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Le Président Erdogan, lors de l'inauguration du Tunnel sous le Bosphore qui relie l'Europe à l'Asie (20 décembre 2016)

L'économie Turque ne fait plus rêver

3 min
À retrouver dans l'émission

Jusqu'à il y a deux ans, la Turquie passait pour un tigre, sur le plan économique. Un lieu où investir. Les attentats et la dérive totalitaire du président Recep Tayyip Erdogan font aujourd'hui fuir les touristes et les investisseurs. La monnaie dégringole, l'inflation s'envole...

Le Président Erdogan, lors de l'inauguration du Tunnel sous le Bosphore qui relie l'Europe à l'Asie (20 décembre 2016)
Le Président Erdogan, lors de l'inauguration du Tunnel sous le Bosphore qui relie l'Europe à l'Asie (20 décembre 2016) Crédits : KAYHAN OZER - AFP

A Ankara se tient aujourd'hui une réunion cruciale du comité politique monétaire de la banque centrale turque. Réunion cruciale qui s'annonce très compliquée pour les autorités monétaires turques.

Le problème est le suivant : depuis quelques mois la livre turque dégringole. Avec un dollar vous avez aujourd'hui 3.80 livres turques, contre 3 il y a un an. Cela représente une chute de 26%.

C'est le signe d'une économie qui n'inspire plus la confiance.

Et c'est un vrai retournement. Jusqu'il y a deux ans encore, la Turquie était considérée comme le pays où investir: croissance de 5% en moyenne de 2002 à 2012 avec des pointes à 8%, déficit public passé de 74% du PIB à 33% en 10 ans, réformes structurelles en cours. La Banque mondiale qui publie chaque année un rapport intitulé Doing Business, faire des affaires classait chaque année la Turquie plus haut dans son palmarès, sachant que le pays partait de très bas...

De multiples observateurs louaient les résultats économiques du président Recep Tayyip Erdogan, la Turquie avait même son petit nom tendance, le tigre Anatolien. Son économie avait même su résister à la vague d'attentats de 2015, sa croissance restant au delà de 4% cette année là.

Choc de défiance...

Aujourd'hui le pays est confronté à un choc de défiance:

  • des milieux économiques internationaux, qui ont divisé leurs investissements par deux en un an (au troisième trimestre 2016, ils ont atteint 7.1 milliards d'euros, contre 13.3 milliards à la même période en 2015
  • des touristes, qui ne vont plus en Turquie. Le Tourisme représente presque 5% du PIB turque, or entre 2015 et 2016, la fréquentation a baissé de 37%, officiellement, beaucoup plus selon les hôteliers ou restaurateurs.
  • des agences de notation, toutes ont dégradé la note de la Turquie ces derniers mois, pour Moodys elle est en terrain spéculatif.

La baisse du taux de change est la conséquence de tous ces facteurs, et un malheur n'arrivant jamais seul, la baisse de la livre turque entraine les prix à la hausse, car beaucoup de produits sont importés en dollars. Le renchérissement du pétrole n'a pas aidé non plus. Voilà donc l'inflation qui dépasse les 8% en 2016.

En théorie, la banque centrale devrait augmenter ses taux, pour éviter que l'inflation ne continue son ascension. Le problème c'est que l'économie est en train de ralentir. Au troisième trimestre de 2016, le PIB a décru pour la première fois en 7 ans.

Augmenter les taux peut accentuer cette récession, une vague de faillite dans le pays est clairement envisageable. Economiquement donc le choix n'est pas simple, et en plus, il y a la pression du président Turque, Erdogan, qui réclame à la banque centrale qu'elle baisse ses taux pour aider la croissance à repartir. Voilà pourquoi la réunion de ce 24 janvier est cruciale et son issue très incertaine.

Pression politique et répression

Pour le moment la pression du Président Erdogan sur la banque centrale est amicale, mais il y a le risque qu'elle ne le soit plus. Le président Turc a imputé la baisse de la livre turque à des ingérences sur les marchés par des éléments qu'il a qualifié de terroristes.

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Il a lancé un appel à tous, de changer leur dollars, en livre turques pour soutenir la monnaie, lui même a dit en avoir échangé pour plus de 200 000 dollars.

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Mais l'interventionnisme de Recep Tayyip Erdogan est plutôt contre productif.

Son désir d'ingérence, sa dérive autoritaire, c'est ce qui fait fuir les investisseurs. Depuis le putsh raté de cet été, les comptes établis dans cet article des Echos sont impressionnants:

  • 105 000 personnes licenciés
  • 32 300 personnes emprisonnés, dont de nombreux entrepreneurs,
  • 180 médias, 2100 écoles et 1254 associations fermées.

La dernière note de conjoncture du Quay d'Orsay rapporte la mise en garde à vue de trois personnes clés du groupe Dogan, une holding familiale qui possède des titres de journaux dont Hurriyet, mais est active aussi dans l'industrie automobile, l'immobilier, le tourisme, les services financiers.

3 personnes clées du groupe Dogan ont été mises en garde à vue : le Conseiller juridique en chef, le représentant du holding à Ankara et un ancien membre de l’équipe de direction. Holding familial géant, Doğan possède des sociétés dans la presse (Hürriyet est le journal le plus vendu en Turquie, des chaines comme CnnTurk), l’industrie, l’automobile, l’immobilier, le tourisme, les services financiers

Après avoir été encensé par les milieux d'affaire Recep Tayyip Erdogan est devenu le principal frein à la prospérité de son pays.

Marie Viennot

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