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De gauche à droite, Carlos Tavares, PDG de PSA, Karl-Thomas Neumann, PDG Opel, Dan Amman, president de General Motors au salon de l'automobile à Genève

PSA: derrière le story-telling du rachat d'OPEL

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Les actionnaires du constructeur automobile sont appelés à se prononcer sur le rachat d'Opel lors d'une assemblée générale extraordinaire. L'issue de vote ne fait pas de doute, mais des questions se posent sur les synergies annoncées et les emplois.

De gauche à droite, Carlos Tavares, PDG de PSA, Karl-Thomas Neumann, PDG Opel, Dan Amman, president de General Motors au salon de l'automobile à Genève
De gauche à droite, Carlos Tavares, PDG de PSA, Karl-Thomas Neumann, PDG Opel, Dan Amman, president de General Motors au salon de l'automobile à Genève Crédits : ULI DECK - AFP

Il y a deux assemblées générales PSA ce mercredi 10 mai. Une ordinaire pour faire valider les comptes passés, prévus et la stratégie à venir de PSA-Citroên, et une extraordinaire pour enclencher le processus de rachat de la filiale européenne de Général Motors: OPEL VAUXHALL.

On est en gros, je schématise dans l'étape 4 du processus.

  1. Début mars le PDG de PSA Citroen Carlos Tavares annonce qu'un accord a été trouvé avec Général Motors. Après s'être entretenu avec Angela Merkel, il part à Londres pour rassurer Théresa May. Les chefs de gouvernement de ces deux pays étant inquiètes pour leur 20 000 salariés qui travaillent pour OPEL.
  2. Puis il fait approuver l'opération par le conseil de surveillance, à l'unanimité.
  3. La présente aux syndicat lors d'un comité d'entreprise. Tous l'acceptent, sauf la CGT.
  4. mercredi 10 mai, aujourd'hui donc, l'approbation par les actionnaires
  5. ce sera la validation ou l'invalidation par les autorités de la concurrence européenne
  6. le closing, c'est comme cela qu'on dit dans le jargon. C'est à dire bouclage de l'opération espérée pour fin 2017.

Juste une formalité

Sur le plan du vote, cette approbation par l'assemblée générale n'est qu'une formalité. Les héritiers de la famille Peugeot, le chinois Dong Feng et l'Etat Français disposent à eux trois de 51% des votes, et ils sont favorables à ce rachat.

Les salariés et les petits actionnaires ont à peine 7% des actions, leur avis n'est donc pas déterminant, mais possible qu'ils donnent de la voix lors de cette assemblée générale ouverte à seulement 8 journalistes, dont aucun de la presse audiovisuelle, m'a précisé la "communication Corporate" de PSA.

Carlos Tavares va sans doute devoir répondre à des questions simples du type:

  • pourquoi acheter OPEL, alors que son propriétaire Général Motors perd de l'argent avec elle depuis 16 ans?
  • pourquoi acheter un constructeur automobile, qui comme PSA est surtout présent en Europe?
  • quels gains en espérer? Quelles synergies? et aussi, quelles conséquences sur l'emploi?

Le PDG de PSA a déjà répondu à toutes ces questions. Sur l'emploi, il a promis qu'il n'y aurait aucun nouveau plan de licenciement d'ici fin 2019.

Après, tout reste ouvert. Et avant aussi d'ailleurs m'a confirmé un expert du secteur automobile qui donne des formations aux centrales syndicales. Lui estime que Carlos Tavares "a empapaouté les syndicats sur l'emploi", je le cite, autrement dit endormi avec des promesses qui n'engagent à rien.

Des promesses sur l'emploi qui engagent peu

Pourquoi? Cette promesse de ne pas toucher au capital humain de l'entreprise est faite en haut de cycle, c'est à dire à un moment où tout va bien pour l'entreprise. PSA est profitable, l'économie européenne repart.

De plus, la fusion avec OPEL va réclamer dans un premier temps des moyens humains, car il ne suffit pas de la décréter sur le papier, il faut la rendre opérationnelle. Lorsque Renault a absorbé Nissan, il a d'abord fallu créer une structure d'achat au dessus des entités achat des deux groupes pour leur permettre de travailler ensemble. Au début, un rachat créé de l'emploi, donc dire que d'ici 3 ans aucun licenciement n'aura lieu (en France comme en Grande Bretagne ou en Allemagne), c'est du bon sens.

Dernier élément, la pyramide des ages est assez élevée chez PSA, donc s'il y a besoin de réduire la masse salariale, cela peut se faire par des départs en retraite non remplacés. Cela fait des postes en moins pour les jeunes, mais pas de licenciement.

Cependant, imaginons qu'il y ait un retournement total, que les ventes s’effondrent, que les résultats du nouvel ensemble soient désastreux, Carlos Tavares aura toute la légitimité pour dire: "Il nous est impossible de tenir notre promesse, la survie de l'entreprise est en danger".

Synergies synergies

Dernier élément qui permet de douter que ce rachat ne débouche pas à terme sur des destructions d'emploi, ces fameuses synergies. Le Financial Times cite le chiffre de 1.7 milliards d'euros d'économies attendues d'ici 2026.

Dans un premier temps les synergies entre les deux ensembles peuvent permettre d'économiser de l'argent, comme l'explique Florian Delègue, spécialiste de l'industrie automobile chez Heidrick & Stuggles , cabinet de conseil en recherche de dirigeants et en leadership.

Les synergies c'est quand 1 1 font trois. C'est le cas notamment pour les achats: plus de volume d'achat entraine des baisses de prix

Mais à terme, on a besoin de moins de salariés pour s'occuper des achats, donc 1 1 peut être égal à 1 côté emploi.

L'intérêt des synergies, c'est toujours à terme, selon les mots de ce même conseiller en organisation, "une rationalisation du capital humain". Faire des économies d'échelle, cela passe par là, sauf si, sauf si sauf si, les ventes explosent...

Le meilleur n'est pas exclu, et c'est sans doute le pari du PDG de PSA (voir ici un long portrait de lui dans les Echos Week end)

Après tout, des études américaines le disent, les PDG sont en moyenne plus optimistes que le reste de la population.

Marie Viennot

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