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Après la partie commerciale, c'est la partie touristique du port qui est à céder

Privatisations en Grèce: un casse tête chinois

3 min
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La Grèce examine aujourd'hui les offres des candidats à la reprise du port du Pirée. Emblématique, cette privatisation relance le processus exigé cet été par les créanciers qui en espèrent 50 milliards d'euros sur 5 ans. Irréaliste et irréalisable à court terme.

Après la partie commerciale, c'est la partie touristique du port qui est à céder
Après la partie commerciale, c'est la partie touristique du port qui est à céder Crédits : G. Christakis - Maxppp

Le conseil d'administration de la Taiped, l'agence chargées des privatisations en Grèce, se réunit aujourd'hui pour examiner les offres de rachat de la partie passager du port du Piree. Les Chinois ayant déjà acquis la partie marchandise en 2008.

La relance des privatisations fait partie des accords signés cet été entre les créanciers de la Grèce, UE et FMI, et le gouvernement d’Alexis Tsipras. Il est prévu théoriquement 50 milliards d'euros de privatisation sur 5 ans. C’est un chiffre colossal, plus du quart du PIB du pays. C’est comme si on demandait à la France de vendre 500 milliards d’euros de biens publics, 100 milliards par an.

C’est totalement irréaliste. Le premier accord de sauvetage il y a 4 ans prévoyait d'ailleurs déjà 50 milliards de privatisation, or moins de 7 milliards ont été réalisé à ce jour. Même le FMI est devenu récemment plus rationnel sur la Grèce, et il n’en attend que 500 millions d’euros par an.

Pourquoi ce décalage entre l'attendu et le possible? 

Dans tout plan de sauvetage, et la Grèce est un cas d’école, les prévisions sont toujours d’un optimisme débridé. 50 milliards d'euros, cela permettait sans doute aux comptes d'être équilibrés sur le papier, mais aucun état des lieux n’avait été fait au préalable des biens publics de la Grèce, de leur valeur, et de leur valeur de marché. On a assez dit que la Grèce n’avait presque pas de cadastre, comment voulez vous qu’elle sache exactement la valeur de ses biens?

Il y a eu aussi, des abus, de la corruption, c'est l'un des mal du pays; privatiser dans un tel environnement est toujours risqué. Par exemple, il y a deux ans, la compagnie de paris sportif, très lucrative, l'Opap, a été partiellement cédé, à un prix inférieur à sa valorisation en bourse. Quelques heures plus tard, le patron de l'agence chargé des privatisations partaient en voyage sur une ile à bord du jet privé d'un des repreneurs. Il a dû depuis démissionner.

Des plages à vendre

On peut aujourd'hui consulter la liste des biens publics grecs à vendre en allant sur le site internet de la Taiped. On y voit des images qui vous rappeleront les vacances. Ports et Marina à Alimos, Hydra, Poros, terres en bord de mer, dont l'ancienne base militaire américaine de Thessalonique, les hotels Xenia, hotels publics à l’abandon pour certain mais à l’architecture novatrice parfois, le réseau ferré, l'aéroport d'Athènes....Tout cela est alléchant, mais cela peut être aussi un parcours du combattant pour l'investisseur intéressé.

Le cas du Astir Palace, située à Vouliagmeni, à 20 kilomètres au sud d'Athènes est emblématique. Cette zone paradisiaque comprend un complexe hotelier, une marina et des terres arborées. Elle appartenait à la Banque Nationale de Grèce. En 2013, le processus de privatisation est lancé. Les potentiels acquéreurs souhaitent déroger aux lois environnementales pour construire un complexe de luxe (bétonner diront les détracteurs). Le conseil régional de l'Attique organisent une réunion sur l'impact environnemental de ce projet, qu'il décide d'accepter. La réunion se termine en pugilat.

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C'est seulement le 31 décembre dernier, 3 ans plus tard que la vente sera finalement scellée, et les repreneurs auront dû voir à la baisse le nombre de maisons de luxe construites sur cette zone. C'est un fond nommé Jermyn Street Real Estate Fund IV LP, lu même géré par un fond nommé AGC Equity Partners, abondé par deux fonds souverains, l'un d'Abu Dhabi, l'autre du Koweit, et d'autres fonds encore, abondé par un groupe turque et des investisseurs arabes, selon le journal grec Ekathimerini (ici article en anglais).

L'environnement n'est pas le seul frein aux privatisations, il y a aussi les lois grecques, des règlements, et même la constitution. Suez Environnement l'a appris à ces dépens. L'entreprise française était candidate à la reprise des services publics de l’eau à Athènes et Thessalonique. Suite à un référundum populaire, qui a montré que 98% des habitants y étaient opposés, la vente a ensuite été annulé par le Conseil d'Etat. Elle est de nouveau sur le site de Taiped.

Des changements depuis cet été

Pour éviter ces déconvenues, l'Union Européenne a dressé la liste des obstacles juridiques à lever pour accélerer les privatisations. Un site de presse grec, The Press Project l'a mis en ligne sur son site en septembre. Vous trouverez ici, une transcription faite par Okeanews, un site d'information sur la Grèce.

Même avec la volonté, on comprend que c'est un chantier colossal. Cela dit, les privatisations avancent. Cet automne la Grèce a vendu deux propriétés immobilières à New York, et une société publique allemande (Fraport) a acquis 14 aéroports. La marche est lancée, mais le doute subsiste sur la réelle volonté du gouvernement Tsipras de mener à bien, et dans les temps toutes ces privatisations. Malgré tous ses renoncements, il y a un an, c'est bien pour y mettre un terme qu'il avait été élu.

Pourquoi le port du Pirée est un test politique

C'est un enjeu politique, bien plus que financier. A son arrivée au pouvoir Alexis Tsipras avait mis un coup d'arrêt à la privatisation du port du piree, avant de revenir en arrière en mai. On était à l'époque en pleine négociation pour éviter à la Grèce le défaut de paiement. Aujourd'hui, le retour en arrière n'est plus possible, sinon, les créanciers de la Grèce refuseraient de lui octroyer les milliards qui ont été promis cet été et qui sont versés par tranche.

Pour autant, la privatisation du port du Piree n'est pas une affaire simple. La partie commerciale, celle qui voit passer les marchandises dans les containers est gérée par les Chinois depuis 2008. Ce qu'il reste à privatiser, c'est la gestion des 67% restant, dont la partie passager qui voit passer chaque été des millions de touristes. L'entreprise publique qui gère cette partie du Pirée est côtée en bourse, sa valeur est donc estimable, 235 millions d'euros. Le problème, c'est que les Chinois sont sauf surprise les seuls candidats à la reprise. Difficile du coup de faire monter les enchères.

S'ils proposent plus de 300 millions d'euros, pas de problème. S'ils proposent moins, ce sera à Alexis Tsipras le premier ministre d'arbitrer et d'autoriser la vente au final. Pour lui le problème est moins financier que politique. S'il laisse partir le port du piree a un prix bradé, il perd encore un peu plus de sa crédibilité. Voilà pourquoi cette privatisation a une valeur de test.

C'est aussi un test pour l'Union Européenne. Est-ce stratégique de laisser un groupe chinois posséder 100% d'un port qui est l'une des porte d'entrée de l'Europe? A ce jour (12 janvier 2016), aucune autorité européenne ne s'en est en tout cas ému.

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