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Après la conférence de presse de François Hollande, questions sur les questions

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Après la conférence de presse de François Hollande, intéressons-nous non-pas aux réponses du chef de l'Etat mais aux questions posées les journalistes. Ou plutôt certains journalistes venus faire du style et des bons mots, venus surtout pour leurs questions et non pour les réponses du chef de l’Etat. Petit florilège : "le tournant, c’est maintenant ?", "le 6 mai vous dansiez la vie en rose, aujourd’hui la situation n’est pas rose ?", "la présidence normale est-elle adaptée à la situation ?", "quel président êtes-vous ?". Ce besoin de story-telling, alimenté par les formules de Hollande - "un choc ça faisait chic" ou "le déclin n'est pas notre destin" - aura sans doute justifié que personne n’interroge le président, par exemple sur le rejet du budget de la Sécu au Sénat. Heureusement, certains confrères ont posé des questions précises sur la TVA, le gaz de schiste, le vote des étrangers, n’hésitant pas à les reposer quand François Hollande ne répondait pas assez précisément, comme aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, ou en Israel où nos confrères ne lâchent pas leur interlocuteur tant qu’il n’a pas répondu. D’ailleurs, les questions les plus pointues sont venues de la presse étrangère, en deuxième partie de conférence consacrée selon les instructions de François Hollande à la diplomatie et à l’Europe… Les journalistes ne sont pas en reste sur twitter, commentant autant la prestation du président que celle de ses intervieweurs, de New-York notre confrère de BFM-TV Jean-Bernard Cadier s’étonne : "Dans une conf de presse d'Obama, jamais autant de tweets sur les questions et les journalistes qui les posent. Narcissisme. Dont moi donc". Et l'auteur de ces lignes aussi ! Alors pour ne pas limiter ce billet à du méta-journalisme, c'est-à-dire du journalisme orienté non-pas sur le recueil de l'information mais sur les pratiques des médias, n’oublions pas que ces conférences de presse ne sont plus ces rendez-vous fermés au public et réservés à une infime minorité dont la population n'a que des extraits. Smartphones, tablettes, télévision, tout le monde a accès à l’intégralité des grandes conférences de presse, celle d'hier était diffusée sur 5 chaînes et François Hollande a d’ailleurs commis un beau lapsus en disant "cette émission". Les journalistes politiques ne devraient jamais oublier que la désaffection du public pour leurs émissions va de pair avec celle des citoyens pour les élections, que la politique n’est pas un domaine restreint à quelques initiés. La preuve, même France 2 a bousculé ses programmes pour diffuser l’évènement hier. François Hollande a donc pris la place des émissions habituelles de la fin d’après-midi intitulées : « Seriez-vous un bon expert ? » et « On ne demande qu’à en rire ».

Frédéric Métézeau

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