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L'économie catalane peut-elle survivre à l'indépendance ?

Madrid et Barcelone : la guerre économique

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Une semaine décisive pour la Catalogne avec l'adoption attendue des mesures drastiques du gouvernement espagnol pour reprendre le contrôle de la région qui menace de faire sécession. Une Catalogne indépendante pourrait-elle survivre économiquement ?

L'économie catalane peut-elle survivre à l'indépendance ?
L'économie catalane peut-elle survivre à l'indépendance ? Crédits : PAU BARRENA / AFP - AFP

La Catalogne n'est pas n'importe quelle province. Plus grande que la Belgique aussi peuplée que la Bulgarie et aussi riche que l'Irlande, la Catalogne est une province florissante. Avec un PIB de 224 milliards d'euros en 2016, la Catalogne capitalise à elle seule 19% de la richesse espagnole. Le PIB par habitant avoisine les 30 000 euros , si la catalogne était un état, il se classerait à la 12e place européenne devant l'Italie !

La Catalogne est une province dynamique, innovante qui s'assoit sur une économie particulièrement diversifiée et ouverte.

Le secteur agroalimentaire, tiré par l'industrie de la viande, est le premier employeur de la région. Mais la province concentre aussi la moitié de la production chimique d'Espagne et produit 19% des automobiles fabriquées dans le royaume. Elle possède une recherche de pointe, notamment dans les biosciences et le nucléaire et les secteurs du numérique et de la pharmacie y sont très développés.

Barcelone est également l'une des premières destinations touristiques en Espagne avec 18 millions de visiteurs en 2016.

Seule région avec le Pays Basque à avoir accueilli la révolution industrielle, elle représente près de 30% de l'export espagnol et affiche un excédent commercial de 27 milliards d'euros.

La dette reste son plus lourd handicap

Sa dette publique aujourd'hui est égale à 36% du PIB catalan, et c'est l'une des plus élevées du pays. Si Madrid transférait sa part proportionnelle de dette à la Catalogne, la dette de la province passerait alors de 74 milliards à 235 milliards d'euros , ce qui mettrait un coup certain à sa croissance mais le coup pourrait malgré tout bien être bien plus sévère pour l'Espagne qui est lui même le sixième pays le plus endetté d'Europe avec une dette aujourd'hui égale à 100 %.

Crédits : KUN TIAN, THOMAS SAINT-CRICQ - AFP

La guerre économique a commencé

Sur le papier , la Catalogne a le potentiel pour devenir un état viable. Son dynamisme et sa meilleure productivité que nulle autre province en Espagne font d'elle une province très attractive pour les étrangers. La Catalogne attire plus d’investissements étrangers que le reste de l’Espagne. Elle reçoit par exemple plus de 56 % des fonds dédiés aux starts up mais hors de l' Europe et sans l'euro le scénario se complique. De nouvelles frontières, une nouvelle monnaie feraient plonger sa balance commerciale aujourd'hui largement excédentaire et surtout feraient fuir les entreprises. Et les départs se multiplient ces dernières semaines. Depuis le 1er octobre, 917 entreprises et grosses banques ont déménagé leur siège social hors de Catalogne. Le boycott des produits catalans a également commencé.

Mais tout cela n'effraie pas forcément les indépendantistes. Chef d'entreprises et économistes travaillent depuis longtemps sur ce scénario, par exemple ils ont calculé que le boycott des produits catalans en Espagne – qui a déjà été mis en place par le passé – grèverait le PIB de 4%. Selon leurs estimations , la création du nouvel État devrait générer entre 70 000 et 80 000 emplois, entre le secteur public et les multinationales étrangères qui viendraient établir leur siège en Catalogne attirées par de nouveaux avantages fiscaux. Et le risque est bien là, un risque que l'on ne calcule jamais vraiment. La Catalogne peut très bien devenir une nouvelle Suisse, Andorre ou Norvège avec un statut spécial au sein de l'Europe. Barcelone jouit d'une situation géographique exceptionnelle, c'est l'un des plus gros ports sur la Méditerranée, il attirerait sans aucun doute des investisseurs chinois bref le pire et le meilleur sont toujours possibles et à ce jeu là, c'est toute l'Europe qui mise gros sur son avenir.

Billet d'Annabelle Grelier

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