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Manifestation anti OGM et pesticides à Toulouse mai 2017.

Les néonicotinoïdes : quand les lobbys s'en mêlent

3 min
À retrouver dans l'émission

Le Premier ministre Edouard Philippe a donné raison hier au ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot aux dépens de son collègue de l'Agriculture, et confirmé l'interdiction des insecticides "tueurs d'abeilles". Les lobbys sont toujours là ? par Annabelle Grelier

Manifestation anti OGM et pesticides à Toulouse mai 2017.
Manifestation anti OGM et pesticides à Toulouse mai 2017. Crédits : Alain Pitton / NurPhoto - AFP

Le gouvernement a décidé de ne pas revenir sur les dispositions de la loi sur la biodiversité de 2016... Cet arbitrage a été pris à l'occasion d'une réunion tenue le 21 juin", indiquait hier Matignon dans un communiqué, tout en précisant qu'un "travail est en cours avec les autorités européennes". Petite phrase qui inquiète tout de même les défenseurs de l'environnement...comme si la porte n'était pas tout à fait fermée.

Quelques heures plus tôt le ministre de l'Agriculture Stéphane Travert avait en effet estimé que la législation française "n’était pas conforme avec le droit européen" déplorant ainsi que la réglementation française n'aille plus loin que ce qui est prévu par la réglementation de l' Union Européenne.

A LIRE ET ECOUTER : Abeilles et néonicotinoïdes : quel est le problème ?

Une position qui a tout de suite fait bondir certains représentants de l'écologie politique à l'image d'Emmanuelle Cosse ou encore l'ancienne ministre de l'Écologie Corinne Lepage , soutien d' Emmanuel Macron "Dire que la loi française sur les néocotinoides est contraire au droit communautaire est un mensonge. Nous avons le droit de mieux protéger", a-t-elle fait valoir sur Twitter.

Delphine Batho a également rappelé que la loi "a été arrachée par la société civile, contre l'avis du gouvernement". "C'est un projet d'ordonnance contre les abeilles, contre la santé". "C'est un coup de force des lobbies comme si Syngenta et Bayer tenaient la plume. C'est inacceptable", a dénoncé l'ancienne ministre de l’Écologie....

La puissance des lobbys agro-chimique

Les lobbys s’infiltrent partout , dans toutes les instances et dans tous les gouvernements. La palette des arguments est vaste, qui va de la pression amicale au dénigrement, des menaces de poursuites à la campagne de communication classique. Comme des courriers envoyés régulièrement aux commissaires européens à l’agriculture et à la recherche. En 2012 par exemple avait été révélés les courriers de Syngenta tentant de décrédibiliser les méthodes scientifiques employées par l’Efsa pour évaluer les trois néonicotinoïdes les plus couramment utilisés. Et de dépeindre un tableau proche de l’apocalypse si ces pesticides venaient à être interdits : des pertes de 17 milliards d’euros en 5 ans, une chute de 40% de la productivité pour le maïs, le blé d’hiver, des betteraves à sucre ou des tournesols et des banqueroutes en pagaille. Notre ministre de l'Agriculture reste bien poreux à tous ces arguments et semblait très peu connaitre le dossier.

Le véto de Nicolas Hulot

Il faut savoir que l'épandage aérien des pesticides est, en théorie, interdit depuis 2009 par le droit européen. Mais, en pratique, il se poursuivait en France grâce à des dérogations accordées par les préfets jusqu'à l'adoption, en 2014, d'un arrêté l'interdisant définitivement.

Les néonicotinoïdes eux doivent être interdits à partir du 1er septembre 2018, une mesure votée dans le cadre de la loi biodiversité en 2016. Le texte prévoit d'autoriser des dérogations jusqu'en 2020. En le votant, la France est allée plus loin que la législation européenne et c'est tout de même deux ans de manque à gagner pour l'industrie agro-chimique , avec le risque d'entrainer avec elle d'autres pays.

Cette réglementation menacent des intérêts industriels colossaux, où des milliards d'euros sont en jeu. Commercialisés par des géants de l'agrochimie tels que Bayer ou BASF, les néonicotinoides représentent aujourd'hui 40% du marché´ mondial des insecticides agricoles. La vigilance est donc de mise , Nicolas Hulot hier a su mettre son véto et comme écrivent nos confrères de Sud Ouest ce matin Espérons que derrière ces braves abeilles ne se profilent aussi quelques belles couleuvres à avaler !

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