LE DIRECT
le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a annoncé qu'il irait "dès  lundi matin" à Berlin pour évoquer l'avenir de la construction européenne avec son collègue allemand des Finances Wolfgang Schäuble

Les lois Le Maire-Darmanin, ce serait quoi?

3 min
À retrouver dans l'émission

Bruno Le Maire, ministre de l'économie, Gerald Darmanin, des comptes et de la fonction publique. Emmanuel Macron a décidé de faire appliquer ses propositions économiques par deux ministres de droite. Rien d'étonnant. A part sur la CSG, leurs visions de l'économie, et de l'Europe sont très proches.

le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a annoncé qu'il irait "dès  lundi matin" à Berlin pour évoquer l'avenir de la construction européenne avec son collègue allemand des Finances Wolfgang Schäuble
le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a annoncé qu'il irait "dès lundi matin" à Berlin pour évoquer l'avenir de la construction européenne avec son collègue allemand des Finances Wolfgang Schäuble Crédits : Vincent Isore - Maxppp

Il faudra plusieurs lois pour mettre en musique le programme économique d'Emmanuel Macron, et la première d'entre elle ne portera sans doute pas de patronyme, mais s'appelera tout simplement, Loi de finance 2018. Contrairement aux autres années présidentielles, il ne devrait pas y avoir de projet de loi de finance rectificatif en 2017, si Emmanuel Macron ne change pas d'avis.

Cependant, cependant, pour que Bruno Le Maire, à l’Économie et aux Finances, et Gerald Darmanin à l'Action, aux Comptes publics et à la Fonction publique, soient en mesure de présenter la prochaine loi de finance et d'autres projets de loi emblématiques, il faut qu'ils restent à leur poste après les législatives.

Or, on a déjà vu des passages éclairs à la tête de Bercy. En 2007, Jean Louis Borloo avait été nommé Ministre des finances, de l'économie et de l'emploi, et il y était resté un mois seulement, notamment à cause d'une déclaration malheureuse sur la TVA sociale, qui avait inquiété les électeurs et aurait permis à la défaite socialiste aux législatives d'être moins cinglante que prévue.

Bruno Le Maire et Gerald Darmanin marchent donc sur des œufs pour les semaines qui viennent, et ils peuvent en recevoir, des œufs, sur leur gauche, comme sur leur droite.

Quelle feuille de route?

Comme beaucoup, j'ai comparé le programme d'Emmanuel Macron avec celui qu'avait présenté Bruno Le Maire lors de sa candidature aux primaires.

Il n'y a qu'un sujet où ils sont réellement en contradiction, c'est sur la Contribution Sociale Généralisée. Bruno Le Maire promettait sa baisse, Emmanuel Macron veut l'augmenter.

Mis en place en 1991, cet impôt finance la protection sociale. Il est prélevé sur les salaires, les retraites, les revenus du patrimoine, les placements et certains jeux. Dans son programme, Emmanuel Macron a prévu d'augmenter son taux de 1.7 point, ce qui ferait passer son taux de 7.5% à 9.2% pour les salariés.

Cela revient à augmenter les impôts, mais comme cette hausse de la CSG est censée financer une partie de la baisse des cotisations sociales sur les salaires, pour les salariés, cela peut s'annuler.

Le problème, c'est pour les retraités, qui eux ne touchent pas de salaire, mais une pension. On sent déjà venir la ligne d'attaque des Républicains pour la campagne des législatives: attention augmentation d'impôt en ligne de mire!

A part ce sujet, sur les autres thématiques, la différence n'est qu'une question de degré entre les deux anciens Républicains et leur président.

  • Ils soutenaient la suppression de 500 000 postes de fonctionnaires, là, ils n'en auront QUE, je mets des guillemets, 120 000 à supprimer sur le quinquennat.
  • Ils voulaient transformer le CICE en baisse perenne de cotisations sociales, c'est exactement la promesse d'Emmanuel Macron.
  • Ils voulaient supprimer totalement l'ISF, Emmanuel Macron garde la partie immobilière, mais supprime la partie financière.
  • Ils promettaient le respect des règles européennes sur les déficits, tout comme Emmanuel Macron.

Sur l'Europe, totale adéquation...

Sur l'Europe, leurs idées sont aussi très proches, surtout avec Bruno Le Maire.

C'est crucial, car c'est Bruno Le Maire qui mènera toutes les discussions au sein de l'Eurogroupe, l'organe de concertation sur la zone euro. Lui aussi, dans son programme des primaires plaidaient pour une convergence sociale et fiscale, et des changements statutaires passant par de nouveaux traités. Exactement la feuille de route d'Emmanuel Macron. Voir ici un précédent billet: Refonder la zone euro: une idée qui vient de loin

En plus, Bruno Le Maire parle couramment allemand. Il pourrait donc parler sans interprète de tous ces sujets sensibles avec Angela Merkel ou le chancelier qui lui succèdera.

L'autre avantage de Bruno Le Maire, c'est que son programme de la primaire était si étoffée, 1000 pages, qu'il était déjà quasiment présenté comme des futurs projets de loi, avec exposé des motifs, changements proposés, calendriers, articles à modifier, impact financier, il n'y a donc quasiment qu'à piocher, et changer quelques paramètres de ci de là.

Le nouveau Président a de son côté un avantage non négligeable sur ses deux ministres: il est déjà passé par Bercy. Il connait son fonctionnement, ses directeurs, son organisation... Il faudra d'ailleurs aussi surveiller le futur organigramme de Bercy: Directeur du Trésor, directeur de la DGFIP, directeur des affaires juridiques etc... et d'éventuelles nominations à venir. Même s'il n'est plus à Bercy, Emmanuel Macron a encore une grande latitude d'intervention.

Et sur le CETA?

La vraie divergence de ce nouveau gouvernement est ailleurs, à l'écologie. Le nouveau ministre Nicolas Hulot a fait campagne contre l'accord de libre échange avec le CANADA, le CETA, alors qu'Emmanuel Macron s'y est dit favorable... Qui des deux a prévu de reculer sur la question? Le suspense, il est plutôt là, qu'à Bercy.

Marie Viennot

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......