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Laisser flotter la monnaie va augmenter le prix des denrées alimentaires. Ici un étal du marché Tawfiqia au Caire

L'Egypte laisse flotter sa monnaie, danger...

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L'Egypte n'a plus d'argent et demande un prêt au FMI pour financer son budget. Condition prélable à ce prêt : mettre fin au régime de change fixe. Le pays a pris cette décision historique hier. Avec des conséquences incertaines sur le climat social du pays.

Laisser flotter la monnaie va augmenter le prix des denrées alimentaires. Ici un étal du marché Tawfiqia au Caire
Laisser flotter la monnaie va augmenter le prix des denrées alimentaires. Ici un étal du marché Tawfiqia au Caire Crédits : Nariman El-Mofty - Sipa

L'Egypte n'inspire pas confiance aux marchés financiers, et comme beaucoup de pays, elle en a besoin pour financer le déficit de son budget grandissant depuis la révolution. Il atteint 11,5% de son PIB.

En difficulté pour financer son budget, le pays s'est tourné une nouvelle fois, la troisième en cinq ans, vers le FMI pour un prêt de 12 milliards de dollars. Mais le FMI ne voulait pas accorder ce prêt si l'Egypte ne rétablissait pas d'abord un régime de change flottant, où ce sont les forces du marché qui décident du cours de la monnaie.

Comme beaucoup de monnaie, la livre égyptienne est ou plutôt était indexée sur le cours du dollars, mais cette parité officielle, réglementaire en quelque sorte, ne peut pas faire fi des fondamentaux habituels qui définissent le cours d'une monnaie.

La monnaie reflète la santé d'un pays. Or depuis la révolution, les investissements étrangers sont en baisse, et les touristes qui étaient une source très importante de devises ont quasiment déserté le pays. Du coup, le cours officiel de la livre égyptienne n'était plus raccord avec son cours de marché.

Un café en faillite près des pyramide de Gizeh
Un café en faillite près des pyramide de Gizeh Crédits : Nariman El-Mofty - Sipa

Sur le marché noir, la livre égyptienne s'échangeait déjà à un taux bien inférieur et pour maintenir la parité coûte que coûte, les autorités monétaires égyptiennes n'ont cessé d'utiliser les réserves en dollars du pays, qui ont fondu de presque 50% entre 2011 et aujourd'hui (passant de 36 milliards de dollars à 19 milliards).

Au lieu de servir à importer les produits de première nécessité dont est dépendant le pays, les dollars en réserve servaient à défendre la parité. D'où des débuts de pénuries en sucre, riz, huile, lait infantile, médicament. Une vidéo montrant un conducteurs de tuk tuk critiquant l'administration pour ces pénuries a d'ailleurs été virale, consulté six millions de fois jusqu'à inquiéter le gouvernement. Désolée, je n'ai pas trouvé de version traduite.

Situation à la Vénézuélienne

La situation devenait intenable, proche de ce que vit le Venezuela actuellement. Hier l'Egypte a donc décidé d'accéder à la demande du FMI et de laisser flotter sa monnaie, ce qui a eu pour effet immédiat de faire chuter la livre égyptienne de 30%, puis 50% ensuite...

Était-ce la solution? Le FMI dit que oui, qu'un marché des changes flottants fera de l'Egypte un pays plus attractif, qu'ainsi les investisseurs se diront : "voilà un pays qui saisi ses problèmes à bras le corps, et qu'ils reviendront...". Mais cela reste incertain, et de toutes façons les investisseurs et touristes étrangers ne reviendront pas demain.

Or la décision d'hier a une conséquence immédiate : le prix de tout ce que l'Egypte achète à l'extérieur va bondir. Cela concerne sa dette, qu'elle rembourse en dollars. Mais aussi le pétrole, et surtout la nourriture.

Très concrètement le régime de change flottant va rendre la vie encore plus difficile pour les pauvres, qui représentent la moitié des 90 millions d’Égyptiens. L'Egypte est le premier pays importateur de blé au monde. Quand les prix augmentent, les troubles aussi, en 1977 et plus récemment en 2008, des émeutes de la faim avaient secouée le pays.

A cette époque Moubarak était au pouvoir, et ces émeutes qui rassemblaient quelques milliers de personnes avaient été rapidement réprimées. Nul ne sait ce que cela peut donner maintenant que la révolution est passée par là. Ci-dessous la vidéo d'une femme égyptienne s'adressant au président égyptien Abdel Fattah al-Sisi.

En même temps, encore une fois, la banque centrale égyptienne en utilisant toutes ses réserves pour défendre la parité de sa livre face au dollar privait les importateurs de devises, et les diverses pénuries faisaient déjà augmenter les prix.

Choix difficile. Un choix que les diverses autorités égyptiennes repoussaient depuis cinq ans, tout comme les diverses mesures d'austérité qu'exige le FMI en échange de son futur prêt.

La décision de laisser flotter la livre égyptienne est une décision historique. Elle ouvre sur un avenir très incertain.

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