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Les bureaux de l'Agence France Trésor, qui plusieurs fois par mois émet de la dette française sur les marchés financiers.

Présidentielle: que faire de nos 2000 milliards de dette ?

4 min
À retrouver dans l'émission

La dette de la France taquine les 100% du PIB. Entre ceux qui promettent qu'elle sera remboursée, ceux qui la feront expertiser et ceux qui promettent une mutualisation européenne, les propositions des candidats divergent fortement. Mais aucun ne veut être le président qui fera paniquer les marchés!

Les bureaux de l'Agence France Trésor, qui plusieurs fois par mois émet de la dette française sur les marchés financiers.
Les bureaux de l'Agence France Trésor, qui plusieurs fois par mois émet de la dette française sur les marchés financiers. Crédits : ERIC PIERMONT - AFP

C'est un billet à 2000 milliards d'euros que je vous propose aujourd'hui. Lorsqu'il était premier ministre de Nicolas Sarkozy, François Fillon avait eu cette déclaration qui fit grand bruit: "Je suis à la tête d'un Etat en faillite". C'était il y a 10 ans, la dette de la France était alors de 1200 milliards... Aujourd'hui donc, on dépasse les 2000 milliards d'euros, soit quasiment 100% du Produit intérieur Brut.

La situation n'est cependant pas jugée dramatique par tous les candidats. Sur les 11, on peut faire deux groupes et demi.

  • Ceux qui considèrent que cette dette sera remboursée. Ils sont une majorité, 5 en tout. François Fillon, Emmanuel Macron, Benoit Hamon, Nicolas Dupont-Aignan, François Asselineau et Marine Le Pen, mais leurs moyens de faire bien sûr divergent.
  • Les autres candidats eux, remettent en cause le montant de la dette à rembourser et envisagent de la faire réévaluer.
  • Benoit Hamon étant dans un entre deux.

NOTA BENE: Pour cette série de billets, j'ai contacté l'ensemble des 11 partis en lice pour le premier tour. J'ai pu avoir un entretien téléphonique approfondi d'une demie heure à une heure avec le coordinateur ou la coordinatrice du programme économique de chacun d'eux. Cette série de billets est donc une synthèse entre ces interviews et les programmes tels que vous les trouverez sur internet. Pour celui-ci, il y a d'ailleurs un écart entre les programmes affichés et la façon dont ils m'ont été présenté. Un décalage que j'analyse plus en profondeur dans ce billet écrit que dans le billet radio, limité en temps!

Le camps des ré-évaluateurs

Comment les ré-évaluateurs vont-ils s'y prendre? Ils vont soumettre le sujet à un comité d'audit de la dette composé de citoyen et ou d'experts. Un tel comité a eu lieu pour la dette grecque notamment.

Sans préjuger du résultat, tous les candidats n'ont pas la même conception de ce qui pourrait être considéré comme illégitime et donc non remboursable.

Pour Lutte Ouvrière, quasiment toute la dette n'est pas la nôtre, car elle fait de l'Etat, "La vache à lait des intérêts financiers". Pour le NPA, toutes les mesures fiscales qui ont fait, "baisser les impôts des plus riches", pourraient être exclu. Cela sera compliqué à évaluer. Compliquée aussi, l'approche de Jacques Cheminade qui considère comme remboursable, tout ce qui aura servi à financer l'intérêt général, des emplois et les infrastructures.

Jean Lassalle aussi fait un audit. L'un des coordinateur de son programme, Frédéric Lefebvre m'a expliqué que selon leurs premiers calculs, environ 1000 milliards de notre dette est composée d'intérêt financiers que l'on peut considérer comme illégitimes, car ils ne sont pas la contrepartie d'un risque de défaut ou d'inflation.

Le taux d'intérêt peut en effet être considéré comme la rémunération de trois choses pour l'épargnant: 1/ le risque que le capital prêté perde de sa valeur du fait de l'inflation, 2/ le risque que l’emprunteur fasse défaut, et 3/ la privation pour l'épargnant de son capital du fait du prêt qu'il a consenti. Dans l'analyse du parti de Jean Lassalle, il n'y a que ce troisième élément qui mérite rémunération, car depuis la création de la zone euro, les deux premiers risques peuvent être considérés comme nuls. C'est en partie vrai. Depuis la création de la zone euro, l'inflation est faible, voire inexistante ces dernières années, et le défaut d'un Etat de la zone euro n'est pas (pour le moment) une option. On l'a vu avec le "sauvetage" de la Grèce. Cela se discute, mais cette approche a le mérite d'annoncer la couleur. 1000 milliards d'euros d'intérêt non légitime, c'est 40 milliards d'intérêts par an sur 25 ans. 40*25 = 1000. Je ne peux cependant pas vous dire si ce chiffre de 40 milliards est correct, mais le comité d'audit serait justement en charge de ce calcul.

Audit aussi dans le programme de Jean Luc Mélenchon, mais l'un de ces experts économiques Liem Hoang Ngoc a pris soin de me préciser que le chiffrage du programme de la France insoumise ne tient pas compte de cet audit, et prévoit la réduction progressive de la dette; fne façon de se ranger dans le premier groupe, celui des solutions davantage marché-compatible.

Le camps de ceux qui rembourseront...

Pour Jean Luc Mélenchon, c'est grâce à sa relance de l'économie, qui augmentera la croissance, le PIB et donc fera baisser le ratio dette sur PIB à 87% en fin de quinquennat contre 98% aujourd'hui.

Même chose pour Emmanuel Macron. Lui aussi prône la réduction de la dette grâce à la partie relance de son programme, mais aussi, solution qui le rapproche des Républicains par une réduction de la dépense publique.

La différence, c'est qu'à En Marche, on dit: "Il n'y a pas à stresser sur notre dette, nous empruntons à 1%". Alors que François Fillon, lui, écrit dans son programme: "Je ne laisserai pas mon pays faire faillite".

Baisse des dépenses de 100 milliards, augmentation de la TVA... le programme de François Fillon, c'est la solution douloureuse pour les actifs mais qui épargne le plus les épargnants, c'est à dire les prêteurs.

Chez François Asselineau aussi, c'est la réduction des dépenses publiques (grâce à la sortie de l'Europe et la rationalisation du mille feuille territorial) qui conduira à la réduction de notre dette.

... mais sortent des solutions classiques

Pour le Front National, c'est la relance de l'économie française qui conduira à la réduction de la dette, mais elle sera couplée à des réductions de dépenses publiques. Le Front National, veut aussi "franciser" la dette, autrement dit, faire en sorte que ce soit les Français qui détiennent la dette de la France. C'est le cas au Japon, alors qu'en France, nos prêteurs sont au deux tiers étrangers. Comment cette "francisation" se ferait concrètement, on ne sait pas trop. Ce qui est sûr, c'est que les Français qui ont de l'épargne devraient consentir à l'investir dans notre dette. Lors de notre entretien téléphonique, Jean Messiha, l'un des coordonnateur du programme du FN n'a pas évoqué le fait de faire financer la dette de la France par la banque de France, mais cela a déjà été évoqué par Florian Philippot.

« A l'avenir, il faudrait certainement que l'Etat puisse sortir de la dépendance exclusive aux marchés financiers en revenant sur l'interdiction de financement direct du Trésor par la banque centrale », a estimé Florian Philippot, vice-président du FN, interrogé par Les Echos en janvier.

Même décalage entre le programme, et ce qui a m'a été dit lors de mon entretien téléphonique avec Laurent Jacobelli, secrétaire général de Debout la France. Alors que le projet de Nicolas Dupont Aignan propose d'abroger la loi de 1973 pour "pouvoir directement financer l'Etat auprès de la Banque de France", Laurent Jacobelli a d'abord évoqué une solution européenne, estimant que la banque centrale européenne pourrait financer directement les Etats Européens, plutôt que de le faire indirectement comme elle le fait via le Quantitative Easing en ce moment.

Benoit Hamon aussi est dans ce groupe des solutions nouvelles. Il propose un nouveau traité de démocratisation de la zone euro qui permettrait de mutualiser la partie de notre dette qui est au dessus des 60% du PIB avec les Etats de la zone euro. Tous pourraient décider ensemble d'imposer un moratoire sur les remboursements, c'est à dire un arrêt des remboursement. C'est ambitieux, cela pourrait être considéré comme un défaut de paiement par les agences de notation, et faire paniquer les marchés financiers, mais Julia Cagé, économiste de la campagne de Benoit Hamon, pense que si tous les Etats de la zone euro le décident ensemble, cela changera la donne.

Au final, les propositions des candidats sur la dette sont bien plus diverses qu'elles l'étaient par le passé. Mais, les décalages entre les programmes et la façon dont ils m'ont été présenté lors de mes entretien montre que la dette est un sujet sérieux, qu'il ne faut pas jouer avec le feu. Cela montre que les inquiétudes des marchés financiers signalées par les journaux économiques ces derniers temps ne laisse aucun candidat indifférent.

Ci dessous, les autres billets économiques sur les présidentielles:

Marie Viennot

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