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La sortie de la zone euro n'était pas le thème principal de cette conférence à laquelle assistaient majoritairement des sympathisants du Front National

Le Frexit du Front national: un retour à la souveraineté monétaire?

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La candidate Marine Le Pen donnait hier une conférence sur le rôle de l'Etat dans l'économie. Elle n'a pas prononcé le mot Frexit une seule fois, mais a prôné les vertus du retour au franc pour retrouver notre souveraineté monétaire. Est-ce si automatique? Etait-ce si mieux avant?

La sortie de la zone euro n'était pas le thème principal de cette conférence à laquelle assistaient majoritairement des sympathisants du Front National
La sortie de la zone euro n'était pas le thème principal de cette conférence à laquelle assistaient majoritairement des sympathisants du Front National Crédits : Marie Viennot

Marine Le Pen donnait hier une conférence, pas de presse, aucune question n'a pu être posée à la fin, mais une conférence "présidentielle", intitulée: Quel rôle pour l'Etat dans l'économie?

Un discours d'une heure, prononcée à quelques centaines de mètres de la place de l'Etoile et du Parc Monceau, dans un salon cossu de réception de l'avenue Hoche. Décorum sobre, une seule affiche du parti sur le côté, un drapeau Français, et une salle remplie de sympathisants. Voilà pour la forme.

Sur le fond, Marine Le Pen a pendant une heure donné sa vision de l'économie dans le cadre d'un retour à l'Etat Nation, c'est à dire débarrassée des règles européennes. La sortie de l'euro n'a pas occupé une très grande partie de ses propos, elle n'a d'ailleurs pas prononcé le mot FREXIT une seule fois.

Le FREXIT fait partie du programme du Front National, c'est le premier de ses engagements présidentiels, les Français seraient amenés à se prononcer sur la sortie de l'Union Européenne par référendum.

Mais la sortie de l'Euro n'est pas une option que propose le Front National explique Marine Le Pen, c'est une certitude à venir, puisque dit-elle:

"L'euro n'est plus qu'un cadavre qui bouge encore".

L'euro condamné si rien ne change

Le Front National n'est pas le seul à dire qu'en l'état, si rien n'est fait, l'euro peut exploser. Des prix Nobel le disent, Joseph Stiglitz (régulièrement cité par Marine Le Pen, comme hier), des économistes français le disent aussi. Je cite Patrick Artus, dans la version audio du billet, qui vient de sortir un livre sur le sujet, intitulé "Par ici la sortie", mais il y a de très nombreuses analyses qui vont dans ce sens. Ici (entre autre) celle du Conseil d'Analyse Economique qui fait des propositions pour compléter l'euro.

D'ailleurs, tous les candidats à la présidentielle ont dans leur programme un volet qui concerne la banque centrale européenne ou une refondation de la zone euro. C'est bien qu'il y a encore des choses à améliorer. Voir ci dessous les trois précédents billets sur le programme des candidats par rapport à l'Europe et l'euro.

L'euro est une monnaie sans état. C'est un cas quasi-unique dans le monde (il y a aussi le Franc CFA). L'euro est une monnaie commune à plusieurs Etats. Pour autant, la monnaie reste un instrument de politique économique essentiel. En adoptant l'euro, tous les pays de la zone euro ont transféré cette prérogative à la banque centrale européenne. Le problème, c'est que sous pression allemande, le lien politique entre les Etats et la BCE a été formellement interdit, et le lien entre politique économique et monnaie coupé.

En théorie en tout cas, car en pratiques les mesures dites non conventionnelles de la BCE montrent que son président Mario Draghi a réussi plusieurs fois à s'en affranchir (notamment de l'impossibilité de financer les dettes des Etats, ce que fait la BCE, via sa politique de Quantitative easing, cf tweet ci-dessous). De plus, la déclaration de Mario Draghi en pleine crise des dettes européennes, affirmant que la BCE ferait "Whatever it takes", cad "tout ce qui est possible", pour sauver l'euro peut être considéré comme un acte politique.

Voir ici un ancien billet qui revient notamment sur ce moment important: BCE: le Draghi Put ne rassure plus les marchés

Les divergences de la zone euro

L'autre difficulté de l'euro, c'est que la BCE doit adapter sa politique monétaire à des situations économiques divergentes. Les économies de la Grèce et de l'Allemagne n'ont pas les mêmes besoins, et se priver de la monnaie comme instrument politique, complique les choses, c'est de notoriété publique.

Voir ici un précédent billet sur ces divergences: Trop d'excédents (allemands) nuisent à la santé (de l'économie européenne)

Le retour au Franc du Front National c'est une façon de dire: on veut une monnaie sur mesure, adaptée aux besoins de l'économie française.

Retour au franc: pas une garantie de la souveraineté

Le retour au franc conduit-il forcément au retour de la souveraineté monétaire, comme l'affirme le Front National?

La souveraineté monétaire qu'est ce que c'est? C'est le fait, pour une banque centrale et pour un pays de pouvoir mener sa politique monétaire indépendamment des autres. En toute souveraineté. Or aujourd'hui, c'est un des acquis de l'Euro, et c'était l'un de ses objectifs, la politique monétaire de la Banque Centrale Européenne arrive a être indépendante de celle des Etats Unis. On note une déconnexion entre les taux de la zone euro et les taux américains, comme le relève un papier récent de Benoit Mojon de la Banque de France avec un graphique éclairant à ce sujet.

Un découplage des taux de la zone euro et américains est manifeste depuis 2014 et à nouveau sur la période qui a suivi l’élection de Donald Trump. C’est vrai tant pour les taux nominaux que pour les taux réels ex ante.

Cela veut dire que notre politique monétaire européenne arrive à être (relativement) indépendante de celle des Etats Unis.

Si la France revient au Franc, elle aura peut être récupéré le lien politique qui la lie à sa monnaie, mais la politique de sa banque centrale en sera-t-elle rendue plus indépendante dans les faits?

Le Front National fait le pari qu'en raison de sa puissance économique, la France pourra être souveraine sur sa politique monétaire en revenant au franc, mais ça n'est pas acquis du tout. D'autant moins que la monnaie est profondément hiérarchique. Il y a toujours une appréciation de la valeur de la monnaie d'un pays en comparaison d'un autre, en fonction de la puissance économique de chacun d'eux. Même avec le franc, la France restera comparée à l'Allemagne, comme elle l'était avant la création de l'euro. On a oublié (ou pas connu cette période), mais avant la création de l'euro, il y avait des turbulences sur le marché des changes qui contraignaient la politique monétaire de la France, bien qu'elle soit alors nationale.

Vaut-il mieux être aux côtés des Allemands, à la même table pour discuter de ces questions, même s'ils sont obtus, ou face à eux, et seuls entre Français face au monde?

C'est la question de fond que pose ce débat sur la sortie de la zone euro, au delà de ce que vous avez déjà pu lire abondamment dans la presse ou dans les analyses produites (notamment ici ou ) sur les conséquences d'une fin de la monnaie commune sur la dette et l'inflation.

Pour aller plus loin sur la souveraineté monétaire, voir l'interview ci-dessous de Michel Aglietta, l'un des experts les plus fin sur le s questions monétaires.

Marie Viennot

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