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Manifestation de médecins au Kenya en février 2017, pour protester contre le non respect d'accords qui prévoyaient des augmentations de salaires et une amélioration de leurs conditions de travail.

Une bonne santé, c'est bon pour l'économie!

3 min
À retrouver dans l'émission

C'est aujourd'hui que débute à Genève l'assemblée générale de l'Organisation Mondiale de la Santé. Au programme, les liens entre santé et économie, liens analysés dans un rapport qui plaide pour que la santé soit exclue des mesures d'économie, et fasse au contraire l'objet d'investissement.

Manifestation de médecins au Kenya en février 2017, pour protester contre le non respect d'accords qui prévoyaient des augmentations de salaires et une amélioration de leurs conditions de travail.
Manifestation de médecins au Kenya en février 2017, pour protester contre le non respect d'accords qui prévoyaient des augmentations de salaires et une amélioration de leurs conditions de travail. Crédits : SIMON MAINA - AFP

La santé est bonne pour l'économie, c'est le message que veut faire passer le groupe d'experts qui a planché pendant plusieurs mois sur un épais rapport qui a été présenté à l'automne dernier et sera discuté pendant cette session de 10 jours.

Le groupe d'experts se nomme: Commission de haut niveau sur l'Emploi en santé et la croissance économique, il a été mis sur pied par Ban Ki Moon, l'ancien secrétaire général de l'ONU, co-dirigé par François Hollande, et Jacob Zuma, le président Sud Africain.

Sa principale conclusion est la suivante: il ne faut pas considérer la santé comme un fardeau financier mais comme un investissement.

  • investissement pour l'équité en santé
  • investissement pour renforcer et stabiliser la croissance inclusive, ce concept qui irrigue de plus en plus les communiqués officiels du FMI, des G7 G20 etc, façon de reconnaitre, sans le dire, que la croissance actuelle ne profite pas toujours à tous.

"Les hommes politiques et les décideurs n’ont jamais disposé d’autant d’informations pour étayer leur jugement. L'instabilité économique trouve son origine dans la faillibilité humaine", constate le rapport.

Puis dans un style très feutré qui fait tout son sel, les experts écrivent:

"Notre époque nous rappelle utilement que les orthodoxies qui façonnent notre pensée et les mesures conventionnelles que nous utilisons pour influencer nos choix peuvent parfois nous mettre en danger".

Des propos en écho à une étude scientifique publiée dernièrement qui fait le bilan des programmes d'austérité du FMI dans 67 pays, et montre que ces programmes ont affaibli la capacité de certains parents à assurer la bonne santé de leurs enfants.

NB: Ce billet écrit est une version longue du billet audio diffusé dans la matinale.Vous y trouverez notamment beaucoup de liens.

Santé et Économie, une nouvelle prise de conscience

Cette prise de conscience du lien entre santé et économie n'est pas nouvelle, mais elle a muté. D'ailleurs le FMI a évolué, et dans les programmes de baisse de dépense publique qu'il préconise, il épargne dorénavant le secteur de la santé.

Jusqu'à récemment, la santé, dans sa dimension économique, était vue :

  • d'une part sous le prisme industriel: la santé, ce sont des médicaments, des équipements de santé, des laboratoires, de la recherche, des entreprises, donc un secteur économique.
  • d'autre part sous l'angle finances publiques: la santé ça coute cher, donc il faut limiter les dépenses.

L'évolution récente, que cherche à formaliser cette Commission de Haut niveau sur l'Emploi en santé et la croissance économique, c'est l'idée que la santé, ce sont aussi des EMPLOIS.

"L’OMS, dont la méthode comptabilise les personnes qui participent le plus directement à la prestation de soins de santé, donne le chiffre de 43 millions d’agents de santé en 2013, écrit le rapport. L’OCDE, avec une définition et une approche plus larges, compte 58,5 millions de personnes travaillant dans le secteur sanitaire et social en 2013, dans les pays de l’OCDE (ce qui représente 11 % de tous les emplois des pays de l’OCDE)".

Dans les pays à haut revenu (en gros les pays de l'OCDE), on estime qu'il manquera d'ici 2030, 40 millions d'emplois santé (médecins, infirmiers, aide soignants), du fait du vieillissement de la population, des maladies chroniques etc. A l'heure, où le chômage augmente, investir dans la formation, ne plus mettre de numérus clausus sont des solutions qui pourraient avoir de l'avenir.

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Former plus de médecins au Nord pour sauver le Sud

Former suffisamment de médecins dans les pays riches est d'autant plus crucial que les pays pauvres aussi manquent de personnels soignants. Les migrations Nord-Sud des personnels de santé sont déjà très importantes. Aux États-Unis, par exemple, le nombre de médecins formés à l'étranger a augmenté de 70% en une décennie. Si on ne forme pas assez de personnels soignants au Nord, on va encore aggraver la pénurie au Sud.

Au final, le groupe d'experts propose un plan a 5 ans, pour favoriser le maintien voire l'augmentation des dépenses de santé, la formation, et la coopération entre les États sur les migrations. Des programmes vont être lancés, sous l'égide de l'OMS, l'OIT, l'OCDE pour appuyer les pays qui ont besoin d'aide, et pour favoriser le travail intergouvernemental.

Lors de l'assemblée générale de l'OMS, une plateforme sera donc présentée pour mettre en évidence les meilleures pratiques sur les migrations de personnels soignants (accord Allemagne-Philippine notamment), pour voir si les États membres de l'OMS peuvent mettre en œuvre des accords régionaux et mieux codifier les compétences. Le chantier commence à peine.

Il laisse pour le moment de côté les effets positifs d'une bonne santé, et plus largement du bien être sur l'économie, par le biais de la productivité.

Il n'évoque pas les couts cachés d'une mauvaise santé sur l'économie, n'aborde pas l'impact des politiques économiques sur la santé.

Il ne parle pas des maladies professionnelles, et leurs nouvelles formes (stress etc..) qui sont bien, elles aussi, une preuve accablante du lien entre économie et santé. Mais le rapport du groupe experts ne pouvait pas tout aborder, et pour les paraphraser: "les données sur ces sujets ne manquent pas".

Aux États et aux politiques de s'en saisir. Le rapport du groupe d'experts qui sera discuté lors de cette assemblée générale de l'OMS a le mérite de lancer une dynamique.

Marie Viennot

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