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Manifestation du 8 mars à Bellevillle en 2015 (Pour 2016, l'AFP ne proposait quasi que des photos avec au 1er plan des Femen et leurs seins à l'air)

Les ennemis des femmes au travail

3 min
À retrouver dans l'émission

En 2012, François Hollande avait fait de l'égalité hommes femmes l'une de ses priorités. En 5 ans, il y a eu des avancées notables, et des reculs plus discrets. Principal ennemi, les mentalités au travail, et le blocage quasi-systématique des organisations patronales. Alors, toutes en grève?

Manifestation du 8 mars à Bellevillle en 2015 (Pour 2016, l'AFP ne proposait quasi que des photos avec au 1er plan des Femen et leurs seins à l'air)
Manifestation du 8 mars à Bellevillle en 2015 (Pour 2016, l'AFP ne proposait quasi que des photos avec au 1er plan des Femen et leurs seins à l'air) Crédits : YANN KORBI - AFP

C'est aujourd'hui, non pas la journée de la Femme, mais la journée internationale de la lutte pour le droit des femmes.

Le droit des femmes a dès le premier gouvernement du quinquennat était confié à une ministre de plein exercice, et non un secrétariat d'état. Après ça s'est un peu gaté, puisqu'il a été intégré à un ministère plus large intitulé, "Ministère des familles, de l'enfance et des droits des femmes", comme si... bon, je pense que cet intitulé parle de lui même.

NB: Ce billet est la version écrite enrichie et étendue du billet économique diffusé ce matin. 3 minutes à écouter, et 5 minutes à lire!

Au delà de ce symbole on notera des mesures pour favoriser le partage du congé parental, mais le montant de l'indemnité versée à celui ou celle qui s'arrête de travailler n'a pas été augmenté (moins de 400 euros par mois). Du coup, les hommes gagnant toujours en moyenne 26% de plus que les femmes, c'est toujours elles qui le prennent à une majorité écrasante, ne serait-ce que pour des raisons économiques...

En 2014, une "loi pour l'égalité réelle entre les hommes et les femmes" a été voté. L'adjectif réel est assez savoureux, imaginez une "Loi pour la sécurité publique réelle", ou encore "une Loi pour la transparence réelle", mais l'ajout de cet adjectif se comprend. On ne compte plus les lois (passées sous la gauche ou la droite d'ailleurs) qui prônent l'égalité entre hommes et femmes, alors un peu comme quand vous enregistrez la énième version d'un dossier et que vous appelez la dernière mouture, "billet économique VRAI VRAI", là on a rajouté réelle.

Mais comme ce n'est toujours pas réel, une proposition de loi a été déposé récemment par les communistes à l'assemblée. Elle se nomme "proposition de loi visant à agir concrètement en faveur de l'égalité professionnelle entre homme et femme". De réel on est passé à concrètement, VRAI VRAI a donc un jour toutes ces chances!

Parallèlement à ces mesures "en faveur des femmes", certaines lois passées sous le quinquennat ne sont pas en faveur des femmes. La loi Macron qui assouplit le travail du dimanche, les pénalise en premier lieu, car comme le note cette étude de 2012, on constate que le travail du dimanche est principalement occupé par des femmes, peu qualifiées, souvent seules pour élever leurs enfants.

Les métiers dans lesquels le travail dominical est fréquent emploient plutôt un personnel jeune et féminin (...) Ce sont plus souvent des femmes, qui représentent 56 % de ces salariés habituels du dimanche pour seulement 50 % de l’ensemble des salariés".

La loi Travail comporte également des dispositions qui ne sont pas, au final, en faveur des femmes, puisque plus de liberté ayant été donnée aux entreprises, elles sont moins protégées. Voir ici une tribune publiée dans le Monde par des organisations féministes: Réforme du droit du travail : « Non à la double peine pour les femmes ».

Pour une perspective plus internationale, deux précédents billets:

Ce qui bloque?

Pas les lois on l'a compris, mais leur application. Par exemple, actuellement les entreprises de plus de 50 salariés ont l'obligation d'avoir un plan d'égalité professionnelle. On est juste dans l'obligation de moyen même pas de résultat. Alors que 60% des entreprises n'en ont pas, les amendes n'ont concernées que..... 0.3% des entreprises. Résultat plus que mitigé donc, mais mais mais avant ce quinquennat, il n'y avait eu aucune sanction prononcée, vous voyez on avance!

Ce qui manque, ce sont des instructions dans toutes les directions régionales des entreprises (les Direccte) pour contrôler que la loi s'applique. Il faudrait plus de fonctionnaires chargés de l'inspection, mais ce n'est pas très tendance.

Ce qui manque aussi ce sont des indicateurs clairs qui permettent de comparer l'évolution des hommes et des femmes au sein d'une entreprise. Alors qu'elles sont plus diplômées, les femmes montent toujours moins dans la hiérarchie.

Si on veut nommer les entreprises sexistes, pour leur faire honte, c'est la solution proposée par certains candidats (voir ici l'article des Echos qui fait dresse un état des lieux assez exhaustif des propositions des candidats pour l'égalité homme-femme), il faut pouvoir les identifier, mais ce combat est encore à mener. Cet indicateur avait été proposé par les syndicats à l'occasion d'une concertation sur les discriminations en entreprise. La concertation a tourné cours: les organisations patronales l'ont quitté cet automne car selon elles les orientations prises étaient trop défavorables aux entreprises. Retour au point mort, après deux ans de discussions et deux rapports.

Les organisations patronales ont également refusé d'étendre l'aménagement des postes de travail des femmes enceintes au port des charges lourdes ou charges répétées. La CGT en avait fait la demande après un cas de fausse couche sur le lieu de travail dans le milieu de la distribution. La réponse a été, affirme la représentante CGT Sophie Binet:

"On ne légifère pas sur des faits divers".

Maternité et discrimination...

Toutes les femmes auront des anecdotes à rapporter sur ce sujet. Pour montrer l'ampleur de la discrimination la CGT cadre a lancé cet automne un appel à témoignage avec le mot clé, ou hashtag VIE DE MERE. Je vous conseille d'aller faire un tour sur le site. C'est édifiant.

Je vous en livre quelques uns pour la route, peut être que cela donnera envie à certainEs de faire grève aujourd'hui, puisque pour la première fois un préavis de grève a été déposé (par la CGT). Pour les modalités, voir ici.

Dans un livre intitulé le Fight Club Féministes, on appelle ça des MATEROPHOBES.

Un billet (certes partisan) de Marie Viennot :)

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