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 Quelque 65 pays, représentant 60% de la population et environ le tiers du  PIB mondial, participent à l'initiative qui s'accompagne d'investissements chinois massifs

Mythes et réalités des nouvelles routes de la Soie

3 min
À retrouver dans l'émission

Lancé en 2013 par le président chinois Xi Jinping, le projet de nouvelle route de la soie prévoit des milliards d'investissement pour des infrastructures routières et portuaires depuis la Chine vers l'Europe et l'Afrique. Projet économique ou politique? Réel ou affiché?

 Quelque 65 pays, représentant 60% de la population et environ le tiers du  PIB mondial, participent à l'initiative qui s'accompagne d'investissements chinois massifs
Quelque 65 pays, représentant 60% de la population et environ le tiers du PIB mondial, participent à l'initiative qui s'accompagne d'investissements chinois massifs Crédits : Sergey Guneev - AFP

C'est le projet phare du dirigeant chinois. Xi Jinping a lancé ce concept des Routes de la Soie dès son accession au pouvoir. Les 14 et 15 mai 2017, Pékin accueille un sommet avec des centaines de représentants des Etats de la planète pour faire avancer ce projet.

29 dirigeants ont répondu présent à l'appel de la Chine, dont, le président russe Vladimir Poutine qui pour l'occasion a joué quelques notes de piano à son arrivée à la résidence du dirigeant chinois. Le piano jouait faux (j'ai l'impression), donc j'ai épargné aux auditeurs ce matin, cet étonnant intermède, mais le voici en intégralité, relayé par un média russe.

Comme tout grand projet chinois, l'initiative de la route de la soie a déjà ses chansons de propagande. Le vrai nom du projet, c'est "Une ceinture, une route", One Belt One Road, Yi DAI Yi LU en mandarin. Pour entendre le rap dont on entend un extrait dans le billet audio, suivre ce tweet.

Sur le clip qui va avec la chanson (que je vous conseille vraiment de regarder), un jeune rappeur en bermuda, guitarre et casquette explique que grâce à YI DAI YI LU, une ligne de train relie la Chine à l'Europe en 15 jours, que les containers arrivent plus vite au Port du Pirée à Athènes et que "lorsque la route passe par l'Egypte et le Canal de Suez, elle donne un coup de fouet à la croissance locale".

Cette chanson n'est pas la seule. Il y en a une autre en anglais, mais commandée par le pouvoir chinois chantée par des enfants.

Vous l'aurez compris, cette route de la soie, ce n'est pas du virtuel, mais au contraire très concret. Ligne ferroviaire, ports, réseaux d'oléoduc ou de gazoduc, la Chine investit dans tous les moyens de transports existants pour assurer le bon acheminement de ses produits en Europe et en Afrique, et, nous dit la propagande, faire venir en Chine vins, lait pour bébé et médicament.

Symboliquement, c'est dans le sens Londres-Pékin, que la ligne ferroviaire qui traverse la France, la Pologne, la Biélorussie, la Russie et le Kazakhstan a été inauguré en grande pompe fin avril, mais dans les faits, les containers sont bien plus remplis que dans le sens Chine-Europe.

Asseoir la domination chinoise

Le but de ces Routes de la soie est avant tout d'assoir la domination chinoise sur le commerce international. Cette domination existe, pour la renforcer, rien de mieux que de posséder les voies de communication.

Pour le moment, ces routes de la soie, c'est la Chine qui achète:

  • le port du pirée
  • le port de Kumport, le troisième port de Turquie près d'Istanbul

La Chine qui investit:

  • dans une route qui traverse le Pakistan et lui permettra d'avoir accès à l'océan indien
  • dans une ligne de train qui va du port de Mombassa sur l'océan indien à Nairobi, la capitale du Kenya
  • dans un pipeline en Asie centrale.

Des projets de ci de la donc, qui visent aussi à sécuriser les approvisionnements de la Chine en matière première, mais pas de plan d'ensemble. Les cartes que vous trouverez sur ces routes de la soie n'ont jamais été fournies par le pouvoir chinois.

Faut-il avoir peur des Routes de la Soie?

Beaucoup de dirigeants européens ont boudé le sommet de Pékin, et envoyé de simples représentants. C'est le cas notamment de l'Allemagne. La ministre allemande de l’économie, Brigitte Zypries, a averti que Berlin ne signerait pas de communiqué commun à l'issue du forum si l'accord ne prévoit pas de garanties sur le libre-échange et la concurrence équitable, relève l'AFP.

Le danger n'est peut être pas là où l'on croit. Le danger c'est que ces projets sont co-financés par la Chine, et que ce sont souvent des prêts que la Chine entend faire aux pays dans lesquels elle finance des infrastructures. Avec le risque, que ces pays s'endettent trop pour des projets qu'ils n'ont pas vraiment choisi. C'est un risque notamment au Laos.

Avec le risque de favoriser la corruption locale avec ces projets pharaoniques, comme l'a souligné déjà les Nations Unies.

Mais peu importent ces risques. Depuis l'élection de Donald Trump, le numéro un chinois veut remplir le vide et cherche à incarner la vision d'un libre échange gagnant gagnant, comme il l'a rappelé à l'ouverture du sommet.

"Nous devons construire une plate-forme ouverte de coopération et défendre et faire grandir une économie mondiale ouverte", a dit Xi Jinping. "Nous devons créer ensemble un environnement qui facilitera l'ouverture et le développement et établira un système juste et transparent de commerce international et des règles d'investissement".

C'est cette histoire qu'il raconte en faisant ressusciter les routes antiques de la soie. Une fable qui a déjà été noté en catégorie investissement spéculatif par l'agence de notation Fitch Ratings. Car le risque est bien là, de faire naitre des projets à la rentabilité incertaine, comme la Chine sait si le faire chez elle.

Marie Viennot

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