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Le moteur de recherche mis en ligne par l'ICIJ le 9 mai 2016

A qui peut servir la base de données des Panama Papers?

3 min
À retrouver dans l'émission

Le consortium des journalistes d'investigation met à disposition un moteur de recherche qui permet de fouiller une partie de la base de données qui lui a permis de faire ses fracassantes révélations il y a un mois. Pour qui? Pour quoi? Pour quelles conséquences?

Le moteur de recherche mis en ligne par l'ICIJ le 9 mai 2016
Le moteur de recherche mis en ligne par l'ICIJ le 9 mai 2016 Crédits : ICIJ

De grandes révélations aujourd'hui dans le billet économique, j'ai un peu fouillé la base de données des Panama Papers et je suis en mesure de vous dire qu'aucun Erner ne sort, aucun Viennot non plus. Cela ne veut pas dire qu'aucun de nous n'a utilisé le cabinet Mossack Fonseca. On aurait pu passer par des prête-noms, ou des entreprises intermédiaires, cela coûte plus cher, mais c'est faisable. On aurait pu aussi faire une petite faute de frappe: écrire Erner avec un H, Viennot avec un seul N. Dans son guide d'utilisation de sa base de données, le consortium d'investigation conseille d'ailleurs de tenter plusieurs orthographes autour du même nom.

Je m'amuse un peu mais je vais prendre les mêmes précautions que l'ICIJ. Avant de pouvoir accéder à sa base de données, une fenêtre apparaît et rappelle que les trusts et les sociétés offshore ne sont pas des entités illégales, et que trouver le nom d'une personne ou d'une entreprise dans la base ne signifie pas qu'elles sont en infraction avec la loi.

There are legitimate uses for offshore companies and trusts. We do not intend to suggest or imply that any persons, companies or other entities included in the ICIJ Offshore Leaks Database have broken the law or otherwise acted improperly.

Selon un avocat interrogé par les Echos, les clients de Mossack Fonseca pourraient s'opposer à ce que leurs données personnelles soient publiées, en s'appuyant sur la loi Informatique et Liberté, et éventuellement engager des poursuites contre ceux qui reproduiront et communiqueront leurs données personnelles. Je marche donc sur des œufs, et je ne vais pas jeter des noms à la vindicte populaire, d'ailleurs je vous le prouve tout de suite: Baupin, renvoie 0 résultat.

Comment ça marche cette base de données?

C'est très simple. Vous pouvez mener des recherches par noms ou par pays, et croiser ensuite avec une liste de 39 juridictions (Bahamas, Virgin Island, Malaysia, Delaware etc...).

Vous tapez un nom, vous voyez ce qu'il sort. Si vous tapez Areva par exemple, vous tombez sur une entreprise AREVA RENEWABLE PANAMA SA, vous pouvez voir quand elle a été créée, dissoute (c'est d'ailleurs le cas de celle ci), quel est son actionnaire principal, une entreprise brésilienne, et pour qui elle joue un rôle d'intermédiaire. Un graphique montrant ces intéractions apparait, c'est très bien fait. Vous pouvez alors cliquer sur ces autres entités, et de fil en aiguille établir des connections. Dans cet exemple, on arrive ensuite sur une entité chinoise. Ca ne dit rien de ce à quoi a servi cette entité Areva enregistrée au Panama, encore une fois, cela peut être tout à fait légitime, il faut donc ensuite enquêter sérieusement pour en tirer quoi que ce soit. Voir ici, une liste de questions-réponses sur cette base établie par l'ICIJ.

Autre possibilité, faire une recherche par pays. En cherchant pour la France, on tombe sur 9 pages, citant 300 entreprises aux noms pas du tout français. Toutes ont en commun d'être reliée à une adresse en France, que l'on trouve d'ailleurs sur le site. On trouve aussi les noms de plus de 1000 personnes, rien que pour la France toujours, avec parfois aussi des adresses. C'est assez perturbant d'un côté, de l'autre impressionnant parce qu'à chaque fois on a les liens de ces personnes avec des entités offshore existante ou dissoute à travers le monde.

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Pour qui? Pour quoi faire?

Cette base de données peut servir à beaucoup de monde. Les journalistes bien sûr, des administrations fiscales, des citoyens curieux, mais aussi des avocat ou des banquiers. En France, ces professions ont une obligation de prudence avant d'ouvrir des comptes. Jusqu'à maintenant elles utilisaient des listes noires américaines, et même google pour se faire une idée d'un client potentiel. Dorénavant, elles pourront utiliser la base de données des Panama Papers pour en savoir plus sur quelqu'un. Cela peut les aider.

Cela aidera aussi les ONG qui militent contre l'évasion fiscale et ont déjà commencé à travailler sur la base de données.

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Cette base de données, c'est comme un petit trou dans la porte. Par ce petit trou on découvre un enchevêtrement de sociétées connectées les unes aux autres à travers le monde. On savait que ce monde existait, là on en voit un tout petit bout puisque la base de données provient d'une partie des révélations de l'Offshore leaks révélé en 1993 et d'un seul cabinet d'avocat, Mossack Fonseca. Or il en existe des milliers dans le monde, et déjà, cela parait gigantesque.

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C'est clairement le but de l'ICIJ avec cette publication: faire réaliser l'ampleur de ces montages croisés complexes, qui servent souvent à blanchir l'argent sale ou fuir le fisc, même si ce n'est pas TOUJOURS le cas. Rappelons que ces entités opaques sont tolérées par les gouvernements du monde entier et qu'aucun d'entre eux n'a demandé leur disparition. En passant un peu de temps sur cette base de données, on comprend vite que le travail des contrôleurs du fisc est colossal, et que les appels à plus de transparence sont illusoires. Voir ici un billet consacré à la proposition faite par plusieurs pays européens, et reprise récemment par Barack Obama pour identifier les bénéficiaires effectifs des sociétés écrans.

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Cette base de données fera peut être grimper le niveau d'intolérance, à l'égard de la tolérance des gouvernements pour l'existence de ces sociétés écrans, dont l'utilisation légitime est sans cesse répétée, mais très peu illustrée. Les Panama Papers ont notamment révélé que parmi la clientèle de Mossack Fonseca, il y avait d'actuels ou passés responsables de haut rang des services secrets d'au moins trois pays (Arabie Saoudite, Colombie, Rwanda). Parmi eux, un ancien responsable saoudien qui passait pour être le principal interlocuteur de la CIA au Moyen Orient", selon la Süddeutsche Zeitung

Est-ce cela un usage légitime?

Marie Viennot

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