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Au Japon, les taux à 10 ans sont négatifs depuis mars 2016

Le monde merveilleux des taux négatifs

3 min
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Payer pour prêter de l'argent, c'est possible et c'est une réalité. Les taux d'intérêt qu'acquitte la France pour emprunter sur une durée de sept ans sont négatifs en ce moment. En Suisse, ils le sont sur 20 ans. Bienvenu dans un monde nouveau, irrationnel, et dangereux, celui des taux négatifs.

Au Japon, les taux à 10 ans sont négatifs depuis mars 2016
Au Japon, les taux à 10 ans sont négatifs depuis mars 2016 Crédits : Issei Kato - Reuters

C'est un monde nouveau, irrationnel, dangereux. Nouveau, de moins en moins quand même. On a vu apparaître ces taux négatifs en 2011, mais ce qu'on pensait être une anomalie passagère s'est incrustée et c'est aujourd'hui le paysage familier de la finance.

De quoi s'agit-il concrètement?

Imaginez. Vous avez besoin d'argent. Vous allez voir votre banquier et vous lui dites, bonjour! combien êtes vous prêt à me donner pour que j'emprunte de l'argent chez vous?

Oui vous avez bien entendu. Les taux d'intérêt négatifs, c'est quand celui qui prête ...... paye.... pour prêter.

Pour le moment le phénomène n'a pas atteint les particuliers (même si les taux baissent), ce sont les Etats qui empruntent à des taux négatifs. Au départ c'était pour des emprunts à quelques mois (pour être précise l'émission d'obligations souveraines d'une durée de 3 à 6 mois), aujourd'hui quelques années. La France emprunte à un taux négatifs jusqu'à 7 ans, l'Allemagne presque 10 ans, le Japon 10 ans déjà, et la Suisse, record du monde, 20 ans.

Concrètement cela veut dire que quand les marchés financiers prêtent au trésor suisse pour financer sa dette, ils sont prêts à payer pendant 20 ans plutôt que de recevoir un intérêt.

Un quart des emprunts d'Etat sont en territoire négatif, selon des estimations de JP Morgan. Soit 5 500 milliards de dollars. C'est loin d'être une paille.

Ces taux négatifs sont le meilleur argument qu'ont trouvé les intermédiaires du marché de l'art pour inciter les investisseurs à rejoindre ce marché, comme l'illustre ce tweet.

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Pourquoi ces taux négatifs? 

Toutes les planètes sont alignées pour en arriver là si j'ose dire.

  1. Il y a un excès d'épargne dans le monde. Le vieillissement de la population et l'accroissement des inégalités gonfle le portefeuille des épargnants, qu'ils soient particuliers ou institutions (fonds ou banques) gérant cet argent.
  2. Cette épargne cherche à se placer, mais elle cherche la sécurité. On appelle cela le "flight to quality", la ruée vers la qualité. Dans un monde si peu sûr, la qualité, cela reste les emprunts d'Etats, en tout cas de ceux dont on pense qu'ils ne feront pas faillite. Pas le Vénézuéla par exemple. 

Le problème c'est qu'il y a de la concurrence pour acheter ces emprunts d'Etat. Tous les autres investisseurs pour commencer, et depuis la crise les banques centrales, notamment la Banque Centrale Européenne, qui pour relancer l'inflation s'est lancée dans un programme massif d'achat de titres de dette d'Etat européen. C'est ce qu'on appelle le QE, le quantitative easing.

Plus de demande que d'offre, du coup les prix baissent et le prix quand on emprunte, c'est le taux.

Danger ou bonne chose? 

C'est vrai que certains penseurs sur la richesse, je pense au philosophe Patrick Viveret notamment, ont pu préconiser des taux négatifs pour dissuader l'épargne et encourager la circulation d'argent. C'était aussi le calcul de la BCE qui espérait qu'avec son arrivée sur ce marché l'épargne se déplacerait des bons du trésor vers le financement des entreprises.

Ce qu'on constate, c'est que les taux ont beau s'enfoncer chaque mois un peu plus en territoire négatif, cela n'est pas dissuasif. Et ça c'est le signe d'une maladie.

Les taux d'intérêt négatifs sont une anticipation du pire. C'est parce que je pense que le pire est à venir que je préfère perdre un peu de mon épargne dans des produits sûrs plutôt que de le dépenser ou le risquer dans l'économie productive. Une banque allemande envisage de stocker ses réserves en cash dans des coffres (comme celui qu'on voit dans le tweet ci-dessous), plutôt que le placer à la BCE (le taux de dépôt étant lui aussi négatif).

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Hier la BCE a sorti une nouvelle arme, le PSPP, je vous ai évité ce sigle en ouverture, cela veut dire qu'elle commence a acheter aussi des obligations d'entreprises. Au risque d'aggraver le problème.

Les taux négatifs, c'est un peu comme l'eau pendant les inondations, c'est risqué quand le mouvement s'inverse. Selon une note publiée par l'agence de notation Standard and Poors en début de semaine, en cas de retour à la normal des taux d'intérêts, et donc du coût de l'endettement, les déficits des Etats pourraient remonter d'un à deux pour cent du PIB. Au lieu d'être à 3.3% espéré en 2016 pour la France, on serait à 5.3%.

Bienvenu dans un monde où ça ne va jamais, ni quand ça baisse, ni quand ça monte...

Pour aller plus loin, je vous conseille ce recueil très intéressant, diffusé en janvier 2016 par un think tank (l'institut Messine) et intitulé : Taux d'intérêt négatifs, 12 regards. Avec notamment celui de Michel Aglietta, Ramon Fernandez (l'ancien directeur du Trésor), ou Philippe Heim directeur financier de la Société Générale.

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