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Fête de la musique à Lille en 2015

Plus dure la vie (de musicien)

3 min
À retrouver dans l'émission

L'effondrement du marché du CD a accru la précarité des artistes musiciens. Souvent auto-produits dans leur phase de lancement, ils ne touchent presque rien sur l'écoute en streaming, le live rapporte peu (à moins d'être une star), faire ses heures d'intermittence est une gageure. A qui la faute?

Fête de la musique à Lille en 2015
Fête de la musique à Lille en 2015 Crédits : Pool - Maxppp

Oh la la, la vie n'est pas rose quand on est musicien. On ne leur propose pas de rose, mais plutôt des miettes. Le partage de la valeur ajoutée n'a jamais été vraiment équitable entre les artistes musiciens et les intermédiaires qui leur permettent de se produire, mais avec la crise du CD, la situation a empiré.

L'Adami qui gère les droits collectifs des musiciens à partir du moment où ils sont diffusés vient de publier une étude dont les détails seront révélés à la rentrée.

On y apprend que 40% des artistes interprètes perçoivent moins de 15 000 euros par an, à peu près le smic donc, les deux tiers sont à moins de 30 000 euros par an.

Rémunération comprenant les droits d'auteurs, les concerts, les ventes
Rémunération comprenant les droits d'auteurs, les concerts, les ventes Crédits : ADAMI 2016

Cela comprend tous les revenus issus de la musique, c'est à dire le pourcentage sur les ventes de CDs, qui se vendent toujours, même s'il y a un effondrement de moitié par rapport aux années 2000, cela comprend les droits d'auteurs, les revenus de diffusion, radio télé et écoute en ligne et les concerts.

Le live rapporte plus mais pas à tous

Le live est devenu la première source de revenu pour les artistes ces dernières années. En tout cas pour ceux qui arrivent à toucher des cachets payés et sont de fait une minorité. Pour faire ses heures d'intermittence, un artiste interprète musicien devra faire minimum 40 concerts sur 10 mois, un par semaine environ. Quand on est en tournée c'est faisable, mais si on est en phase de composition autant oublier le statut d'intermittent et s'en passer.

L'accès à la scène n'est plus aussi aisé. Il y a de moins en moins de tourneurs (ceux qui organisent les tournées). Un autre billet serait nécessaire pour évoquer ces nouvelles futures majors de la musique. Un phénomène de concentration et d'intégration est en cours.  FIMALAC, une société financière à la base, investit aussi bien dans la gestion de tournées, que dans des salles et cette nouvelle tendance n'est pas en faveur des artistes qui se lancent et ont plus de mal (d'après mes connaissances) à trouver des cachets payés dans des salles de bonne facture. Jouer gratuitement dans un bar, payé au chapeau ou avec quelques bières n'est jamais difficile pour des musiciennEs, obtenir un cachet pour chaque musicien dans une bonne salle devient de plus en plus difficile.

La création reste gratuite... 

La création, qui est au début de cette chaîne de valeur, est le plus souvent un acte gratuit, et qui a vocation à le rester, aux vues des réflexions en cours. C'est le côté désintéressé de l'artiste, et il ne concerne pas que les musiciens, tous les auteurs ont le même problème.

Clairement, le partage de la valeur ajoutée créée par la musique n'a jamais été en faveur des musiciens (hormis quelques exceptions), les temps anciens n'ont jamais été pavés de roses du temps où l'on nommait les musiciens des saltimbanques. Mais si vous vous demandez comment cela va depuis que le "monde" a changé avec le numérique, sachez que le numérique n'a pas aidé à rétablir le partage de la valeur en direction des artistes, au contraire la situation a empiré.

Et pourtant le marché de la musique va mieux 

Parmi ce qu'on appelle les industries créatives et culturelles, la musique est l'un des secteurs en croissance, selon une étude publiée récemment. Ce sont les spectacles qui tirent cette croissance vers le haut, les ventes de musique enregistrée continuent de baisser.

Sur 242 000 emplois recensés les artistes compositeurs et interprètes sont 99 650 en France, un chiffre en augmentation... en revanche, il y a un effondrement des emplois( -17% entre 2011 et 2013) chez les éditeurs et producteurs, et en parallèle une innovation fantastique, avec de très nombreuses start up qui proposent de nouveaux services liés au numérique, pour faire remonter votre morceau sur les sites d'écoute en streaming,  associer vos compositions à une émotion et les proposer à des publicitaires et/ou cinéastes etc...

Pourquoi les musiciens ne touchent que des miettes?

Au début on a blâmé le mélomane, qui n'était soit disant plus prêt à payer pour de la musique. Aujourd'hui qu'il paie pour télécharger ou écouter, on blâme les sites d'écoute de musique en ligne.

Le cas le plus extrême, c'est celui de You Tube. Les trois quart de la consommation musicale passe par cette plateforme, or les artistes n'ont droit à rien. Leurs producteurs ont obtenu un pourcentage sur les publicités qui passent avant ou pendant, mais pour un clip vu 16 millions de fois, ce qui est énorme, les musiciens vont se partager... 1600 à 2000 euros reconnaît Pascal Nègre, l'ancien PDG d'Universal.

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Pour l'écoute payante, l'Adami a calculé que pour un abonnement à 9,99 euros, tous les artistes écoutés pendant un mois vont se partager..... 46 centimes!

Pourtant pourtant, les sites de streaming disent reverser les deux tiers de leurs revenus aux producteurs... mais eux ne reversent que 10% en moyenne à leurs artistes, selon l'ADAMI.

10%, c'est la même chose que du temps du CD, pourtant, les frais ne sont pas les mêmes, pas de frais d'impression, de stocks, de distribution. Si vous entendez peu les artistes blâmer leurs producteurs, c'est parce qu'ils craignent de ne plus en avoir s'ils le font, les choses n'ont pas beaucoup évolué de ce côté là.

Ce qui a radicalement changé en revanche, c'est que les artistes musiciens sont de plus en plus nombreux à se passer de producteurs. 55% des artistes musiciens sont auto-produits aujourd'hui, contre 45% il y a 10 ans.

C'est la nouvelle tendance, les frontières ont explosé entre tous les acteurs de la production, les artistes doivent savoir tout faire, enregistrer et produire leur premier album (aujourd'hui c'est faisable pour 5000 euros), mais du coup, on leur demande de faire cette avance, et d'être un artiste accompli avant même d'être un professionnel.

L'artiste 360 degrés...

Aux artistes de savoir gérer leur image, leurs fans, voire leurs tournées:  on appelle cela le modèle 360 degrés. Artiste à tout faire en somme.

Oh la la la vie n'est pas rose pour les artistes musiciens et musiciennes, mais ils savent déjà que ce n'est pas le rose qu'on leur propose en s'engageant dans cette voie là, et à priori ce chemin, c'est eux qui se l'imposent pour ceux qui arrivent à en tirer un revenu.

Pour la plupart des musiciennEs, dont je suis, la musique n'est pas une source de revenu mais un investissement (si on veut l'évoquer en termes économiques). On y consacre du temps, de l'argent et le retour sur investissement n'est pas quantitatif mais qualitatif, un bonheur inquantifiable en somme!!

NB: ce billet n'a pas vocation à faire pleurer sur le sort des musiciens (comme je l'ai lu dans des commentaires sur Facebook). C'est juste un point d'étape sur leur situation économique. Généralement le billet économique n'a pas vocation à faire pleurer qui que ce soit sur qui que ce soit, mais simplement à rapporter des faits économiques et les mettre dans leur contexte. Merci pour tous vos commentaires passionnés. Il est l'heure de partir... faire de la musique :)

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