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En 2009, Changer l'Europe, c'était le slogan de la campagne du PS (et de son porte-parole Benoit Hamon) pour les élections européennes.

L'Europe idéale de Benoit Hamon

3 min
À retrouver dans l'émission

L'Europe n'a pas occupé une place centrale de la campagne des primaires de gauche. Dans son programme Benoit Hamon plaide pour un budget européen financé par la BCE, la non signature du CETA, et une possible restructuration des dettes européennes. Ambitieux... et réalisable?

En 2009, Changer l'Europe, c'était le slogan de la campagne du PS (et de son porte-parole Benoit Hamon) pour les élections européennes.
En 2009, Changer l'Europe, c'était le slogan de la campagne du PS (et de son porte-parole Benoit Hamon) pour les élections européennes. Crédits : Christophe Morin - Maxppp

Commerce international, monnaie, investissements d'avenir: les domaines dans lesquels la politique économique de la France dépend de l'Europe sont nombreux et déterminants, mais ils n'ont pas occupé une place prépondérante dans les débats de la primaire, alors arrêtons nous un peu sur les idées de Benoit Hamon en la matière, comme nous l'avions fait pour François Fillon.

Voir ici un précédent billet: Fillon et l'Europe: pas si souverainiste que ça

Ni contre l'Europe, ni pour l'Europe telle qu'elle est, son projet, c'est "je cite" une Europe plus sociale, écologique, démocratique et protectrice.

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Plus protectrice, c'est l'idée d'une Europe moins libre échangiste. Contrairement à Manuel Valls, Benoit Hamon est en défaveur du traité de libre échange avec le CANADA, le CETA. Il plaide pour des écluses aux frontières, pour lutter contre le dumping social et environnemental.

Et comme ce dumping vient aussi de l'Europe elle même, il promet une convergence des SMICs européens avec des compensations financières pour les Etats pour qui cette convergence entraînerait une très forte baisse de leur compétitivité : on pense aux pays de l'Europe du sud et de l'est.

Je propose un nouveau contrat politique pour l’Europe qui s’articule autour des progrès de la défense européenne, d’un grand plan d’investissement vers la transition écologique pour mettre fin à l’austérité joint à un processus de convergence sociale et fiscale mettant fin aux différents dumpings, lit-on sur son programme.

Cette harmonisation est un vieux serpent de mer, même François Fillon l'a évoqué, la différence de Benoit Hamon se joue ailleurs.

Dans la remise en cause de l'austérité, et l'idée que l'on pourrait ne pas respecter les 3% de déficit sur PIB, certes, mais contrairement à François Hollande en 2012, ou Arnaud Montebourg pendant la primaire, Benoit Hamon ne promet pas de convaincre Angela Merkel ou son successeur de changer le traité qui avait été signé en 2011 par les pays européens (et Nicolas Sarkozy) pour renforcer notamment la discipline budgétaire. Il plaide pour des aménagements: ne pas intégrer par exemple les dépenses militaires dans les dépenses comptabilisées pour le déficit. Mais là encore rien de très nouveau...

Non, la vraie rupture du programme de Benoit Hamon vis à vis de l'Europe, c'est une sorte de fédéralisme qui ne dit pas son nom, et d'un recours à la création monétaire pour financer la transition écologique dont il a fait l'un des axes de son programme.

1000 milliards de dépenses....

Comme d'autres avant lui, Benoit Hamon plaide pour un budget européen beaucoup plus ambitieux que le budget actuel. Aujourd'hui le budget européen, c'est 145 milliards d'euros.

Pour financer, notamment la transition écologique Benoit Hamon plaide pour un plan d'investissement de 1000 milliards d'euros, financé par un budget européen, qui, rupture majeure, pourrait être financé par les marchés financiers et la banque centrale européenne.

Comme les Etats, l'Union européenne aurait la possibilité de s'endetter et de lever de l'argent sur les marchés. Cela suppose une mutualisation des dettes européennes, autrement dit un échelon d'intégration bien supérieur à ce qu'il est aujourd'hui. On pourrair parler d'un fédéralisme budgétaire, mais cette notion n'a pas le vent en poupe, elle n'est donc pas mise en avant telle qu'elle.

Ce n'est pas irréaliste: il y a déjà un embryon de mutualisation financière entre les Etats de la zone euro. Cela s'appelle le fonds européen de stabilité financière, c'est ce fond qui prête notamment à la Grèce...

Passer au stade supérieur n'est pas gagné. Ce qui l'est encore moins, car là, la rupture est beaucoup plus forte, c'est l'idée de faire abonder ces 1000 milliards d'euros par la banque centrale européenne, et donc par la création monétaire.

.... financés notamment par la création monétaire

Là encore, ce n'est pas totalement irréalisable. Dans les faits, la BCE finance indirectement les Etats en ce moment puisqu'elle rachète depuis 18 mois leur dette sur les marchés (c'est le fameux QE, Quantitative Easing), mais qu'elle finance directement un budget européen, on passe à un stade bien supérieur. On reviendrait en gros au temps ou les banques centrales des Etats nationaux finançaient leur déficits, avant la remise en cause de ce principe dans les années 70.

Sans nouveau traité c'est impossible, et il va falloir violenter les Allemands pour faire passer cette idée, mais l'équipe de Benoit Hamon veut croire que les lignes sont en train de bouger en Europe.

Pour plus de fédéralisme, je n'en suis pas sure, mais pour reconnaître les limites de l'austérité, c'est possible.

C'est intéressant de voir que régulièrement Benoit Hamon fait référence au FMI pour remettre en cause l'austérité. Depuis quelques temps, le FMI met en garde contre l'effet déprimant sur la croissance des programmes de rigueurs appliqué en Europe. Le FMI, une référence pour la gauche de la gauche, c'est assez croustillant.

Pour un nouveau traité européen, sans le dire...

Il y a cependant une différence de nature entre Benoit Hamon et le précédent candidat socialiste. François Hollande promettait de faire plier l'Allemagne pour avoir le droit (en gros) d'appliquer son programme économique en France. Benoit Hamon, lui, ne promet pas de grand soir européen, il ne fait pas de la négociation d'un nouveau traité l'un des axes de son programme, et pourtant les idées qu'il avance redessinent une nouvelle Europe et nécessitent un tel traité.

Ses promesses buttent sur cette réalité, mais là encore, son entourage répond que les traités européens sont régulièrement bafoués. La preuve, m'a t-on répondu, "la France aurait du être condamnée pour déficit excessif de multiples fois, et cela n'a jamais été cas".

Plus ambitieux encore, Benoit Hamon va jusqu'à envisager une restructuration des dettes européennes (c'est à dire une annulation d'une partie de la dette des Etats Européens). S'il était plus haut dans les sondages, il y a fort à parier que les marchés financiers s'en affoleraient déjà. Est-ce envisageable? Ne craint-il pas encore d'être taxé d'irréaliste?

A écouter son équipe de campagne, c'est assumé. L'irréalisme, m'a-t-on répondu, "on s'assoit dessus".

Marie Viennot

Chroniques

7H15
6 min

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