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Manifestation en 2006 en Italie, un des 10 pays qui discute encore de la TTF

Taxe sur les transactions financières : l'Arlésienne

3 min
À retrouver dans l'émission

On en parle régulièrement mais le projet est toujours repoussé à plus tard. Ils ne sont plus que dix pays dans l'Union Européenne à envisager la mise en place d'une taxe sur les transactions financières, dont la France et l'Allemagne. Hier, la discussion a une nouvelle fois été repoussé à septembre.

Manifestation en 2006 en Italie, un des 10 pays qui discute encore de la TTF
Manifestation en 2006 en Italie, un des 10 pays qui discute encore de la TTF Crédits : Riccardo de Luca - Maxppp

C'est pire qu'une Arlésienne cette taxe sur les transactions financières, TTF dans le jargon. Ce qui a été repoussé hier en marge d'une réunion de l'Eurogroupe ce n'est pas la taxe, mais le projet d'en discuter. Pour vous dire où on en est.

Pourtant cela fait longtemps qu'on en parle. Au niveau académique, l'idée de cette taxe remonte aux années 70. Elle vient de James Tobin, un américain prix nobel d'économie en 1981 et mort en 2002. Son objectif était de réduire la spéculation à court terme sur le marché des changes qu'il jugeait, déjà à l'époque contre-productive. Aujourd'hui, ces transactions de change c'est plus de 5000 milliards de dollars échangés... chaque jour.

James Tobin en 1981, quand il a reçu le Prix de la Banque de Suède en économie
James Tobin en 1981, quand il a reçu le Prix de la Banque de Suède en économie Crédits : Maxppp

Sortie des placards par ATTAC à la fin des années 90, la taxe Tobin est récupérée par les politiques après la crise financière de 2008. Toute couleur politique confondue.

On l'oublie souvent, mais il y a une taxe sur les transactions financières en France et c'est Nicolas Sarkosy alors président qui l'a lancé. Mais sur ce sujet, gare à l'affichage.

Nicolas Sarkozy dit l'avoir introduite en France en 2012 (elle a été mise en oeuvre en août alors que François Hollande avait déjà accédé à la présidence), mais en fait il n'a fait que réintroduire un impôt de bourse qu'il avait lui même supprimé à son arrivée au pouvoir et qui ne concerne que les actions, donc un tout petit pan de l'activité financière.

Quant à François Hollande, l'ennemi déclaré de la finance, il la promet chaque année pour la fin de l'année depuis qu'il a été élu. Voir ici deux vidéos. Dans la première, qui date de 2014, il la promet pour fin 2014. Dans la deuxième, en 2016, il la promet pour... 2016, voire 2017.

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La TTF un sujet d'affichage politique par excellence

La taxe sur les transactions financières est un sujet hyper complexe mais que l'on peut résumer très simplement. En substance cela donne :

Rendez vous compte, ces spéculateurs, qui gagnent de l'argent si facilement, dans une logique purement financière en déstabilisant l'économie réelle qui plus est! Il faut les taxer, et consacrer cet argent à de nobles causes: la lutte contre le sida, la pauvreté, ou le changement climatique.

Tout le monde applaudit des deux mains... mais quoi taxer précisément? C'est là que cela devient très technique. Comment distinguer la bonne spéculation de la mauvaise?

On en est toujours là à vrai dire dans les discussions au niveau européen. Pourtant, elles ont commencé il y a 7 ans. La commission a évoqué l'idée d'un projet en 2009, elle a présenté sa proposition en 2011, les Etats se sont déchirés sur la question, le parlement s'est divisé, finalement en 2011, 11 Etats membres ont fait une demande de coopération renforcée sur ce sujet; c'est à dire qu'ils avancent ensemble, sans les autres, qui ne seront pas concernés.

La CITY a poussé un OUF de soulagement et les lobbys bancaires et financiers des 11 pays concernés, c'est à dire Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, Estonie, France, Grèce, Italie, Slovaquie et Slovénie se sont mis à trembler.

Depuis l'un de leur objectif principal et de faire enterrer la Taxe sur les Transactions Financières. Pour le moment, elle n'est pas enterrée mais de report en report on s'en approche.

Quel lien avec le Brexit?

Le report décidé hier peut avoir un lien avec le vote du Royaume Uni sur son appartenance à l'UE. Si le Brexit l'emporte, une partie des activités financières de la City vont être relocalisées en Europe, et pour Paris ou Francfort, il ne serait pas opportun d'avoir une taxe.

Ils sont de moins en moins nombreux sur le bateau. Une coopération renforcée ne peut se faire que si au moins un tiers des Etats membres de l'UE y participent, soit neuf au minimum. Or ils ne sont plus que 10. L'Estonie a déjà quitté le navire l'an dernier, la Belgique commence à exprimer des réticences, et l'Espagne est incertaine, mieux valait donc attendre les élections du 26 juin avant d'aller plus loin.

Si deux Etats quittent la discussion, s'en est fini. Lequel prendra le risque politique d'avoir enterré le sujet? Je lance les paris!

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