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Manifestation pour la démission du gouvernement Maltais 10 avril

Panama Papers, enfin des noms !

3 min
À retrouver dans l'émission

Le consortium des journalistes d'investigation publie aujourd'hui une base de données permettant de rechercher les noms des sociétés offshore qui ont utilisé le cabinet Mossack-Fonseca au Panama. Retour sur ce que ces révélations ont enclenché comme réactions.

Manifestation pour la démission du gouvernement Maltais 10 avril
Manifestation pour la démission du gouvernement Maltais 10 avril Crédits : Darrin Zammit Lupi - Reuters

Le consortium des journalistes d'investigation ouvre ce lundi 9 mai à 14h, heure américaine, une partie de la base de données qui lui a permis de jeter cet énorme pavé dans la mare il y a un mois. Voir ici, le premier billet économique sur les Panama Papers: La lutte illusoire contre la finance de l'ombre.

Or, il s'en est passé des choses, des grosses, des petites. Dernière en date vendredi 6 mai, le plaidoyer anticapitaliste publié par Süddeutsche Zeitung par celui qui se présente anonymement comme le lanceur d'alerte de l'affaire.

On ne peut pas tout citer, alors j'ai fait trois catégories, les réactions politiques, celles qui ont affecté des individus, souvent des politiques d'ailleurs, et les réactions vis du Pamana. Ici un article de l'ICIJ sur les suites des Panama Papers, en anglais.

Nota Bene: Comme chaque jour, le billet économique s'écoute, mais il se lit aussi! Ceci est une version augmentée du billet économique de ce matin, avec de très nombreux liens pour aller plus loin, et, en fin de papier, la réponse à cette question cruciale: des noms! Va-t-on avoir des noms?

Retour en disgrâce pour le Panama

Ce petit état d'Amérique Centrale était sorti de la disgrace internationale quelques semaines avant ces révélations, le GAFI, l'organe international de lutte contre le blanchiment l'avait même l'avait même sorti de son programme de surveillance car le pays avait fait des progrès en publiant des lois conformes aux standard internationaux, là inutile de dire que le monde entier lui est tombé dessus.

En France c'est en 2012 sous présidence Nicolas Sarkosy, que le Panama était sorti de la liste française des territoires non coopératifs, quelques jours après les révélations le Panama a réintégré la liste française aussi sec.

Mercredi dernier j'étais à une audition d'Olivier Sivieude, le grand chef du contrôle fiscal en France, il a expliqué aux sénateurs de la commission des finances que le matin même du scandale, il avait rendez vous à l'ambassade du Panama pour signaler l'absence totale de coopération des services fiscaux du pays. Il a présenté cela comme une coïncidence. Coïncidence troublante, mais ce rendez vous avait été pris avant, a-t-il-dit, pour des raisons objectives: sur 37 demandes d'assistance juridique faites au Panama ces dernières années par ses services, seulement 4 ayant donné partiellement satisfaction. C'était donc ça le but de sa visite: façon de dire que la réinscription du Panama sur la liste française était dans les tuyaux avant que le scandale n'éclate.

Au Panama, la réaction des autorités a été non pas défensive, mais au contraire coopérative. Le Président Panaméen a promis d'améliorer sa transparence fiscale d'ici 2018.

"Nous souhaitons coopérer avec d'autres pays pour améliorer la transparence, afin d'empêcher une utilisation illégale du système financier panaméen", a déclaré Juan Carlos Varela à la chaîne de télévision publique japonaise NHK mi avril.

Les bureaux de Mossack-Fonseca ont été perquisitionné plusieurs fois, une centaine de serveurs saisis. Les dirigeants du cabinet d'avocat, eux, continuent d'affirmer que toutes leurs opérations étaient légales. Pour l'instant aucun de ses dirigeants n'est poursuivi ni détenu.

Démission du chef de Transparency international Chili

Côté individuel, il y a eu la démission du premier ministre islandais, la démission du ministre de l'industrie espagnol. Plus confidentiel, mais tellement ironique, au Chili, le président de Transparency International a dû démissionner, les Panama Papers ayant révélé qu'il était liée à 5 sociétés offshore.

La vague de démission n'est peut-être pas finie. Le président Argentin Mauricio Macri fait l'objet d'une enquête, à laquelle il a promis de collaborer. Au Pakistan, le premier ministre Nawaz Sharif a promis de démissionner si l'enquête prouvait la culpabilité de sa famille, 3 de ses enfants étant cités dans les documents.

Manifestation contre Nawaz Sharif à Lahore Pakistan 10 mai
Manifestation contre Nawaz Sharif à Lahore Pakistan 10 mai Crédits : Rahat Dar - Maxppp

Ce mois passé, il y a eu de très nombreuses manifestations liées au Panama Papers: à Malte, Londres, Lahore, Rekjavik, et Buenos Aires, notamment.

La croisade contre l'évasion fiscale est lancée (bis)

La plupart des pays occidentaux ont lancé des enquêtes suite au Panama Papers, il y a eu même une surenchère, chacun cherchant à montrer qu'il était prêt à laver plus blanc que blanc. Etats Unis, Allemagne, France, G20, FMI, tout le monde y est allé de sa proposition volontaire, mais parfois peu réaliste. Voir, le billet économique consacré aux solutions avancées par la France, l'Espagne, la Grande Bretagne et l'Allemagne: Panama Papers, rien de neuf côté solutions.

Signalons quand même, l'exception notable de deux pays, la Chine et la Russie. Le Kremlin a considéré que les Panama Papers relevaient de la "phobie anti poutine". En Chine, où des dirigeants passés et actuels sont visés par les révélations, les médias ont reçu comme directive de purger toute référence au Panama Papers et sont menacés de sanctions. Erreur 404, lit-on en tête des articles publié par certains médias chinois le 4 avril, et retiré le 5.

Dire que tout le monde aura ce soir accès aux détails des révélations est donc abusif.

Des noms ou pas?

Des noms on pourra en trouver, mais sur son site internet, l'ICIJ, le consortium de journalistes qui pilote ces révélations ne promet pas des noms de personnes physiques. En tout cas ça n'est pas écrit comme cela. Le consortium parle, je cite, d'une base de données avec moteur de recherche sur plus de 200 000 compagnies offshore et précise qu'il n'est pas question de divulguer des informations personnelles, vous n'aurez pas accès aux e-mails, aux passeports, aux numéros de téléphone, ce qui sera publié ce soir à 20h, heure de Paris, est une sélection, et ce sont surtout les informations sur les entreprises qui ont été créées par Mossack-Fonseca qui seront disponibles.

ICIJ won’t release personal data en masse; the database will not include records of bank accounts and financial transactions, emails and other correspondence, passports and telephone numbers. The selected and limited information is being published in the public interest.

Le cabinet d'avocat panaméen a d'ailleurs menacé l'ICIJ d'actions en justice et demandé au consortium de renoncer aux publications prévues aujourd'hui car elles relèvent selon lui du vol d'information et d'une violation du traité de confidentialité entre client et avocat.

On sent que l'ICIJ prend des pincettes, pour ne pas être accusée de jeter l'opprobe sur tel ou tel, puisque comme chacun sait maintenant, créer des sociétés offshore chez Mossack Fonseca, ou ailleurs n'est pas illégal, ce qui l'est, c'est de ne pas le déclarer... dans les pays où cette obligation de déclaration existe, notamment en France.

La méthode, c'est donc comme pour le 4 avril, jour de révélations des Panama Papers, de permettre à des enquêtes d'avoir lieu. ll y a un mois, 108 médias étaient dans la confidence, ce soir, le champ sera plus ouvert. A chacun ensuite, administrations fiscales, journalistes, ONG ou particuliers d'enquêter et de remonter les filières et de lancer des noms.

Depuis le 4 avril, de plus en plus de noms sont sortis. Vendredi dernier des journaux nigérians ont publié une liste de plus de 100 noms de personnalités politiques ou économiques possédant des sociétés offshore. C'est impressionant. Reste à savoir quels seront les suites de ces nouvelles révélations. Au lendemain des révélations, début avril, j'étais très circonspecte: Panama Papers: impact à durée déterminée ou indéterminée.

Je suis ce dossier depuis presque dix ans, voir ici une enquête diffusée trois fois sur France Inter en 2012 et 2013, et je ne demande qu'à être démentie par les faits.

Marie Viennot

Ci-dessous une vidéo dans laquelle j'explique à Interception pourquoi cette enquête sur l'évasion fiscale.

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