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Valeria Gontareva à sa nomination en juin 2014

Ukraine: une démission de bon ou mauvais augure?

3 min
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Nommée en 2014 par les autorités pro-occidentales, la présidente de la banque centrale d'Ukraine Valéria Gontareva a démissionné. "Mission accomplie" dit-elle, alors que l'avenir financier du pays reste incertain, que la lutte contre la corruption marque le pas et qu'elle a reçu des menaces de mort.

Valeria Gontareva à sa nomination en juin 2014
Valeria Gontareva à sa nomination en juin 2014 Crédits : Sergei SUPINSKY - AFP

Valeria Gontareva était arrivée à la tête de la Banque Nationale d'Ukraine (NBU) quelques mois après les manifestations de la place Maïdan Nézalejnosti en 2014. Nommée par le président Porochenko élu à l'issue du mouvement pro-européen du Maïdan, elle a eu à gérer la quasi faillite de l'Etat Ukrainien.

Agée de 50 ans, coupe blonde peroxydée, courte, et yeux ronds, elle vient du secteur privé. Elle a travaillé notamment pour la Société Générale à Kiev. Elle était très appréciée des milieux financiers internationaux et surtout des bailleurs du pays, qui tiennent l'Ukraine sous perfusion financière.

"Mission accomplie"

Lors de sa conférence de presse de démission, Valéria Gontareva a dit qu'elle quittait son poste parce que sa mission était accomplie. Elle aura clairement réussi à pacifier les relations avec le FMI mais l'économie ukrainienne reste chancelante, et les raisons réelles de sa démission obscures.

Elle affirme que c'est la première fois qu'un président de banque centrale en Ukraine démissionne de lui même et n'est pas démissionné par le pouvoir exécutif, ce qui est donc une avancée vers une plus grande indépendance des autorités bancaires dans ce pays miné par la corruption, mais elle a aussi fait l'objet de menaces de mort. Début mars, un cercueil miniature était déposé devant les locaux de la banque centrale Ukrainienne.

Cercueil déposé devant la Banque National d'Ukraine à l'éffigie de sa présidente Valéria Gontareva
Cercueil déposé devant la Banque National d'Ukraine à l'éffigie de sa présidente Valéria Gontareva Crédits : AFP

Qui peut en vouloir à cette banquière centrale?

Beaucoup de monde. Il faut savoir que l'Ukraine est sous programme d'assistance financière depuis presque 10 ans. L'Etat a déjà fait défaut sur sa dette trois fois: en 1998, en 2000 et 2015. Ses problèmes financiers ne datent donc pas de la guerre larvée avec la Russie pour l'annexion de la Crimée, mais bien sûr ces troubles, qui font un à trois morts par jours, comme le rappelle l'agence de notation Standard and Poors, inquiètent les investisseurs, et l'industrie lourde se trouve amputée d'un cinquième de sa production.

Le dernier plan d'assistance du FMI date de 2015, et il est toujours en cours. Il comprend aussi des prêts de bailleurs privés, et une aide de l'Union Européenne. Une fois le plan adopté, le modus opérandi est le même que pour la Grèce, et tous les pays sous assistance financière. Un montant total de prêt est fixé au début, là c'était 17 milliards et demi de dollars, puis le FMI distribue des tranches, en fonction de l'avancée des réformes.

Les précédents plans ont d'ailleurs souvent été interrompu parce que les réformes n'étaient pas au rendez vous (en 2008 et en 2010). Cette fois ce n'est pas le cas, et c'est notamment à mettre au crédit de Valéria Gontareva, qui a appliqué les mesures préconisées par ses bailleurs.

Pouvoir d'achat en baisse...

En tant que banquière centrale, Valéria Gontareva a laissé la monnaie ukrainienne, la hryvnia se déprécier par rapport au dollar, au lieu d'épuiser ses réserves à en soutenir le cours. Du coup, tous les prix des produits importés ont augmenté, l'inflation s'est envolée et le pouvoir d'achat des Ukrainien a été réduit d'autant. Première raison d'être impopulaire.

L'AFP rapporte que certains députés populistes avaient même jugé qu'elle devrait être envoyée en prison pour s'être pliée aux exigences du FMI en réduisant le soutien à la monnaie nationale.

En novembre dernier, quelques centaines de manifestants réclamait sa démission devant les locaux de la Banque Nationale d'Ukraine.

... les oligarches sur la sellette

La deuxième raison, c'est la restructuration bancaire qu'elle a mené, et qui touche directement au portefeuille des oligarches. En trois ans, elle a nationalisé la plus grande banque du pays (Privat Bank qui appartenait à un oligarche), et elle fait fermer la moitié des banques ukrainienne, 91 exactement, sur 180.

Pour la plupart ces banques servaient à blanchir l'argent de la corruption. Lors de sa conférence de presse de démission, Valeria Gontareva a donné le nom de 5 "héros" ukrainiens, c'est à dire, la dame ne manque pas d'ironie, 5 banquiers malhonnetes qui par le passé ont pu être sauvé par la banque centrale, et elle leur a présenté la facture: ils qui doivent selon elle, 1 milliards 400 millions de dollars.

De quoi se faire quelques ennemis. L'un de ces prédécesseur, Vadym Hetman a été assassiné il y a 20 ans. Cela risque d'être difficile de lui trouver un successeur.

"La résistance au changement et aux réformes ne va faire qu'augmenter", a t-elle prévenu hier en enjoignant ses anciennes équipes de tenir bon. Sous la pression du FMI, l'Ukraine a mis en place un arsenal anti-corruption, mais les condamnations se font rares, comme le relate cet article (en anglais).

Marie Viennot

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