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Le GAFI est inconnu du grand public, et pour cette session du GAFI en Espagne, ce n'est pas son président (Juan Manuel Vega-Serrano) que l'on prend en photo mais le ministre de l'économie espagnol et la directrice du FMI.

Terrorisme: et si on parlait argent?

3 min
À retrouver dans l'émission

La lutte contre le financement du terrorisme est un objectif affiché mais les moyens d'être efficace manquent toujours. Il y a 28 ans, un organe de lutte a été créée, le GAFI, mais sa lutte est peu efficace: trop de considérations diplomatiques et un fonctionnement inefficace. Cela pourrait changer

Le GAFI est inconnu du grand public, et pour cette session du GAFI en Espagne, ce n'est pas son président (Juan Manuel Vega-Serrano) que l'on prend en photo mais le ministre de l'économie espagnol et la directrice du FMI.
Le GAFI est inconnu du grand public, et pour cette session du GAFI en Espagne, ce n'est pas son président (Juan Manuel Vega-Serrano) que l'on prend en photo mais le ministre de l'économie espagnol et la directrice du FMI. Crédits : JOSE JORDAN - AFP

Le GAFI est une organisation intergouvernementale créée en 1989 à l'initiative du G7, dont la France pour lutter contre le blanchiment de capitaux. Lors de cette session annuelle, il a abordé le problème de l'indentification des bénéficiaires effectifs, c'est à dire des personnes réellement propriétaires des sociétés (souvent écrans). C'est une des question cruciale pour lutter contre le financement des activités terroristes. Contre l'évasion fiscale aussi, mais là, il ne s'agit pas d'optimisation plus ou moins malhonnête, il s'agit d'activité criminelles.

Quand il a sorti les Panama papers, l'ICIJ, le consortium des journalistes d'investigation avait d'ailleurs communiqué en disant que les ravages de la guerre en Syrie avait beau être documentés, le rôle de la finance off-shore dans cette guerre, l'était beaucoup moins.

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Le GAFI, c'est son rôle, peut alerter sur le nécessaire blocage des fonds provenant de tel ou tel pays, il publie des listes de pays à risques régulièrement. mais tant que les terroristes et leurs soutiens pourront ouvrir des sociétés-écrans dans des cabinet d'avocat panaméen ou autre, on ne les empêchera pas de continuer leurs activités. Un an après le scandale des Panama Papers, le problème reste entier.

Toujours les mêmes problèmes..

Le GAFI est une organisation intergouvernementale, et comme souvent dans ce cas, les considérations diplomatiques prévalent sur le reste. Peu de pays sont mis à l'index, il y en a 11 en ce moment, mais dedans il n'y a pas la Turquie, alors qu'on sait que c'est par là que transite une partie de l'argent du pétrole de Daech.

Le Gafi mène des évaluations sur les pays qui ont accepté de coopérer, pour voir dans quelles mesures elles appliquent ses recommandations, mais

  • d'une part, elle mène peu d'évaluation elle même. La plupart sont faites par les pairs, c'est à dire que c'est un pays qui va évaluer un autre pays,
  • et d'autre part, les bonnes intentions sont toujours considérées avec beaucoup trop de bienveillance. Ce qui explique notamment que le PANAMA avait été salué pour ses efforts, quelques semaines seulement avant les PANAMA PAPERS.

On butte toujours en la matière sur le contrôle. Le GAFI n'a pas les moyens de vérifier que quand un pays s'engage à faire passer telle loi pour contrôler les intermédiaires, ou autre, il le fait réellement. Il n'a pas non plus les moyens de vérifier que les moyens financiers humains et techniques alloués aux enquêteurs sont suffisants.

En résumé, on sait quoi faire pour lutter contre les flux financiers internationaux qui alimentent le terrorisme, les milliers de pages de recommandation du GAFI en attestent, mais on butte toujours sur la mise en œuvre.

Un fonctionnement peu efficace

Autre problème, le statut du GAFI et son fonctionnement. La question a émergé à DAVOS, et elle devait être discuté pour la première fois lors de l'assemblée qui termine ses travaux aujourd'hui en Espagne. Si on compare à l'OCDE, l'Ocde non plus n'a pas de pouvoir de coercition, mais il a réussi à mettre l'évasion fiscale tout en haut de l'agenda des pays, car il a le pouvoir de la parole. Le Gafi lui ne l'a pas, car le seul habilité à parler, est le président, et qu'il ne reste qu''un an à la tête du GAFI. Pas le temps, donc de mettre la pression en continue sur les failles du système.

Si cela changeait, ce serait un plus. La France et l'Allemagne poussent en ce sens.

Ce n'est pas une condition suffisante, mais nécessaire.

Ainsi, peut être l'exigence de transparence des circuits financiers sera perçue par les citoyens comme garante de leur sécurité. Cela ouvrirait un deuxième front pour forcer les responsables politiques à aller de l'avant réellement. Sans l'émoi suscité dans l'opinion par les scandales, l'évasion fiscale ne serait jamais arrivée en haut de l'agenda. Il faut que la lutte contre le terrorisme devienne aussi une raison majeure, essentielle, première, pour mettre fin à l'opacité financière.

Encore une fois, cela ne règlera pas tout. De nos jours, le financement du terrorisme prend des formes beaucoup plus low-cost, comme l'explique cet autre billet économique sur le financement du terrorisme, mais ce serait déjà ça.

Marie Viennot

L'équipe
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