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La croissance est revenue, mais la dette publique a explosé, et la pauvreté reste supérieure à ce qu'elle était avant la crise

Obama qu'as-tu fait de la crise financière?

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Arrivé au pouvoir en pleine tempète financière et sociale, Barack Obama affiche un bilan contrasté. Les indicateurs macro-économiques sont bons, les Américains sont mieux protégés mais dans le fond, la finance n'a pas été mise au pas, et la pauvreté s'est accentuée.

La croissance est revenue, mais la dette publique a explosé, et la pauvreté reste supérieure à ce qu'elle était avant la crise
La croissance est revenue, mais la dette publique a explosé, et la pauvreté reste supérieure à ce qu'elle était avant la crise Crédits : Marie Viennot

Janvier 2009, investiture de Barack Obama. Les Etats Unis sont dévastés par la plus grande crise financière depuis 1929, et c'est dans ce contexte, 5 mois seulement après la faillite de Lehman Brother que Barack Obama entre à la maison blanche. Sa mission: sauver l'économie américaine. Tout simplement. Ci-dessous un vidéo extraite de son premier discours de presque président, le 8 janvier 2009.

"La récession s'approfondit, la crise économique grandit, et hier nous avons atteint un nouveau record pour le nombre de chomeurs", annonce Barack Obama.

Chomage à 10%. Contraction du PIB, (elle sera au final de 5% en 2009). Banques et entreprises en faillite. Voilà le paysage à l'arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche. A sa sortie, rien à voir. Taux de chômage 4.7%, PIB en hausse de 3.5% l'an passé.

Sur le papier, tout va mieux.

Dans la réalité, non, ça n'est pas brillant, et Donald Trump a d'ailleurs beaucoup agité cette idée pendant sa campagne.

La proportion d'Américains en age de travailler n'a pas retrouvé ses niveaux d'avant crise. Plus de 11% d'américains entre 25 et 55 ans se sont retirés du marché du travail. Ils ne cherchent plus et on ne les compte plus. On les appelle les "missing workers", les travailleurs manquants, ou les "discouraged workers", travailleurs découragés. Leur nombre a explosé pendant ces années Obama. Si on les rajoute aux chômeurs enregistrés, le taux de chômage passe à 9.5%. Un point de plus qu'avant la crise financière. Vous avez dit plein emploi?

Vous retrouverez ici un billet qui détaille le bilan contrasté de l'économie américaine sur le front du chômage: Les dessous (peu chics) du plein emploi américain

Côté logement, les problèmes de fond se sont amplifiés. Les millliers d'Américain qui s'étaient réfugiés dans des tentes, après avoir été expulsés de leur maison par leurs créanciers, ont retrouvé un toit, mais à quel prix? Selon ce rapport de la National Alliance to End Homelessness, 7 millions d'Américain dépensent plus de 50% de leur revenu dans le logement. C'est 27% de plus qu'en 2007.

The number of poor renter households experiencing severe housing cost burden, those households in poverty paying more than 50 percent of their income toward housing, totaled 6.6 million in 2014, increasing 2.1 percent nationally from 2013. Since 2007, the number of poor households with severe housing cost burden has increased 27.7 percent and has plateaued since the recession instead of decreasing with the recovery.

Camp de sans abri installé autour de Sacramento (photo prise le 5 mars 2009)
Camp de sans abri installé autour de Sacramento (photo prise le 5 mars 2009) Crédits : JUSTIN SULLIVAN - AFP

Dernier chiffre, le taux de pauvreté... 13.5%. C'est en baisse depuis deux ans, mais c'est toujours un point supérieur à 2009 (12.5%, statistiques officielles décrites dans ce rapport).

Alors, oui, il y a de la croissance, ça c'est vrai. Mais le gouvernement a mis le paquet. Sa dette est passée de 10 000 à 19 600 Milliards de dollars. FOIS 2.

Donc en résumé, cela a coûté très cher de relancer la machine, elle ne s'est pas effondrée, des mesures inédites ont été prises (comme la nationalisation temporaire de Général Motors), mais cela n'a pas recrée les chemins de la prospérité pour tous. Pour les banquiers en revanche, cela va très bien.

Les banques, grandes gagnantes des années Obama

Lors de ce discours ci-dessous, vous entendrez à partir de la deuxième minute, Barack Obama critiquer le comportement des patrons de "Wall Street", qui ont pris des décisions imprudentes et dangereuses, dans le seul but de faire du profit, au mépris de la prise de risque, de la régulation, défaillante, et sans aucun sens de la responsabilité".

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Deux ans plus tard, les banques américaines affichent depuis deux ans des profits records. Et elles le doivent à Obama, qui dans les premiers mois de sa présidence a lancé le programme TARP, (Troubled Asset Relief Program): 475 milliards de dollars d'argent public mobilisé, notamment pour absorber les créances douteuses des subprimes. Depuis, l'argent a été remboursé selon le Trésor Américain, et le programme aurait même rapporté de l'argent au final.

Côté régulation, l'administration Obama laisse aussi une loi de régulation financière ambitieuse, la loi Dodd Franck qui a augmenté les ratios de liquidité et de capitalisation obligatoire pour les banques, réduit les possibilités de spéculer "pour compte propre".

OK, mais, l'essentiel, ce qui a causé la crise financière n'a pas été éradiqué. Les banques américaines sont toujours Too Big too fail, trop grosses pour faire faillite, et leurs dirigeants n'ont pas été responsabilisé du tout.

Aucune condamnation pénale mais...

Oui les banques ont payé et payé cher pour éviter de longs procès, mais aucun individu n'a été sanctionné pénalement, quelques traders de ci de là, du menu fretin, et encore si peu, mais les responsables, les chefs de division, les PDG qui ont laissé faire les fraudes. Pas un n'a été jugé. Pas un.

Ça c'est un échec, retentissant. Il explique la déception ressenti par tous ceux qui ont occupé Wall Street en 2011. Ni jugés, ni sanctionnés, les comportements déviants et frauduleux peuvent reprendre. L'aléa moral est toujours là.

.. des Américains mieux protégés

Une chose quand même a changé en profondeur depuis 8 ans. Les Américains sont mieux protégés des contrats abusifs. Un bureau de protection des consommateurs a été créée, alors qu'avant il n'y avait rien. Aucune régulation. C'est ce qui explique que tant d'Américains aient signé des contrats immobiliers qu'ils ne comprenaient pas.

Ce bureau de protection est une réelle avancée, mais il est une cible récurrente des républicains et du lobby bancaire qui ont pour objectif de le démanteler. Tout comme la loi Dodd Franck. C'est l'un des projets de Donald Trump, et de son secrétaire au Trésor, le très controversé Steve Mnuchin un ancien de Goldman Sachs, qui a dans son CV la création d'une entreprise financière très active dans les "foreclosures".

Les Américains ont voté Trump en espérant rendre à l'Amérique sa grandeur, si la loi Dodd Franck est démantelée comme c'est annoncé, possible que le slogan: "Make America Great again" devienne "Make the Crisis great again!", et là, nous serons toutes et tous concernés.

Marie Viennot

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