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La Chine est l'un des plus gros émetteur d'obligations vertes (qui peuvent financer la réfection de centrales à charbon).

Obligations vertes : pas QUE du greenwashing?

3 min
À retrouver dans l'émission

En 2017, la France empruntera sur les marchés financiers en lançant des obligations vertes. Ces produits financiers ont le vent en poupe, mais souffrent d'un manque de définition et sont parfois utilisés pour "verdir" une mauvaise image. L'initiative française peut aider à établir des normes vertes.

La Chine est l'un des plus gros émetteur d'obligations vertes (qui peuvent financer la réfection de centrales à charbon).
La Chine est l'un des plus gros émetteur d'obligations vertes (qui peuvent financer la réfection de centrales à charbon). Crédits : HOW HWEE YOUNG - Maxppp

François Hollande l'avait annoncé en avril. En 2017, la France s'endettera en vert. Elle sera le deuxième pays à le faire (après la Pologne qui lui a "volé" la priorité en décembre.

S'endetter vert... qu'est ce que ça veut dire? Les ministres de l'économie Michel Sapin et de l'écologie Ségolène Royal ont présenté le 3 janvier comment ce verdissement de notre dette aller s'effectuer.

Plusieurs fois par mois, la France emprunte sur les marchés financiers en émettant des obligations que les investisseurs achètent. Je vous renvoie à l'un des billets économique de Noël si vous voulez en savoir plus sur la façon dont ça se passe. Menace sur la dette française en 2017

En 2017, elle va émettre pour 185 milliards d'obligations, et sur ces 185 milliards, 10 milliards maximum pourraient être estampillés "Obligations vertes".

On ne sait pas quand la première émission aura lieu. On ne sait pas non plus si ce sera 4 -7 ou 8 milliards et demi.... Il faut d'abord nous a-t-on expliqué, jauger l'appétit des investisseurs lors des prochains roadshows, ce qui prendra quelques semaines.

En tout cas ce sera dans la limite des 10 milliards car c'est le montant des dépenses qui ont été identifiées comme pouvant être financées par des obligations vertes. Dans le jargon, on parle de Dépenses Vertes Eligibles.

Pour le moment on ne sait pas exactement quelles seront les actions et projets financés, ce qu'on sait c'est que le processus sera transparent, évalué par un organisme de certification (Vigeo), controlé par des experts indépendants qui restent à nommer.

"On ne peint pas en vert, on agit en vert", m'a répondu Michel Sapin lors de la conférence de presse quand j'ai évoqué le fait que de très nombreuses obligations vertes ne l'étaient pas vraiment.

La France ne se joindra pas aux greenwashers qui sont légions sur ce marché des obligations vertes. Greenwashers, j'essais de lancer un nouvel anglicisme... :)

Obligations vertes: beaucoup de greenwashing

Le marché des obligations vertes est un marché en très forte croissance. Il y avait l'an dernier 48 milliards d'obligations vertes en circulation, on estime qu'en 2016, on aura dépassé les 100 milliards.

Ce sont surtout les institutions publiques qui les lancent. On peut citer la banque mondiale, la banque agricole de Chine, la ville de Paris, la région PACA, mais il y a aussi des entreprises, Engie, Air Liquide, HSBC. C'est encore une goutte, si on prend le marché total des obligations, 0.13% selon les calculs d'Euractiv, mais c'est déjà quelque chose.

Le problème c'est que

  1. il n'y a pas de définition standard de ce qu'est une obligation verte,
  2. de ce que cela peut ou ne peut pas financer,
  3. et encore moins de contrôle sur l'utilisation des fonds recueillis par ceux qui émettent ces obligations vertes.

Il y a une prolifération de référentiels, dont certains commencent à faire autorité, comme les Green Bond principles, mais ils émanent d'instituts privés et on reste dans la soft law, rien de contraignant que du volontaire.

Voir ici le rapport du WWF sur le sujet.

L'argent recueilli grâce à des obligations vertes pourra servir par exemple à financer les travaux de prolongation d'une centrale à charbon... Et oui, parce que sans travaux, les émissions de CO2 auraient été bien pires! C'est le cas en Chine et au Japon, selon Lucie Pinson, chargée de plaidoyer aux Amis de la Terre, une ONG qui suit ce sujet de près.

... mais promis, pas en France

Le gouvernement Français, lui, se veut scrupuleux (contrairement à la Pologne). Il a clairement peaufiné son plan pour ne pas être accusé de greenwashing, cad (tentons une traduction synthétique) de verdir son image sans agir dans les faits.

Les obligations vertes émise par l'Agence France Trésor ne pourront pas financer les énergies fossiles, le nucléaire, et les dépenses militaires. C'est écrit noir sur blanc.

Les dépenses éligibles, un satellite d'observation de la terre par exemple, devront avoir reçu le label TEEC, Transition Energétique et Ecologique pour le Climat. C'est l'un des nombreux labels dont je vous parlais.

En devenant un acteur majeur de ce marché des émissions d'obligations vertes, la France espère contribuer à imposer un standard. La bonne nouvelle c'est qu'elle a la capacité à le faire car sa dette est abondante. Portée par la Cop 21, sa volonté semble sincère. D'autant plus sincère qu'elle pourrait aider à imposer la place financière de Paris comme une place majeure pour ce nouveau marché.

10 milliards d'obligations françaises vertes potentielles en 2017, cela représente quand même 10% du marché actuel des Green bonds. Cela ne sauvera pas le climat, mais c'est un petit pas.

Voir ici, mon premier billet économique ever, le 25 décembre 2015, qui était justement sur ce sujet de la finance verte après la COP 21.

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