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Bayer espère des synergies dans la R&D, ici un centre de recherche à Gatersleben

Mariage Monsanto-Bayer : ni fait ni à faire...

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Le géant de la chimie et du médicament allemand Bayer est en passe d'acheter le géant américain des semences OGM Monsanto. Cependant, 30 juridictions vont devoir approuver ce mariage. Quant à la biodiversité, elle ne sort pas gagnante de cette nouvelle concentration du secteur.

Bayer espère des synergies dans la R&D, ici un centre de recherche à Gatersleben
Bayer espère des synergies dans la R&D, ici un centre de recherche à Gatersleben Crédits : Jens Wolf - Maxppp

Les dirigeants de Monsanto ont accepté le prix proposé par Bayer... et ça c'est déjà quelque chose. Jusqu'à maintenant, ils laissaient monter les enchères, et Bayer a dû relever son offre trois fois avant qu'ils ne disent OUI.

Au final, le groupe allemand y met le prix. Actuellement Monsanto est côté 106 dollars, mais quand Bayer a fait sa première offre en mai, l'action était cotée autour de 90 dollars. En proposant 128 dollars, la surcôte est donc de plus de 40%, ce qui est très élevé.

Cependant, ce mariage doit recevoir l'approbation de plus de 30 juridictions dans le monde.

30 autorités anti-trust qui vont analyser si ce mariage des titans, des monstroplantes comme on lit ici ou là, des héritiers des nazis et de l'agent orange va jusqu'à titrer Bloomberg, n'est pas contraire à la concurrence. Parmi ces autorités, il y a les autorités américaines. Elles ne voient peut être pas d'un bon œil ce départ pour l'Europe de leur champion de la semence. De plus, les agriculteurs américains font pression contre cette consolidation. Il y a le Brésil, le Canada et bien sûr la commission européenne, et sa très sérieuse commissaire Margrethe Vestager, qui n'a pas eu peur de s'attaquer à Apple.

L'enjeu a-t-elle déclaré, c'est de s'assurer que "les paysans puissent toujours bénéficier de prix abordables et d'un choix, et qu'ils ne soient pas coincés avec un seul fournisseur".

Cet examen prendra du temps et son issue est incertaine. Le mariage entre Bayer et Monsanto ne sera pas consommé au mieux avant 2017.

Cas typique d'oligopole

Le secteur de la chimie et des semences est déjà très concentré et ce mouvement s'accélère. Dow Chemicals et Dupont ont fusionné en décembre dernier, le Chinois ChemChina veut mettre la main sur le suisse Syngenta, et maintenant donc Bayer avec Monsanto. Ce sont en gros les 6 premiers, qui vont devenir les 3 premiers.

C'est un cas typique d'oligopole. Peu d'acteurs côté OFFRE, et côté DEMANDE, des paysans qui eux se comptent en milliards. Dans ce secteur, l'abus de position dominante n'est même pas un risque, c'est une stratégie.

Bayer est très fort sur les pesticides, Monsanto très fort sur les semences. A eux deux, ils vont pouvoir perfectionner le business model qui a fait le succès de Monsanto.

D'un côté je te vends des semences qui résistent aux herbicides, et de l'autre, je te vends les herbicides qui sont compatibles avec ces semences.

On était déjà dans ce cas là avant l'annonce de ce mariage, mais là, la situation devient réellement critique et tout le monde est concerné, pas seulement les paysans..

Fusion dans le domaine du vivant = danger

La logique de fusion est en contradiction totale avec la logique du vivant. La logique de la fusion, c'est FAIRE des économies d'échelle, c'est à dire produire plus de la même chose en grande quantité pour optimiser les coûts de production. C'est le contraire de la diversité.

Or la logique du vivant, c'est justement avoir une diversité des espèces assez grande parce que s'il y a un changement, certaines s'adapteront et survivront, d'autres non, mais au final, la vie continuera. De nombreux agronomes, et Hubert Reeves considèrent que la bio-diversité est notre assurance vie.

Quand il n'y aura plus que 10 semences sur terre, si ces 10 semences ne s'adaptent pas au nouveau climat, on aura l'air bien bête. Vous avez d'ailleurs peut être entendu parler du "coffre fort de l'Apocalypse" surnom donné à un bunker en Norvège qui doit recueillir à terme 4.5 millions de semences pour protéger le patrimoine alimentaire de l'humanité.

Mais n'ayez crainte, n'ayez crainte... avec ce mariage, Bayer dit vouloir relever le défi de nourrir une population mondiale toujours plus importante. C'est aussi avec cet argument que les semences de blé sont devenues si productives, que 90% des variétés de blé ont disparu.

Vous êtes intolérant au Gluten... pourvu que vous ne le soyez pas à Bayer-Monsanto!

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