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6 juin 1944, le sens des dates. Par Frédéric Métézeau

2 min
À retrouver dans l'émission

"Tout fait signe mais rien ne fait sens" écrivait Baudrillard et il est vrai qu'aujourd'hui nous allons friser l'overdose d'Overlord entre les livres, les journaux, les documentaires, les films, les cérémonies en direct consacrés aux 70 ans du Débarquement. Ces travaux sont souvent passionnants, émouvants et nous racontent aussi les loupés du débarquement, les rivalités et les arrière-pensées politiques, les exactions parfois commises par les libérateurs contre les civils ou encore l'effroyable bilan des batailles de Normandie qui ont fait 400 000 morts en 2 mois et demi.

L'on aimerait que dans leurs discours à Ouistréham, les 19 chefs d'Etat ou de Gouvernement donnent aussi un sens des évènements. Qu'ils les mettent en perspective et même qu'ils les nuancent ! Bien sûr il n'est pas question de relativiser le courage des soldats ni la violence insensée des traumatismes qu'ils ont endurés (comme les civils d'ailleurs) mais les politiques doivent aller au delà de ces propos trop limités sur l'héroïsme, le sacrifice et la liberté. A l'exception de la Reine, aucun des grands présents en Normandie n'a connu la guerre à commencer par Angela Merkel dont la présence ne fait plus débat dans son pays l'Allemagne où "Débarquement" se disait jusque dans les années 90 "invasion". Ce saut de génération doit permettre de replacer le 6 juin 44 dans la globalité de la guerre. Non, le conflit n'a pas basculé le 6 juin 1944, le premier retournement c'est Stalingrad en février 43 et plusieurs fois pendant l'hiver 45 les nazis ont failli reprendre l'avantage. Non, la guerre mondiale ne s'est pas arrêtée le 8 mai 45, elle a pris fin le 15 août après la capitulation du Japon.

Devant les derniers vétérans encore vivants qu'il convient de choyer et d'honorer, nos dirigeants doivent sortir de la vision occidentale et européo-centrée du conflit. Ne pas se limiter au 6 juin, c'est rappeler pourquoi et comment la guerre a éclaté, pourquoi elle est le premier conflit à avoir fait plus de morts civils que militaires.

Aujourd'hui nous sortons du devoir de Mémoire pour entrer dans le devoir d'Histoire. Aujourd'hui, les enfants sont à l'école, le 6 juin n'est pas férié mais rien n'est prévu officiellement pour expliquer, dans chaque classe et à chaque âge, ce qu'est le 6 juin 1944. En témoigne ce billet d'une institutrice normande posté il y a 3 jours sur un forum internet pour enseignants : "J'aimerais parler du 6 juin avec mes élèves de CP, ça me semble indispensable mais je n'ai rien trouvé sur ce sujet et je n'ai pas trop d'idées".

Frédéric Métézeau

L'équipe
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