LE DIRECT
Un porte container dans le port de Hong Kong. Ses émissions de gaz à effet de serre n'appartiennent à aucun pays.

Pour une Taxe Universelle sur la Mondialisation

3 min
À retrouver dans l'émission

Le transport de marchandises compte pour 3% à 7% des émissions de gaz à effet de serre, et pour le moment, il n’est pris en compte dans aucun accord international. Une note publiée par le conseil d’analyse économique recommande une taxe. Et si on l'appelait la taxe universelle sur la mondialisation?

Un porte container dans le port de Hong Kong. Ses émissions de gaz à effet de serre n'appartiennent à aucun pays.
Un porte container dans le port de Hong Kong. Ses émissions de gaz à effet de serre n'appartiennent à aucun pays. Crédits : PAUL HILTON - Maxppp

Je vous le dis tout de suite, les trois économistes qui ont travaillé sur la note qui a été publié ce matin et que l'on m'a transmise en avant première, n'évoquent pas une telle taxe. Comme en ce moment Universel est un adjectif à la mode, et que Mondialisation est un mot que tout le monde comprend, j'ai fait du "branding" comme on dit, et trouvé ce nom Taxe Universelle sur la Mondialisation (#TUM :) qui marque plus les esprits que "inclusion nécessaire d'une tarification carbone dans les transports internationaux".

NB : cette ancienne chronique a été actualisé en janvier 2019, pour tenir compte du premier accord signé par l'Organisation Maritime Internationale, qui en avril 2018 s'est engagée pour la première fois à réduire ses émissions de moitié d'ici 2050

Je vous soumets maintenant une expérience. L’infographie interactive que l'on trouve dans le tweet ci dessous, ou en suivant ce lien permet de visualiser les émissions de C02 pour le seul transport maritime de marchandises.

C'est terrifiant. Selon l'Organisation maritime internationale citée par l'OCDE, les 100 000 porte-containers qui naviguent sur les océans émettent à eux seuls autant de gaz à effet de serre que le Japon chaque année. Le Japon est le cinquième plus gros émetteur du monde.

Or ces émissions n'appartiennent à personne, à aucun pays.

Elles ne faisaient jusqu'en avril 2018 partie d'aucun objectif de réduction, d'aucun accord. Les pays qui importent disent, ce n'est pas à moi, et les pays qui exportent ce n'est pas à moi non plus. Oubliées, non comptées par les Etats, mal comptées aussi d'ailleurs, en augmentation, et amenées à exploser.

Selon l'OCDE, les émissions de Gaz à Effet de Serre du transport international de marchandises pourraient augmenter de 290 % à l’horizon 2050 (page 21). Cette estimation recoupe celle de l'OMI, pour qui, pour le seul transport maritime, les émissions de CO2 devraient augmenter entre 50 et 250% d’ici 2050. De quoi annihiler tout autre effort.

En avril 2018 donc, l'OMI  (Organisation Maritime Internationale) s'est fixée pour objectif de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 50% d'ici 2050. Mais ce sera bien insuffisant. L'Union Européenne avait plaidé pour une baisse de 70%. 

Les émissions du transport maritime sont équivalentes à celle d'un pays comme les Pays Bas, d'après cette infographie réalisée en décembre 2018 par le FT
Les émissions du transport maritime sont équivalentes à celle d'un pays comme les Pays Bas, d'après cette infographie réalisée en décembre 2018 par le FT Crédits : Financial Times

Précision importante : Il s'agit bien là des émissions des transports de marchandises quand ils sont dans l'espace international. Les émissions du camion qui va du port au centre de logistique ou de distribution, sont bien comptabilisées dans les émissions du pays sur lequel le camion circule.

Taxer le fioul des transports

Le constat est le suivant.

  • Même la COP 21 n'a pas réussi à intégrer le transport de marchandises dans les objectifs de réduction de gaz à effet de serre, ce qui est un échec colossal, assez peu relevé par les politiques qui louent les bons résultats de l'Accord de Paris.
  • L'Organisation Internationale de l'Aviation Civile a mis en place en 2016 un mécanisme de compensation carbone, qui consiste à obliger les entreprises du secteur aérien à compenser leur surcroît d'émissions (par rapport à un objectif de stabilisation des émissions) en achetant des unités de compensation, rappelle l'étude.

Dans ce cadre, la compensation carbone consiste réparer les préjudices faits à la planète en achetant (à des ONG ou des entreprises spécialisées) des crédits-carbone venant financer des projets permettant d’économiser du CO2, par exemple des plantations d’arbres.

Mais ces progrès, et ceux que promet l'Organisation Internationale de l'Aviation Civile sont, comme me l'a dit Katheline Schubert, l'une des rédactrice de l'étude,

"(ces progrès sont) lents, lents, lents, les mesures mises en places millimétriques et toujours sur le mode du volontariat".

Les auteurs de cette note intitulée "Commerce et climat: pour une réconciliation", en économistes, proposent de faire payer aux pollueurs le coût réel de leur émission, et dans ce réel, il y a les dommages créés à l'environnement.

On peut résumer cela au principe du pollueur payeur ou, si on est plus élaboré, on dit que l'on intègre les externalités négatives de l'activité transport. Tenir compte des externalités négatives des transports (ou d'autres activités économiques) est une idée qui n'est pas neuve, mais elle fait son chemin.

Concrètement, c'est très simple. Il suffit de mettre une taxe sur le fioul utilisé par les transporteurs aériens ou maritimes (Fioul qui pour le moment est l'un des plus sales qui soit, puisqu'il n'y a aucune incitation).

Plein d'avantages…

  • cela inciterait les transporteurs à innover pour limiter leur consommation de fioul et notamment du fioul le plus polluant
  • cela inciterait les fabricants à rationaliser leurs productions et l'éclatement de leur chaîne de valeur . Savez-vous qu'actuellement un smartphone peut faire 20 fois le tour de la terre avant d'arriver dans un magasin,
  • cela rendrait les produits made in loin loin loin plus chers, et favoriserait les circuits courts.

Voilà pourquoi je l'ai nommé taxe universelle sur la mondialisation, car cette taxe permettrait de faire payer aux acteurs de la mondialisation (transporteurs, fabricants, consommateurs), les dégâts causés à l'environnement et au climat.

… Mais il y a un mais!

Les Etats n'y sont pas prêts, pas tous en tout cas. L'Union européenne a essayé d'intégrer l'aviation internationale dans le système européen d'échange des quotas de Co2. Une directive était en préparation, mais la la Chine, les Etats Unis l’Inde et la Russie l'ont menacé de rétorsions commerciales, et très concrètement de ne plus acheter d’Airbus.

Pourtant ce serait un changement de paradigme déterminant. On passerait d'un monde où personne n'est responsable des dommages environnementaux liés au commerce internationale, à un monde où conscient que la mondialisation oblige à une vraie gouvernance mondiale, les Etats accepteraient de créer un instrument de fiscalité commun et universellement mondial. Un jour peut être. Let's dream…

Marie Viennot

PS: Placé auprès du premier ministre, le Conseil d'Analyse économique réalise régulièrement des études. J'ai extrait l'une des recommandations de l'étude. Il y en a d'autres qui s'inscrivent dans un cadre plus large, et une analyse en profondeur des autres solutions parfois évoquées pour limiter les effets néfastes du commerce sur l'environnement, notamment les taxes aux frontières. La note aborde aussi les contraintes liées à l'OMC.

Chroniques

7H15
6 min

La Question du jour

Alimentation : les recommandations de l’agence sanitaire sont-elles excessives ?
L'équipe
Production
À venir dans ... secondes ...par......