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Parc d'éolienne et autoroutes font partie des projets financés par le plan Juncker (notamment au Pays Bas)

Plan Juncker : un Plan Marshall sous austérité

3 min
À retrouver dans l'émission

Lancé fin 2014, le plan "Juncker"' était censé relancer l'investissement en Europe. Sur les 315 milliards d'euros annoncés, 115.7 milliards ont pour le moment été investi. Est-ce en plus? Ou est-ce un effet d'aubaine?

Parc d'éolienne et autoroutes font partie des projets financés par le plan Juncker (notamment au Pays Bas)
Parc d'éolienne et autoroutes font partie des projets financés par le plan Juncker (notamment au Pays Bas) Crédits : Philippe Turlin - Maxppp

Le plan Juncker, vous en avez forcément entendu parler. Il a été lancé il y a presque deux ans, fin 2014. Généralement, on invoque ce plan pour valoriser les côtés positifs de l'Europe, montrer que la commission européenne ne s'intéresse pas seulement à nos déficits, et qu'elle peut être un moteur pour l'investissement.

Plan Juncker,vous remarquerez, cela ressemble à Plan Marshall. L'idée est la même : investir est bon pour l'économie, mais attention, le Plan Juncker n'est pas un plan Marshall, l'époque a changé. Aucun euros public supplémentaire n'a été mobilisé pour ce plan. C'est un plan Marshall sous austérité et donc à crédit.

Redéploiement de crédits

Vous entendrez le chiffre de 315 milliards d'euros sur trois ans pour ce plan. Ne croyez surtout pas que l'Union Européenne prend 315 milliards sur son budget. Déjà ce serait impossible, puisque son budget annuel est de 115 milliards.

Non, ce qu'a fait l'Union Européenne, c'est qu'elle a redéployé une partie de son budget, notamment les crédits pour la recherche, et qu'elle a utilisé cet argent,comme mise de départ, pour obtenir ensuite des prêts auprès des banques, un peu comme vous, quand vous constituez un apport pour un crédit immobilier.

Ces prêts ont été contractés par la banque européenne d'investissement, une banque publique qui a pour actionnaire les états membres de l'UE, ce qui permet ensuite à l'Union Européenne de co-financer et co-garantir des projets présentés par des investisseur privés.

Pour le moment on est à 97 projets financés pour un montant total de 115 milliards d'euros. Sur ces 115, l'apport public est de 11 milliards. 115 milliards d'euros, pour vous donner une idée de ce que pèse le plan Juncker, cela représente 4% des investissements réalisés dans l'Union européenne sur un an selon les calculs de Romaric Godin, de la Tribune.

Quoi? Des autoroutes???

Vous pouvez consulter les projets financés en suivant ce lien. Parmi ces projets, il y a par exemple, un prêt à une entreprise qui nettoie les friches industrielles, un autre pour de la recherche dans le domaine automobile, mais aussi, des parcs éoliens, des projets pour l'agrandissement d'autoroutes.

Agrandissement d'autoroutes??? Vous avez bien entendu... Ce type de projets étaient déjà financés par la banque européenne d'investissement.

Alors? Qu'apporte le plan Juncker? Finance-t-il des projets additionnels, pour parler comme les économistes, ou est-ce un effet d'aubaine?

Effet additionnel ou effet d'aubaine?

Mystère et boule de gomme, on ne peut pas vraiment savoir. Théoriquement, le plan Juncker devait financer des projets plus risqués. Des chercheurs de l'institut Bruegel, à Bruxelles, ont cherché à savoir si c'était le cas, mais c'est impossible à vérifier, disent-ils, car les informations données sur les projets financés sont insuffisantes. EFSI, c'est le nom officiel du Plan Juncker: Fonds européen pour les investissements stratégiques

Comme expliqué dans l'article 5 du règlement EFSI, les projets sont considérés comme complémentaires si elles «ne pouvaient pas ont été effectués (...), ou non dans la même mesure, par la BEI (...) sans soutien EFSI". En outre, le règlement précise que «les projets soutenus par le EFSI sont typiquement un profil de risque plus élevé que les projets soutenus par les opérations normales de la BEI". La meilleure façon d'évaluer l'additionnalité des projets serait donc de connaître le profil de risque de chaque projet EFSI.

Toutefois, les informations fournies au sujet de chaque projet ne sont pas détaillées du tout et, en général se compose du nom du projet, une brève description, le montant d'argent investi par la BEI, le coût total du projet et une certaine évaluation sociale et environnementale de la des projets. Étant donné les détails actuels mis à disposition par la BEI sur chaque projet, il est impossible de juger directement leur profil de risque.

De plus, en analysant le type de projets, un seul, sur les 55 mis en oeuvre au moment de leur étude était d'un genre que la Banque Européenne d'investissement n'avait jamais financé. Tous les autres semblaient en revanche similaires aux projets que la BEI avait soutenu dans le passé sans la garantie de l'Union Européenne.

d'investissement là où il y en avait déjà

Théoriquement aussi, le plan Juncker devait relancer l'investissement dans les pays où il est le plus en panne. Or ce n'est pas ce que l'on constate. Les pays les plus touchés par le chômage et le sous investissement, Portugal, Grèce, Chypre, sont ceux dans lesquels il y a le moins de projets financés par ce plan. Dommage...

Comme on dit dans le jargon anglophile le Plan Juncker n'est pas un game changer, il ne change pas la donne.

En revanche il pourrait devenir une monnaie d'échange, car je vous le donne en mille : quel est le pays qui bénéficie le plus du Plan Juncker? Le Royaume Uni... Le Royaume Uni a pour le moment 27.1% des projets d'investissements, l'Italie 17.2%, et la France arrive troisième avec 12.4%. La Grèce pèse 0.1%.

Qu'adviendra-t-il de ces projets après le Brexit? Le Plan Juncker n'est pas un game changer, mais il pourrait bien devenir un "bargaining chip", une monnaie d'échange donc.

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