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Mary Barra, numéro 1 de General Motors depuis décembre 2013

Les pédégères ont la vie dure

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À retrouver dans l'émission

Aux Etats Unis, 4% des postes de PDG sont occupés par des femmes pour les 500 plus grandes entreprises. Une étude révèle le traitement défavorable et sexiste qui leur est réservé dans les médias américains.

Mary Barra, numéro 1 de General Motors depuis décembre 2013
Mary Barra, numéro 1 de General Motors depuis décembre 2013 Crédits : Carlos Osorio - Sipa

Nous n'aurons pas l'occasion de vérifier ce que cela aurait donné pour une femme présidente des Etats Unis, mais pour les femmes CEO, Chief Executive Officer, l'équivalent de Président Directeur Général, PDG, et disons même pédégère, c'est très clair.

Si on prend les 500 plus grandes entreprises américaine, 4% sont dirigées par des femmes. C'est peu, mais c'est tout de même beaucoup plus qu'en France, où on ne peut citer que trois noms de femmes dans le CAC 40: Isabelle Kocher, chez Engie, Elizabeth Badinter chez Publicis, et Sophie Bellon à la Sodexo. Faute d'échantillon assez large, l'étude dont je vais vous parler ne peux pas encore être faite en France.

Aux Etats Unis, c'est une femme par exemple qui dirige General Motors. Mary Barra, 54 ans, fille d'un ouvrier de Général Motors, elle a gagné ses galons de chef comme directrice des ressources humaines, quand l'entreprise a le plus licensié et fermé d'usines. Son mari est consultant, elle a deux enfants...

Pourquoi je vous parle de ses enfants me direz vous.. parce que c'est ce que font les médias américains quand ils parlent d'une femme pédégère (oui il faut un peu s'y habituer).

Selon Global Strategy Group qui a mené cette étude pour le Rockfeller Institute, quand un média parle d'une femme pédégère, dans 16% des cas, il parle de sa vie personnelle, alors que pour un homme seulement 8% des articles le font. Or qui dit vie personnelle, dit famille quand l'article parle d'une femme, alors qu'aucun article du panel de l'étude n'évoque la famille ou les enfants des hommes PDG.

Mais je vous rassure, ce n'est pas qu'ils n'en ont pas. Les stéréotypes ont la vie dure : une femme est fille de, femme de, ou mère de. Même quand elle est pédégère, elle n'est pas une femme en soit.

Un problème? C'est la faute de la femme PDG

Cette étude montre aussi que les médias ont la dent beaucoup plus dure avec les femmes quand il s'agit d'évaluer leur performance.

C'est le chiffre le plus marquant. Si l'entreprise est en crise et qu'elle est dirigée par une femme, dans 80% des cas, les médias vont dire que c'est elle qui est responsable des difficultés de l'entreprise. Pour les hommes, ce chiffre descend à 30%.

Donc en gros, si la femme est leader et qu'il y a un problème dans l'entreprise, c'est qu'elle dirige mal, alors que si c'est un homme, on va trouver d'autres explications: la croissance chinoise, le cours du dollar, la crise que sais-je...

Il n'y a qu'à voir la couverture des difficultés de Yahoo, qui est dirigée par une femme, Marissa Mayer, on trouve même des articles du style : les 10 erreurs de management de Marissa Mayer.

C'est d'autant plus dommageable à ces femmes, que souvent, note une précédente étude, universitaire celle là, elles arrivent à la tête de l'entreprise, parce que l'entreprise va mal. Géneral Motors aurait-il pu avoir une femme à sa tête s'il n'avait pas failli disparaître avec la crise?

Autre inégalité, quand une femme est licenciée de son poste de pédégère, elle ne retrouve plus jamais la même position dans une autre entreprise. Les femmes de pouvoir doivent donc constamment se renouveler.

Que les médias maltraitent les femmes de pouvoir, rien de neuf, l'histoire et ceux qui la font, ont fait de même avec toutes les femmes de pouvoir depuis toujours: les jeter dans l'oubli, ou les discréditer quand elles sont déjà connus, on pourrait citer des centaines d'exemples.

Vous en trouverez notamment dans les recherches d'Eliane Viennot, qui a consacré une grande partie de sa vie (je le sais, c'est ma tante :) à cette thématique.

Les femmes et le pouvoir, c'était aussi le thème des Matins cette semaine, avec Elizabeth Badinter.

Quand les femmes auront le luxe d'être nulle comme cheffe sans que les médias ne le soulignent et qu'elles pourront passer d'une entreprise à l'autre en dépit de leur erreurs, là peut être pourra-t-on s'écrier, ALLELUIA!

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