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E. Macron et le PDG de Mitsubishi lors du conseil stratégique sur l'attractivité

Relativisons le manque d’attractivité de la France sur le plan économique

4 min
À retrouver dans l'émission

Un nouveau classement sur l'attractivité de la France signale le décrochage de la France par rapport à ses voisins. Les implantations étrangères augmentent de 14% en Europe mais baissent de 2% en France. Une contre-performance à relativiser. La France reste l'un des pays les plus attractif au monde.

E. Macron et le PDG de Mitsubishi lors du conseil stratégique sur l'attractivité
E. Macron et le PDG de Mitsubishi lors du conseil stratégique sur l'attractivité Crédits : Gonzalo Fuentes - Reuters

Relativiser, c'est important parfois, surtout quand on aborde des sujets sensibles. Et l'attractivité de notre pays en est un.

C'est au nom de l'attractivité que des économistes et dirigeants d'entreprises étrangères implantées en France ont récemment appelé le gouvernement à ne pas céder sur la loi travail, au nom de l'attractivité que des parlementaires tempèrent les demandes de transparence des comptes des entreprises (même si le but est de lutter contre l'optimisation fiscale agressive), au nom de l’attractivité encore qu'une proposition de loi déposée suite au drame du Rana Plaza pour renforcer le devoir de vigilance des multinationales vis à vis de leur sous traitant peine à être adoptée par les parlementaires. Voir ici le rapport fait par Dominique Potier, députée écologiste, et dans lequel elle cite cette remarque faite par le Sénat (qui a rejeté la proposition en novembre).

Une telle proposition de loi peut altérer l’attractivité de la France, en particulier pour les grandes entreprises étrangères, en nuisant à l’image de la France, en dissuadant des investissements étrangers sous forme de filiales ou encore en incitant à certaines délocalisations de filiales de sociétés étrangères, pour se soustraire à une nouvelle obligation porteuse de risques au moins d’image pour l’entreprise.

Je pourrai continuer longtemps cette liste. Vous m'avez compris, l'attractivité guide l'action politique dans le domaine économique. Le 22 mars dernier, François Hollande a réunit un conseil supérieur de l’attractivité, dans lequel siègent notamment des entreprises étrangères. A la fin de ce document, vous trouverez un agenda très éclairant des principales mesures en faveur des entreprises depuis 2012.

Tout le gouvernement était mobilisé pour ce conseil stratégique sur l'attractivi
Tout le gouvernement était mobilisé pour ce conseil stratégique sur l'attractivi Crédits : Elysée

NOTA BENE: Cet article est une version augmentée du billet de ce matin. Vous y trouverez toutes les sources et de très nombreux rapports consacrés à l'attractivité de la France.

Encore une étude sur l'attractivité

L'auditrice ou auditeur avisé remarquera qu'à peu près tous les trois mois, un nouveau rapport ou classement apparaît. Parfois la France gagne des places, parfois elle en perd, une constante, je vous l'accorde, elle n'arrive jamais en tête.

Dans le classement de Davos, la France est 22ème (gagne une place), dans celui de la Banque Mondiale, Doing Business, elle est 27ème.  L'Institut de Management de Lausanne publie pour sa part un "World competitiveness overall scoreboard", qui évalue 61 pays. Le Luxembourg est 6ème, l’Allemagne 10ème et la France loin loin derrière à la 32ème place.

A l'opposé, Business France, qui est l'organisme public chargé de vanter les mérites du produit "France" vis à vis de l'étranger, produit aussi une étude complète sur l'attractivité de la France qui a le mérite de définir cette notion en préambule.

L’attractivité économique peut être définie comme la capacité à attirer les activités nouvelles et les facteurs de production mobiles – capitaux, travailleurs qualifiés – sur un territoire.

Le but est d'attirer les entreprises dans l'hexagone, les données y sont donc présentées de façon avantageuse… Vous trouverez ici un "En finir avec les idées reçues", qui cite 10 points forts de la France.

Ce qui montre que l'on peut faire ce que l'on veut des chiffres. Tout dépend de la façon dont on mesure l'attractivité, à qui on se compare et qui produit l'information.

  • Bien souvent "le désir de comparaison international prime sur la cohérence des statistiques", comme le relevaient déjà en 2003 Benoit Coeuré et Isabelle Rabaud dans une étude très intéressante sur les comparaisons internationales, 
  • Bien souvent les faiseurs d'étude ne livrent pas de détails sur leurs questions, leur panel et leur représentativité
  • Bien souvent, ils pondèrent le poids de tel ou tel indicateur, l’impôt sur les sociétés ce sera TANT, le coût de l'énergie ou la qualité des infrastructures TANT, sans que cette pondération ne soit transparente… 

Voilà pourquoi il faut relativiser et passer selon moi autant de temps à décrire la méthodologie de ces études qu'à en commenter les résultats.

La France décroche?

Comme beaucoup d'études sur le sujet, l'étude d'EY mélange des statistiques officielles, et une enquête d'opinion menée auprès d'un panel de 200 dirigeants. C'est une étude sérieuse, menée depuis 1997 et pour laquelle les auteurs n'ont pas rechigné à me fournir tous les éléments de méthodologie demandés, notamment le questionnaire de l'enquête d'opinion.

Sur les statistiques officielles, l'enquête d'EY reprend ce qui fait autorité pour mesurer l'attractivité, les implantations étrangères en France : une construction d'usine, une extension. Mais elle filtre ensuite ces informations, retire notamment tous les projets d'implantations dans le domaine de la restauration et du tourisme (un nouveau KFC ne sera pas comptabilisé par exemple). Voilà pourquoi, officiellement BUSINESS France qui fait la promotion de la France, recense plus de 962 décisions d'investissement en France en 2015 et EY seulement 598.

Cela dit, même tendance pour les deux, c'est en baisse par rapport à 2014. La France, nous dit l'enquête d'EY est le seul pays d'Europe où les projets d'implantation ont baissé en 2015. -2%. Alors qu'en Europe, cela augmente de 14%. D'où les titres que vous trouverez à la une de vos journaux sur le décrochage de la France par rapport à ses voisins, mais c'est là que je dis encore relativisons.

-2% c'est du flux, les nouveaux investissements. Si on prend le stock, c'est à dire les entreprises étrangères déjà implantées en France, elles représentent 20% de notre économie, la France n'est donc pas un pays peu attractif, sinon elles ne seraient plus là. De plus, pour les implantations industrielles la France accueille plus de nouvelles usines, ou d'extension d'usines que tous ses voisins…. 212, contre 183 pour le Royaume Uni et 142 pour l'Allemagne.

Le triptyque flexibilité-fiscalité-coût du travail

La deuxième partie de ce sondage, c'est l'enquête d'opinion réalisée par téléphone auprès de 200 dirigeants de comités de direction. EY dit avoir tenu compte de la représentativité de ce panel en terme de secteur, de taille et de pays d'origine. Les 2/3 sont déjà implantés en France, et un tiers ne le son pas.

La partie sondage met en avant les freins à l'attractivité française. Revenons à la question de départ qui est : "pour chacun de ces critères, indiquez moi si la France est très attractive, assez attractive, assez peu peu attractive, ou pas du tout attractive". 11 critères sont ensuite suggérés.

  • Son marché intérieur
  • Les infrastructures de transport et de logistique
  • Le niveau de qualification de la main d'oeuvre
  • Le niveau de charges fiscales de l'entreprise
  • Le niveau des charges et des coûts salariaux
  • La flexibilité du coût du travail
  • La stabilité et la clarté de l'environnement politique, législatif et administratif
  • Les possibilités de gain de productivité
  • La stabilité du climat social
  • Toutes les incitations proposées par le gouvernement
  • Ne sait pas

On remarquera que toutes les composantes de l'attractivité d'un pays sont mentionnées, ce qui est une bonne chose. EY met en avant dans son étude, ce qui dans ces critères n'est pas attractif, et de fait, c'est le triptyque habituel : fiscalité-coût du travail-manque de flexibilité qui est cité par les trois quart des dirigeants sondés.

Pour relativiser, on peut regretter que dans la présentation qui a été faite à la presse, et n'est pas encore disponible à l'heure où je mets en ligne, on ne sache pas pour quels critères la France est considérée comme un pays attractif. Or, on sait par d'autres études, que l'un des premiers facteurs d'attractivité pour un investisseur étranger, c'est la taille du marché, mais aussi la productivité et la qualité de la main d'oeuvre, ou encore le coût de l'énergie. Avec ses 60 millions d'habitants, son taux de fécondité record, une productivité parmi les plus élevée au monde, et un coût de l'énergie compétitif, la France a des atouts sur ces critères.

Que cette étude mette en avant les freins à l'attractivité française plutôt que ses avantages, c'est bien naturel (nous aussi journalistes nous passons plus de temps à dire ce qui ne va pas que ce qui va!), mais je le souligne quand même, car cela peut aider à avoir une vision plus juste de la situation.

Ce qu'illustre cette étude au fond, c'est que les pays européens se livrent une compétition acharnée pour attirer les investisseurs étrangers, et que dans cette compétition, la France est distancée, c'est une constante depuis 10 ans. Là encore, on pourrait relativiser, et se dire que peut être est-ce parce que la France est davantage dans la coopération avec ses soit-disant partenaires européens que dans la compétition. C'est un peu naïf, je le reconnais, l'espace européen, sur le plan économique, n'est pas un espace de coopération.

De fait, les décisions d'investissement sont des décisions micro-économiques, dont les déterminants dépendent de chaque entreprise : son objectif, son produit, son marché, rappelle l'auteur de l'étude d'EY Marc Lhermitte. Pour se mettre à la place d'un investisseur étranger, on peut l'imaginer faisant son marché. Chaque produit serait un pays, et comme le dit de façon imagée Marc Lhermitte.

le "produit France" est très attractif mais son prix est un peu élevé".

Autrement dit la France fait toujours envie, c'est toujours un produit de bonne qualité mais avec le temps c'est devenu un peu surcotée, un peu cher pour ce que c'est.

Pour un autre éclairage sur ces questions d'attractivité, vous pouvez écouter la chronique de Philippe Manière, consacré aussi à l'attractivité de la France, notamment pour l'installation de sièges sociaux.

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