de pétrole.

Autre chiffre intéressant à relever, l'OIT estime que 20 millions de personnes dans le monde sont victimes d'un travail forcé, façon feutrée d'évoquer les nouvelle forme d'esclavage. La plupart sont "dans le privé" (exploitation sexuelle, travail domestic, agriculture, chantier), mais 1 sur 10 est exploité par une structure publique, dans les prisons ou dans des camps de travail militaire.

Pourquoi la croissance ne créée pas d'emploi? 

La croissance a été de 3.1% en 2015, mais elle n'est pas assez forte pour absorber le surcroît de population active, puisque la population mondiale augmente; c'est le même phénomène qu'en France. Ensuite, partout dans le monde, la productivité est toujours en hausse : on produit plus avec moins travailleurs. Et puis la croissance a changé de nature. Les activités financières pèsent de plus en plus lourd dans le calcul du Produit Intérieur Brut, or, elles ne créent pas autant d'emplois qu'elles créent de valeur. A titre d'exemple, quand la Chine avait 10% de croissance, la croissance de ses emplois n'était que de 2%.

Dans cette vidéo, l'Organisation Internationale du Travail donne ses prévisions pour le monde du travail de demain.

Hausse des inégalités et du travail "vulnérable"

Dans les pays en développement, il y avait eu ces 15 dernières années l'émergence d'une classe moyenne. La définition de la classe moyenne varie beaucoup d'un pays ou d'un institut à un autre. Pour l'OIT, il faut gagner entre 5 et 13 dollars par jour pour en faire partie, on est très loin de nos standards européen. N'empèche, l'émergence d'une catégorie de personnes qui n'ont pas pour seul objectif de survivre, est un indicateur de développement. Or c'est très visible sur les courbes (voir ici le rapport en anglais, et les graphiques page 74 à 85) après avoir beaucoup augmenté depuis les années 2000, il y a un tassement depuis un an. Cela n'augmente plus. On ne pourra donc pas dire à Davos que l'économie mondiale, certes a des effets négatifs sur la vielle europe, mais qu'elle est facteur de progrès pour les pauvres de la planète. Ce fût vrai, ça l'est moins.

De plus, l'indice de Gini qui mesure les inégalités de revenu augmente quasiment partout dans le monde relève l'Organisation Internationale du Travail.

Autre conséquence, qui nous concerne directement : il y a, selon l'OIT, une baisse de la qualité du travail puisqu'il y a compétition entre les travailleurs. La précarité est le lot d'un milliard 500 millions d'individus, c'est en gros la moitié de l'emploi total. En Europe, 8 salariés sur 10 sont, encore, dans des contrats durables et à temps plein mais l'essentiel des emplois créés sont, selon l'OIT, temporaires et à temps partiel. L'organisation y met les pincettes, mais elle relève quand même "il semblerait que le nombre de travailleurs pauvres soit en augmentation en Europe ". Le plus souvent ces travailleurs pauvres sont dans les circuits informels ou à leur propre compte.

Lors de ses voeux aux forces vives de la nation le 18 janvier, le chef de l'Etat François Hollande a cité son ministre de l'économie, Emmanuel Macron disant: "Il est plus difficile de trouver un emploi qu'un client ". A lire, ce rapport de l'OIT, on comprend que trouver un client ne garantit pas un travail décent. 

Migration de travail : mécanisme viable à favoriser

C'est dans les pays du Golfe que l'immigration de travail est la plus forte. Dans cette région, un tiers des travailleurs sont des immigrés, venus principalement d'Asie (Inde, Bangladesh, Sri Lanka). La situation est très variable d'un pays à un autre mais en Arabie Saoudite et au Qatar, les immigrés représentent 87% de la population. Or ces pays subissent de plein fouet la baisse des cours du pétrole et réduisent leurs dépenses publiques. L'OIT anticipe des licenciement massifs, qui affecteront essentiellement les immigrés, lesquels devront rentrer dans leurs pays. Une catastrophe pour des millions de familles dont la survie dépend de cette émigration de travail.

L'OIT analyse aussi les conséquences des migrations liées au conflits en Syrie, au Yemen et en Irak. Au Liban, les réfugiés représentent un quart de la population, 10% en Jordanie. En dépit du coût à court terme de cette immigration (1% du PIB pour faire face aux dépenses de santé, d'éducation et d'accueil), l'OIT juge qu'à plus long terme elle est bénéfique. Une étude est en préparation, ses résultats préliminaires indiquent que la Jordanie bénéficie d'un surcroit d'investissement venue de Syrie, ce qui a acceléré la croissance de l'industrie Jordanienne, et bénéficié donc aux travailleurs jordaniens et syriens réfugiés en Syrie.

"La migration est un mécanime viable pour réguler d'un pays à l'autre le jeu de l'offre et de la demande sur le marché du travail ", écrit l'organisation sise à Genève. Elle invite les pays d'Europe du nord à faciliter l'entrée des réfugiés qui arrivent sur son sol sur le marché du travail, pour dit-elle "pallier les pénuries de compétences et atténuer les risques de voir s'installer une stagnation séculaire ".

Marie Viennot

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